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Abobo : après ses diplômes, un syndicaliste est demeuré en cité menant une vie dorée, il sera surpris

Il est 8 h du matin, devant la chambre d’Ismaël, deux hommes aux muscles saillants montent la garde. Vêtus de jeans et de tee-shirts de couleur noire, ils constituent sa garde rapprochée. Ismaël assume d’importantes responsabilités au sein d’un grand mouvement estudiantin et scolaire. Sur le campus ou dans la cité universitaire on lui voue un profond respect. Il est craint tant par ses partenaires que ses adversaires d’autres formations syndicales. Rien ne se décide dans les deux cités universitaires d’Abobo sans son accord où il règne en maître absolu. Une dizaine de ses fidèles constituent sa suite à chacun de ses déplacements. Au niveau de l’organe central du mouvement, il a les oreilles du président national. Fort de ce statut, Ismaël avait une vie de privilégié.

        Depuis son arrivée sur le campus de Cocody il y a plus de 15 ans, Ismaël a toujours milité au sein de ce mouvement estudiantin pour le bien être des élèves et étudiants. Il a le syndicalisme dans l’âme. Déjà depuis le lycée, il s’était fait une petite renommée en relayant sur le terrain les décisions prises par l’organe central du mouvement. Son père, officier de la maréchaussée, avait été maintes fois l’objet de convocation pour qu’il rappelle son fils à l’ordre mais en vain. Ismaël lui répétait qu’il se sentait investi d’une mission et il n’avait pas le droit de la trahir. Le sens de son combat et de ses camarades de lutte n’était rien d’autre que l’obtention d’excellentes conditions d’apprentissage pour les élèves et étudiants de Côte d’Ivoire.

        C’est donc avec une grande fierté qu’il avait intégré les organes centraux du mouvement dès son arrivée sur le campus après le baccalauréat. Il avait servi le mouvement à différents postes de responsabilités auprès des présidents qu’il avait vus se succéder. Lorsque survenaient des frictions entre différents mouvements estudiantins, ses parents se faisaient du mauvais sang pour lui mais Ismaël les rassurait tout de suite. Quand il venait emprunter le bus à la gare située entre les cités universitaires de la commune d’Abobo, sa garde rapprochée lui ouvrait le chemin et une bonne dizaine d’autres proches collaborateurs avançaient dans son sillage. Ismaël était une personnalité de grande influence dans le milieu estudiantin. A son passage, on pouvait voir des condisciples s’approcher avec respect et lui présenter les civilités sous l’œil vigilant de sa garde. Quand il parvenait à l’arrêt du bus 49 qui desservait le campus de Cocody, inutile de vous dire qu’Ismaël ne faisait pas le rang.

        C’est donc dans ce milieu où il était vénéré et respecté qu’Ismaël vivait bénéficiant de nombreuses largesses et privilèges. Cela faisait plus de six ans qu’il avait obtenu son dernier diplôme et ses parents s’impatientaient de le voir se mettre résolument à la recherche d’un emploi mais Ismaël n’en avait cure. Il avait tout le temps disait-il à ses parents. La vie syndicale, le milieu estudiantin avec tout ce qu’il comportait de fascinant mais aussi ses excès, étaient ce qui avait de l’intérêt pour lui. Tous les stages en entreprises que ses parents lui décrochaient bien des fois avec de fortes promesses d’embauche à l’appui le laissait de marbre. Il vivait dans son monde bien connu de lui où il régnait en maître absolu entouré de collaborateurs qui lui obéissaient du bout des doigts.

        Que de conseils n’avait-il pas reçu de la part de ses géniteurs mais aussi de proches parents afin de songer à se construire un avenir professionnel mais rien n’y fit. Ismaël tapait maintenant à la porte de la quarantaine et il se complaisait toujours dans cette vie d’éternel étudiant quand bien même il n’avait plus rien à faire sur le campus universitaire depuis belle lurette. De guerre lasse, ses parents le laissèrent à son sort espérant qu’il serait gagné par la raison avant qu’il ne soit trop tard. 

        Un fait anodin survint un weekend alors qu’Ismaël toujours entouré de sa garde rapprochée décida de passer saluer sa famille comme il le faisait régulièrement. Il n’avait que quelques centaines de mètres à parcourir, la résidence familiale étant située à un jet de pierre des deux cités universitaires où il résidait.

