Sign in
Download Opera News App

 

 

Francafrique : ces propos qui rattrapent Macron

Les leçons de démocratie du jeune président français Emmanuel Macron, élu à 39 ans, se sont envolées sous le drapeau de la Réalpolitik des présidents africains parfois octogénaires, rusant avec les enjeux pétroliers et géostratégiques. Ces relations d’intérêts entre la France et l’Afrique conduisent au grand désenchantement des populations du continent noir qui ont cette posture de Paris consistant à fermer les yeux sur la vérité des urnes, sur les principes démocratiques.

C’est ce qu’explique le journaliste et écrivain Antoine Glaser, dans ‘‘La démocratie rêvée hors du pré carré’’, une partie de son œuvre intitulée Le piège africain de Macron: Du continent à l'Hexagone publiée le 7 avril 2021.

De la priorisation de la société civile à la Réalpolitik

« Là où les présidents ne sont pas démocratiquement élus, je travaillerai avec la société civile. J’ai mis la pression sur Paul Biya pour qu’il traite d’abord le sujet de la zone anglophone et ses opposants. Je lui ai dit, je ne veux pas qu’on se voie à Lyon tant que Maurice Kamto n’est pas libéré. Il a été libéré, parce qu’on a mis la pression. Je vais rappeler la semaine prochaine le président Biya pour qu’il libère les opposants, ouvre le jeu, décentralise et fasse respecter l’État de droit.», se vantait Emmanuel Macron, interpellé, 20 février 2020, au Salon de l’agriculture par un activiste camerounais.

En effet, les régions anglophones du Cameroun étaient en quasi-sécession et le principal opposant au président Biya à la présidentielle d’octobre 2018, Maurice Kamto, avait été emprisonné. Officiellement pour destruction de biens publics, en fait pour continuer à contester la réélection de Paul Biya.

Ces propos paternalistes et interventionnistes de Macron contrastent déjà avec ceux tenus antérieurement par Macron. « Ce n’est pas à la France de faire la démocratie au Cameroun à la place des Camerounais », avait soutenu Macron. Le voici se vantant devant un activiste camerounais d’avoir également ‘‘mis la pression, avec plusieurs présidents africains’’, sur Joseph Kabila en République démocratique du Congo (RDC) pour obtenir l’alternance politique dans ce pays et menaçant les autocrates.

Les leçons de démocratie oubliées au pied du mur

Au pied du mur, deux mois plus tard, c’est bel et bien l’administration Macron qui ressuscite Paul Biya. Aux termes d’une audience avec Paul Biya, l’ambassadeur de France Christophe Guilhou affirme mordicus que le président camerounais est « toujours alerte » alors que Maurice Kamto, le chef de l’opposition, demande à la Cour constitutionnelle de déclarer la vacance de pouvoir, en raison de l’absence prolongée du chef de l’État.

« Ce diplomate s’est carrément substitué à la communication officielle du Cameroun pour devenir l’agent de propagande médiatique d’une prétendue apparition de M. Biya qui viendrait mettre fin aux rumeurs sur sa défaillance et la vacance de la fonction présidentielle », s’insurgent les opposants sur la plateforme des organisations de la société civile du Cameroun. Face à la concurrence des puissances émergentes telles que la Chine, l’Inde et la Turquie… Emmanuel Macron a, semble-t-il, oublié sa violente critique du Salon de l’agriculture. Du haut de ses 86 ans, Paul Biya mène la danse face au jeune président français.

Nouveau venu dans le giron de la Francafrique

Contrairement à ses prédécesseurs, ancrés des relations presque familiales avec les chefs d’Etats africains, le passé africain de Macron se réduit à un stage d’énarque de six mois en 2002 à l’ambassade de France au Nigeria. Du reste, il a plus fréquenté des hommes d’affaires que des politiques au pays de Buhari.

Dès 1980, Jacques Chirac, alors maire de Paris, avait des relations privilégiées avec Denis Sassou Nguesso ou encore Abdou Diouf. Nicolas Sarkozy adulait presque Omar Bongo et s’est engagé corps et âme pour l’accession d’Alassane Ouattara au pouvoir d’Etat. Les relations entre François Hollande et ses anciens amis africains de l’Internationale socialiste, Alpha Condé et Mahamadou Issoufou connaissaient une embellie.

Priorité aux enjeux pétroliers et géostratégiques en Afrique centrale

« À l’Élysée, on reconnaît qu’en Afrique centrale, aux enjeux pétroliers et géostratégiques importants, « les transitions pacifiques ne vont pas de soi et que les dirigeants ont des règnes au long cours » (Tchad, Congo, Gabon, Cameroun, Guinée équatoriale). », écrit Antoine Glaser.

Face à la perte de l’influence de la France sur le continent noir, le drapeau de la Réalpolitik flotte haut. Macron s’en remet aux hommes forts et l’un des symboles n’est autre que le Tchadien Idriss Déby. En dépit de ses méthodes musclées vis-à-vis de ses oppositions, il reste le chouchou des militaires français opérant en Afrique.

Macron Président ne se croit pas responsable de l’héritage légué par ses prédécesseurs. Quant à ses leçons de démocratie, elles sont à géométrie variable au gré de la realpolitik. Ainsi les présidents des anciennes colonies françaises peuvent jouir du parapluie français pour pérenniser son règne. Le combat annoncé par Macron contre les autocrates ne sera pas engagé par la France.

Une inclination pour les hommes forts du continent

Enfin, Emmanuel Macron semble semble s’être personnellement entiché des hommes forts du continent à la tête de puissants pays. Ses relations particulières avec le président rwandais Paul Kagamé en sont une illustration. Le locataire de l’Élysée ira même inviter Paul Kagamé à un déjeuner au Palais et à prendre une photo à trois avec le P-DG de Facebook, Mark Zuckerberg, le 23 mai 2018.

Mieux, il offre un an plus tard, l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) à la ministre rwandaise des Affaires étrangères de l’époque, Louise Mushikiwabo, pour succéder à Michaëlle Jean.

De la priorité à la société civile à l’inclination des hommes forts à la tête des Etats africains, les populations du continent ont parfaitement compris la posture de la France qui a fermé les yeux sur la vérité des urnes au profit de ses intérêts.

 

Cyrille NAHIN

 

 

 

Content created and supplied by: Cyrille_NAHIN (via Opera News )

cameroun emmanuel macron

COMMENTAIRES

Chargez pour lire plus de commentaires