Décrispation : dialogue politique pouvoir-opposition

ThéodoreKoffiSinzé
By ThéodoreKoffiSinzé | Opera News Côte d’Ivoire
Published 12 days ago - 844 views

Des déclarations à l’emporte-pièce qui ruinent tout espoir

 

Le dialogue politique pouvoir-opposition est dans l’impasse. En cause, chaque camp campe sur ses positions et les déclarations des uns et des autres ne sont pas de nature à ouvrir les cœurs à un quelconque compromis.

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« Il n’y aura pas de transition en Côte d’Ivoire.» C’est la phrase choc du discours d’Alassane Ouattara, lors du Conseil politique du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) tenu, hier. Cette phase vient en réponse aux dernières déclarations de la plateforme de l’opposition et du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci). Dans celles-ci, le Pdci et ses alliés ont réaffirmé qu’ils ne reconnaissaient pas les résultats de la présidentielle du 31 octobre dernier, encore moins la réélection d’Alassane Ouattara comme Président de la République de Côte d’Ivoire. La plateforme a par ailleurs posé des préalables à tout dialogue politique avec le pouvoir. Il s’agit entre autres, de l’arrêt des poursuites et la libération des cadres et dirigeants de l’opposition ou de la société civile qui croupissent actuellement dans les geôles du pouvoir, la présence d’un médiateur international.

Avant le Conseil politique du Rhdp, le Premier ministre Hamed Bakayoko, lors de la cérémonie de célébration de la victoire d’Alassane Ouattara par les femmes du Rhdp, au Palais de la culture de Treichville, a accusé l’opposition d’avoir fomenté un coup d’Etat qui a échoué et d’avoir provoqué les violents affrontements intercommunautaires pendant la période électorale. Hamed Bakayoko a saboté ainsi, ses propres initiatives tendant à accompagner la main tendue d’Alassane Ouattara à l’opposition. Après ce discours guerrier, de quoi pourra-t-il encore parler avec l’opposition ?

Comme on le voit, aucun des camps ne se dispose véritablement à créer les conditions d’un dialogue constructif. Cela d’autant plus qu’après la prise de contact, dans le cadre du dialogue politique, entre Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié, le 11 novembre dernier à l’Hôtel du Golfe, sur le terrain, peu de choses ont évolué. La chasse à l’homme continue de plus bel. La gendarmerie parcoure hameaux et villages pour procéder à l’arrestation des meneurs des actions de désobéissance civile. Très peu de militants et cadres de l’opposition ou de la société civile ont été remis en liberté. Par ailleurs, le mot d’ordre de la désobéissance civile ayant été reconduit, les manifestations de contestation politique continue dans un certain nombre de ville, même si elles ont perdu en intensité. Cette baisse apparente de tension est pour le moins trompeuse. Les Ivoiriens dans leur large majorité se sentent bafoués dans leur dignité par cette élection dont les résultats ne reflètent en rien leur volonté. C’est cette masse silencieuse qui est à redouter. La colère contenue peut exploser à tout moment et pour un petit rien. C’est ainsi que les régimes de Blaise Compaoré du Burkina et d’Ibrahim Boubacar Kéita du Mali ont été balayés par des foules exaspérés.

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Comme on le voit, le dialogue politique entre les parties ivoiriennes est dans l’impasse. Et pourtant, il faudrait pouvoir avancer. L’assurance excessive et le triomphalisme exubérant, un tantinet provocateur, des cadres et dirigeants du Rhdp n’y fera rien. Si quelques réalisations ont pu voir le jour au cours des deux premiers quinquennats d’Alassane Ouattara, c’est parce qu’il a bénéficié d’un concours de circonstances favorables. En tête desquelles, la stabilité du pays et un certain consensus national. Le Rassemblement des républicains (Rdr) qui portait la candidature d’Alassane Ouattara pouvait compter sur une alliance solide avec, notamment le Pdci et l’Udpci. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. Le constat qui s’impose est qu’on ne peut imaginer pire environnement socio-politique que celui dans lequel le Chef d’Etat tente d’engager son troisième quinquennat.

Le locataire du palais présidentiel et tout son staff de campagne connaissent les vrais chiffres sortis des urnes et le vrai taux de participation de la présidentielle. Au-delà de la polémique, il y a une réalité qu’on ne peut cacher de la paume. Très peu d’Ivoiriens se sont sentis concernés par l’élection présidentielle. Des observateurs impartiaux et la presse internationale parlent d’un taux de participation en dessous de 10%. Et même, les chiffres donnés par la Commission électorale indépendante (Cei) sont en flagrante contradiction avec les taux qu’elle a donnée.

De ce point de vue, même déclaré élu par la Cei de Ibrahim-Kuibiert Coulibaly et le Conseil constitutionnel de Mamadou Koné, Alassane Ouattara sait plus que quiconque qu’il a une légitimité très fragile. En dehors de ses partisans et autres inconditionnels, combien d’Ivoiriens se reconnaissent-ils encore en lui aujourd’hui?

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En politique plus que partout ailleurs, la légitimité est essentielle. Quand on dirige un pays, on est amené par exemple à prendre souvent des mesures impopulaires, surtout en temps de crise économique comme celle induite par le Covid 19. Ces contraintes seront d’autant moins acceptées que le Chef d’Etat sera illégitime. Ainsi donc, même s’il réussit à imposer son troisième mandat aux Ivoiriens, il sera contraint de gouverner dans l’adversité, voire dans l’hostilité. Combien d’Ivoiriens sont aujourd’hui en prison ou en exil pour des motifs politiques ? Mille, deux mille, trois mille ?

Il est dès lors évident que c’est Alassane Ouattara lui-même qui a, plus que personne d’autre, besoin de paix et de concorde sociale en Côte d’Ivoire. Il a d’ailleurs déclaré lors du Conseil politique du Rhdp que son « objectif est de rétablir la confiance et de poursuivre (les) actions de développement ». En d’autres termes, il est conscient que rien de solide ne pourra se bâtir si une frange importante de la population de la Côte d’Ivoire se sent exclue. Pire, si elle fait objet de harcèlements judiciaires pour des motifs à fortes connotations politique. Si le Chef d’État veut réellement « rétablir la confiance » avec les autres acteurs politiques, il devrait renoncer à pacifier le pays à la romaine. A savoir obtenir la paix des cimetières par la force. Il devra plutôt chercher un terrain d’entente acceptable par tous, sur les sujets litigieux qui pourrissent actuellement l’atmosphère politique. Napoléon Bonaparte ne disait-il pas qu’on peut tout faire avec une épée, sauf s’asseoir dessus ?

Théodore Sinzé

 

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