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Dr Geoffroy Julien Kouao : ‘‘comment le chef de l’Etat peut-il incarner l’unité nationale quand...''

L’Etat de droit, la liberté et l’élection sont trois principes distincts cumulativement exigés par la démocratie libérale. Dr Geoffroy Julien Kouao l’a fait savoir à la faveur de l’Atelier des médias 2021 de la Fondation Friedrich Naumann. Ce renforcement des capacités des journalistes s’est tenu du vendredi 14 au dimanche 17 mai dernier à l’hôtel Crystal d’Adiaké. Dans cet extrait, Dr Geoffroy Julien Kouao soulève la question de la liberté dans le contexte ivoirien.

 

« Le principal charme de la démocratie libérale et qui en fait sa force, c’est la liberté. Surtout, la liberté de penser, la liberté d’expression. Les politologues parlent volontiers d’expression plurielle. Elle a une triple déclinaison politique, médiatique et sociale.

Sur le plan politique, l’expression plurielle renvoie au multipartisme. Le pluralisme politique n’achève pas la définition de la démocratie mais lui donne de l’éclat. Le parti unique, la pensée unique, caractéristiques de la démocratie populaire sont contraires à la démocratie libérale. Le multipartisme est un droit constitutionnel dans une démocratie libérale. Chaque citoyen est libre de créer ou d’adhérer au parti politique de son choix. La subvention des partis politiques trouve sa justification dans leur rôle de renforcement et de consolidation de la démocratie. Les luttes démocratiques en Afrique, dans la décennie 90, avaient pour revendication principale, l’instauration du multipartisme. Ce n’est pas assez de proclamer le multipartisme, le principal consiste à permettre aux formations politiques de s’exprimer et d’agir librement.

 D’où la pertinence d’une loi sur les partis politiques, leur financement et surtout le statut de l’opposition. Peut-on parler de multipartisme dans un État où le destin des opposants est la prison ? Peut-on parler de multipartisme dans un État où le parti au pouvoir monopolise les médias d’Etat ?



 Peut-on parler de multipartisme dans un État où le parti au pouvoir se confond avec l’Etat et agit en parti-Etat ? Ce serait une avancée démocratique et constitutionnelle si le président de la république ne pouvait pas, légalement, présider un parti politique.  Ce cumul de fonction fragilise la fonction présidentielle. Selon la constitution ivoirienne, le chef de L’Etat incarne l’unité nationale. Mais, comment peut-il, valablement, incarner l’unité nationale quand il est le chef d’un camp politique ?

Mesdames et messieurs, l’expression plurielle, c’est aussi la pluralité médiatique. L’existence de plusieurs chaînes de télévision, de radio, de journaux, de sites d’information. Le principal ici, c’est l’indépendance des médias vis-à-vis du pouvoir étatique. En sus, les médias, mêmes privés, doivent prendre en compte la diversité d’opinion. Il ne sert à rien d’avoir plusieurs journaux, plusieurs radios, plusieurs télévisions si c’est pour faire l’apologie de la pensée unique ou le culte de la personnalité.

Dans une démocratie libérale, pendant et en dehors des élections, les forces politiques ont un accès équitable voire égal aux différents médias. Par exemple, le journal « notre voie » doit consacrer par mois, obligatoirement, une page à chaque formation politique. La RTI doit en faire de même etc. La presse abîme la démocratie quand elle devient un instrument de propagande au service d’une personne. Les organes de régulation devraient inciter les nouveaux députés et sénateurs à voter des lois dans le sens de l’égal et équitable accès de toutes les sensibilités politiques aux médias publics et privés.

Au niveau social, la liberté renvoie à la liberté syndicale, à la liberté d’association. La démocratie libérale donne la possibilité aux populations d’être des citoyens. Au-delà du caractère associatif, les syndicats, les ONG, les fondations, les mutuelles sont d’excellents instruments de construction et de formation à la citoyenneté. Encore faut-il espérer que les ONG et syndicats ne remettent pas en cause cette liberté en s’inféodant aux partis politiques ou à la puissance gouvernementale. »


Propos recueillis par Cyrille NAHIN

Content created and supplied by: Cyrille_NAHIN (via Opera News )

Dr Geoffroy Etat Julien Kouao

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