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La criminalité juvénile : les "microbes", symptôme des difficultés de la protection de l'enfance ?

La criminalité juvénile : les enfants « microbes » comme symptôme des difficultés de la protection de l’enfance en Côte d’Ivoire

2011, à la fin de la crise postélectorale, la Côte d’Ivoire s’aperçoit que des enfants, essentiellement âgés de huit à dix-sept ans, sont dans les rues d’Abidjan  munis d’armes. Ils agressent, volent, terrorisent et parfois tuent leurs victimes. Ils agissent en groupe, et le plus souvent sous l’emprise de la drogue. Les Abidjanais vont les surnommer enfants « microbes » à l’image des vrais microbes, petits de taille mais aux effets ravageurs. Ce phénomène d’une véritable délinquance urbaine juvénile, né dans la commune d’Abobo , s’est propagé aux autres quartiers. Ces « microbes », exclusivement issus des milieux défavorisés d’Abidjan, sont des mineurs déscolarisés ou analphabètes, désœuvrés, déshérités ou abandonnés par leurs parents .

Le parcours de ces enfants « microbes » est généralement identique. D’« enfants des rues », en errance, ils ont été recrutés par les adultes comme enfants-soldats, porteurs de munitions pour les combattants ou informateurs, durant la guerre postélectorale de 2010-2011. Ils ont vécu de près les atrocités de la guerre et ont vu les adultes franchir les limites morales qu’ils avaient eux-mêmes fixées. Ces enfants en ont acquis la conviction qu’il est normal et possible d’obtenir ce que l’on veut par la force et la violence.

À la fin de la guerre, ils sont, à nouveau livrés à eux-mêmes, abandonnés par les adultes qui les avaient enrôlés, mais aussi par l’État. En effet, ils ne bénéficient pas du programme de Désarmement, de démobilisation et de réinsertion (ddr), réservé exclusivement aux adultes combattants. Pour survivre quotidiennement, ces enfants vont mettre à profit la désinhibition qu’ils ont acquise pendant les années de guerre. Ou encore, ils vont être utilisés comme « hommes de main » par des hommes politiques ou d’affaires influents qui naviguent dans l’économie souterraine de la mafia, de la drogue, ou encore dans les trafics traditionnels rituels .

La Côte d’Ivoire s’est dotée de mesures nationales , inspirées du système français, et a ratifié plusieurs textes internationaux afin d’assurer la protection de l’enfant. Mais malgré l’ensemble de ces dispositions légales nationales et internationales, la situation de l’enfant en Côte d’Ivoire continue de subir d’importantes dégradations. La croissance du phénomène des enfants « microbes » l’atteste.

Cinq ministères sont actuellement impliqués dans la lutte contre cette forme de délinquance juvénile. Mais il est difficile pour ces ministères engagés dans la même cause, d’identifier sous la même dénomination ce profil d’enfants, ce qui est de nature à provoquer une incohérence et une inefficacité des actions engagées. En effet, pour le ministère de la promotion de la famille, de la femme et de l’enfant, l’enfant « microbe » est un enfant en difficulté. Pour le ministère de l’éducation nationale, c’est « un enfant en danger ». Pour le ministère des affaires sociales, c’est « un enfant en voie de radicalisation ». Pour le ministère de la justice, c’est « un enfant en conflit avec la loi ». Pour le ministère de l’intérieur, c’est « un enfant dangereux ».

La répression policière menée par ce dernier ministère n’empêche pas la montée de cette violence urbaine juvénile. À l’inverse elle la nourrit. Malgré la politique répressive, les groupes d’enfants « microbes » se multiplient dans la ville d’Abidjan. Certains enfants « microbes », aussitôt capturés, ressortent de prison plus déterminés et plus violents qu’avant. Comme le rappelle Gérard Mauger : « On sait que la menace pénale renforce la solidarité du groupe délinquant et l’emprisonnement encourage son passage de la délinquance occasionnelle à la délinquance professionnelle » .

Cette situation alimente au niveau des habitants, un sentiment d’impunité, convaincus du fait que ces bandes d’enfants sont protégées. Des groupes d’autodéfense s’organisent et décident de faire justice par eux-mêmes. Ils traquent les enfants « microbes » et les tuent.

Content created and supplied by: Linfo (via Opera News )

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