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Mali: peut-on organiser des élections avec une partie du territoire occupée?

C’est un truisme de le dire, la situation actuelle que vit Mali est semblable à celle que vécut la Côte d’Ivoire sous le président Laurent Gbagbo de 2002 à 2011.

Lorsque survint en septembre 2002 la tentative de coup d’état mué en rébellion, le territoire ivoirien fut scindé en deux : au nord, la rébellion régnait en maître, et le sud était aux mains du pouvoir légal et légitime de la Côte d’Ivoire. Entre les deux parties, s’étaient interposées les forces françaises. Le nord du pays mis en coupe-réglée par la rébellion, était interdit d’accès au gouvernement légal du pays.

De sommet en sommet, de négociation en négociation, des accords furent signés où chaque partie avait des obligations à remplir sous la supervision de l’Onu et en arrière-plan, comme en embuscade, la France.

Comme convenu, le président Laurent Gbagbo remplit sa part d’obligations, en faisant un certain nombre de concessions et de reformes, malgré le grincement de dents de ses partisans et d’une bonne partie de la population. 

Les rebelles, après avoir longtemps louvoyé, ont opposé une fin de non-recevoir à leur désarmement.

Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, ni les garants des accords, ni les donneurs de leçons de démocratie devant l’Eternel, ne leur demandèrent des comptes. Tout au contraire, c’est sur le président Laurent Gbagbo que s’abattaient les pressions à l’effet d’organiser les élections.

La presse française (Rfi, France24, Tv5, etc.) a embouché la même rhétorique qui a cours aujourd’hui au Mali, pour affirmer que le président Laurent Gbagbo comme le colonel Goita, voulait s’éterniser au pouvoir, sans jamais mentionner que les rebelles étaient toujours en armes !

De guerre lasse, alors que la rébellion n’avait pas désarmé, le président Gbagbo, commit l’erreur de céder aux pressions, et d’organiser l’élection présidentielle de 2010.

A l’épilogue de cette situation, c’est main dans la main, que français et rebelles ivoiriens ont combattu l’armée de Côte d’Ivoire. On se souvient que lorsque la rébellion entreprit de descendre au sud, c’est l’armée française qui lui ouvrait la voie, en pilonnant les positions de l’armée de Côte d’Ivoire. Même quand il s’était agi de prendre le dernier périmètre de la résidence du président Gbagbo, face à l’incapacité des rebelles, c’est encore l’armée française qui fit le travail.

Aujourd’hui, quand on voit ce qui se passe au Mali, on ne peut s’empêcher de faire un rapprochement et un parallèle avec ce qui a eu lieu en Côte d’Ivoire.

On est également ahuri de constater que des chefs d’Etats de la Cedeao, à la légitimité douteuse, sont ceux qui exigent ici et maintenant des élections démocratiques. Aucun d’entre eux ne dit mot de l’occupation d’une partie du territoire malien par des rebelles armés et protégés par la France.

Avant de crier au loup, la Cedeao a-t-elle proposé un chronogramme de désarmement des rebelles et la réunification du pays avant de sommer les colonels au pouvoir à Bamako d’organiser des élections ?

Pourquoi ces têtes pensantes ne font jamais mention de cette situation qui ne peut permettre l’organisation d’une élection crédible ?

Mais les sportifs le savent bien : on ne change pas une équipe qui gagne. Ce modus operandi a connu du succès en Côte d’Ivoire, où il a permis de « sortir Gbagbo et d’installer Ouattara », selon l’ancien président français, toujours condamné et jamais emprisonné, Nicolas Sarkozy. Il ne reste plus qu’à le dupliquer au Mali.

Certes, il est difficile pour des démocrates de s’accommoder du pouvoir des militaires au Mali, mais en même temps on ne peut que se méfier de l’acharnement et de la frénésie de la France, de la Cedeao et de l’union Africaine, à vouloir organiser des élections, sans que le Mali n’ait recouvré l’entièreté de son territoire.

Si la France ne peut pas aider à désarmer les rebelles, qu’elle s’éclipse pour permettre au Mali et à ses partenaires de faire ce qu’ils estiment être bon pour le peuple malien.

Le gouvernement français accepterait-il que la Corse lui soit interdite d’accès par les indépendantistes et subir des pressions pour organiser des élections ?

Assurément non, alors, « il ne faudrait pas faire à autrui, ce que tu n'aimerais pas qu’on te fît », nous enseignent les Saintes Ecritures ; et la sagesse africaine renchérit pour dire que : « le miel est doux dans toutes les bouches, même les plus édentées ».

Si hier les ivoiriens furent « gaou », les maliens ne sauraient être « gnata » aujourd’hui, car ils disposent de repères historiques pour les orienter. 

Ainsi va l’Afrique dans ce poker menteur.

Il y a certes eu un soir au Mali, il y aura assurément un matin et l’ivraie sera séparée du vrai.

Nazaire KADIA

Content created and supplied by: kadianaz (via Opera News )

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