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Naissance du PPA-CI en octobre comme le RDA : des similitudes mais surtout beaucoup de divergences

Parce qu’ils sont nés dans un mois d’octobre et qu’ils ont une vision supranationale, le Parti des Peuples africains (PPA-CI) et le Rassemblement Démocratique Africain (RDA) ont des points de ressemblance. Mais de fortes dissemblances demeurent.

C’est du 18 au 21 octobre 1946 que le congrès qui a vu la naissance du RDA s’est tenu à Bamako dans la capitale malienne. C'est aussi du 16 au 17 octobre 2021 que s’est tenu, ici à Abidjan, le congrès constitutif du PPA-CI. Est-ce juste une coïncidence ou un calcul politique bien mené ? Toujours est-il que le RDA et le PPA-CI sont deux (02) partis nés sensiblement dans les mêmes moments de l'année.

L’autre similitude entre le RDA de Félix Houphouët-Boigny et le PPA-CI de Laurent Gbagbo est assurément leur vision qui va au-delà des frontières nationales. En créant le RDA dans un contexte colonial, Félix Houphouët-Boigny, Gabriel d’Arboussier (Gabon – Moyen Congo), Fily Dabo Sissoko (Soudan-Niger), Sourou Migan Apithy (Dahomey – Togo) et bien d’autres donnaient un outil continental de lutte aux micro-partis politiques nationaux. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que dès sa naissance, le RDA est devenu dans la plupart des colonies le parti fer de lance de la lutte anticoloniale. Le nouveau parti de Laurent Gbagbo, également, se veut très panafricaniste, lui qui se dit centré sur la Côte d’Ivoire, mais ouvert au reste de l’Afrique.

Au-delà de ces quelques similitudes, il faut quand même noter que, sur bien des points, le RDA diffère foncièrement du PPA-CI. Et pour cause, le modus operandi conduisant à la mise sur les fonts baptismaux des deux (02) partis reste très différent. Félix Houphouët-Boigny avait préféré partir d'un socle national pour parvenir à un rassemblement africain. Ainsi, le PDCI est d’abord créé en avril 1946 avant d'aboutir à la naissance du RDA en octobre 1946. À ce niveau, Le PPA-CI n’a pas adopté la même stratégie. Dès sa naissance, il se proclame un parti panafricain sans pour autant que l'on sache les autres partis africains qui sont rattachés au PPA-CI. Le « CI » renverrait à une section ivoirienne de ce parti panafricain. Mais qu’en est-il des autres partis arrimés au nouveau parti de Laurent Gbagbo ?

De l’autre côté, la différence est à situer au niveau des perceptions opposées sur la question du souverainisme et du panafricanisme. La vision de Laurent Gbagbo se rapproche de celle d'unité des peuples africains portée par « le groupe de Casablanca » en 1960. Ce groupe de chefs d’États se composait du roi Mohammd V du Maroc, des chefs d’État de l’Égypte (Gamal Abdel Nasser), du Ghana (Kwame Nkrumah), de la Guinée (Sékou Touré), du Mali (Modibo Keita) et la Libye. Ce groupe révolutionnaire et progressiste prônait un marché commun et une citoyenneté africaine. Son désir était de réaliser l’unité de l’Afrique pour peser dans les relations internationales.

Face à cette perception du panafricanisme, Félix Houphouët-Boigny et d'autres pays africains constituaient, en mai 1961, le groupe de Monrovia dans la capitale du Liberia. Ce groupe se composait de la Côte d’Ivoire, du Dahomey, du Gabon, de la Haute-Volta, dr Madagascar, de la Mauritanie, du Niger, de la Centrafrique, du Sénégal, du Tchad, de l’Ethiopie, du Liberia, du Nigeria, de la Somalie, du Togo, de la Tunisie, du Congo Kinshasa. Réuni du 8 au 12 mai 1961, ce groupe affirmait plutôt l’égalité absolue entre les États africains quels que soient leur superficie, leur poids démographique, leurs ressources. Pis, il était pour la non-ingérence dans les affaires intérieures des États et le respect de la souveraineté de chaque État.

Félix Houphouët-Boigny et ses pairs considéraient que l’Afrique était trop composite. Ces disparités au plan géographique, humain, régional, étatique, et même à l'intérieur des États à travers les ethnies, les religions, les cultures différentes ne permettaient pas de brusquer la marche vers une seule Afrique. L'unité africaine ne pouvait pas donc apparaître du jour au lendemain. Il fallait une marche progressive consistant à réussir d'abord l'unité à l'intérieur des États avant de la projeter à l'échelle africaine. Sur cette vision du panafricanisme, le RDA et le PPA-CI n'ont pas la même perception.

Pour sa vision progressiste de l’unité africaine, Félix Houphouët-Boigny a souvent été jugé d'anti-panafricaniste. Cependant, il est difficile de prouver que d’autres chefs d’États ont fait mieux que lui en terme d’ouverture de son pays à l’étranger. À l'indépendance, face au fort potentiel forestier de son pays, c’est Félix Houphouët-Boigny qui a fait appel aux populations des autres pays de la sous-région en vue de la mise en valeur des forêts ivoiriennes. Il avait même dit, à l'époque, que la terre appartenait à celui qui la mettait en valeur. Il faut attendre sa disparition pour qu'en 1998 une nouvelle loi sur le foncier abolisse la propriété foncière aux étrangers.

D'autre part, face au faible taux de fonctionnaires nationaux après l’indépendance, c’est encore Félix Houphouët-Boigny qui a fait appel aux citoyens du Sénégal, du Dahomey pour la formation de la jeunesse de son pays. ll faut attendre la fin des années 1970 pour voir se mettre en place une politique de l'ivoirisation des cadres. Cela en vue de remplacer les non-nationaux par l’élite ivoirienne qui avait commencé à prendre de l’importance.


Dégnimani Yéo

Content created and supplied by: Dégnimani_Yéo (via Opera News )

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