En effet, la famille avait acquis depuis quelques années maintenant l’une de ses villas basses du quartier SOGEFIHA d’Abobo. Quand il parvint au domicile familiale entouré de ses camarades, il vit un véhicule flambant neuf de type 4x4 version citadine garée devant le principal portail d’entrée. Il jeta un regard à ce SUV de luxe et l’un de ses camarades ne manqua pas d’apprécier ce joyau d’ingénierie. Ses gardes comme à l’accoutumée, se postèrent à l’entrée de la villa et Ismaël gagna seul l’intérieur de l’enceinte. Ses visites étaient toujours brèves. Il ne voulait pas que ses parents remettent toujours sur la table le même sujet à savoir celui de son insertion socioprofessionnelle. Alors, il y passait au plus un quart d’heure et regagnait la cité où il ne cessait de recevoir des étudiants et s’évertuait à trouver solution à leurs problèmes.  

Quand Karim vit Ismaël, il se tint instinctivement debout comme un élève à la vue de son maître. Ismaël eut du mal à le reconnaître tant le jeune homme avait pris de l’embonpoint dans son élégant costume gris clair. Ismaël lui tendit la main qu’il serra avec une profonde déférence. Ismaël prit place près de son père dans le divan. Sa petite sœur lui apporta un verre d’eau fraîche qu’il déclina en la remerciant. Un silence pesant se fit soudainement dans le salon. Karim était le cousin d’Ismaël. Il avait décroché son baccalauréat 6 ans après Ismaël. En dépit de la lenteur et des chevauchements des années académiques en milieu universitaire, Karim avait tant bien quel mal obtenu un diplôme en sciences économiques et gestion. Il avait ensuite intégré un établissement bancaire avant de parfaire sa formation par un diplôme en comptabilité et audit. Ce dernier diplôme obtenu dans une grande école privée de la place lui avait permis de gravir les échelons au sein de sa banque. Il avait désormais sous sa responsabilité un département de la banque.

Le père d’Ismaël lui expliqua que Karim était passé saluer l’oncle qu’il est pour lui et surtout leur annoncer deux bonnes nouvelles. Il laissa l’honneur à Karim de répéter de vive voix ce qu’il venait de leur annoncer à lui et à la mère d’Ismaël avant l’arrivée de celui-ci. Intérieurement, il espérait fouetter ainsi l’orgueil de son fils. Karim un peu gêné se racla la gorge et reprit tout au début. Ismaël sut donc que son cousin venait de connaitre une nouvelle promotion qui faisait de lui un cadre incontournable au sein de sa banque. Afin de cadrer avec ses nouvelles responsabilités, la banque lui avait offert un véhicule neuf qui était juste garé là dehors et pour couronner le tout, il était surtout venu annoncer à son oncle que dans deux mois, il convolait en justes noces avec l’une de ses collègues chef de l’une des agences de la banque à l’intérieur du pays.

Après ce récit, Ismaël félicita son cousin pour le succès qu’il connaissait au niveau professionnel et surtout pour son mariage futur. Il lui promit d’être à ses côtés le jour j. Le silence retomba à nouveau dans la pièce. Ismaël était un peu gêné car il savait à cet instant précis ce qui se passait dans la tête de ses parents. Il prétexta un rendez-vous urgent et prit congé d’eux. Il félicita encore Karim avant de se retirer.

Cette nuit-là, Ismaël ne ferma pas l’œil. Il avait vu Karim arriver sur le campus et l’avait pris sous son aile. Il lui avait servi à la fois de protecteur et de mentor pendant tout ce temps et aujourd’hui, il avait vu un autre Karim au domicile familial. Machinalement, il calcula son âge et en fut surpris. Les années passaient-elles aussi vite que cela ? Il avait lu la tristesse sur le visage de sa mère quand il quittait le domicile familial il y a quelques heures. Cela lui fit de la peine. Il était le fils aîné et jusque-là, il n’avait encore rien fait de sa vie. Il avait consacré tout ce temps à la lutte syndicale et à régler les problèmes des autres. Le confort relatif et le respect dont il jouissait en milieu estudiantin lui était monté à la tête et l’avait aveuglé. Cette nuit-là, sa décision était prise. Il devait monnayer sur le marché du travail tous ces diplômes qu’il avait acquis au prix de mille sacrifices. Il était temps d’assainir ses rapports avec ses parents en se mettant à la recherche d’un emploi. Avant la fin de la semaine, c’était décidé, il quitterait la cité et retournerait vivre en famille s’il le faut. Il était prêt également toute honte bue à faire la courbette devant son jeune cousin pour décrocher un stage. Là où les conseils et supplications des parents d’Ismaël avaient échoué, la seule visite de Karim avait suffi.

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Abobo Ismaël

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