Sign in
Download Opera News App

 

 

Vaccin obligatoire :Le gouvernement ivoirien entre éradiquer le Covid-19 et le respect de la loi

Patrick Achi le chef du gouvernement ivoirien se faisant vacciner.

Quand on occupe une position dominante, il faut toujours tenir sa langue en bride. Il y a des propos qu’un leader doit s’éviter de tenir même dans un moment de relâchement jouissif. Surtout que des milliers d’individus se reconnaissent dans tout ce que fait et dit ce leader. Hélas ce reflex citoyen manque cruellement à certains de nos dirigeants politiques. « On s’en fout de corona ! » Qui ne souvient de cette boutade lancée par Alassane Ouattara, chef de l’Etat, président du Rhdp (Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix) parti au Pouvoir. C’était exactement le samedi 22 août 2020, au stade Félix Houphouët-Boigny devant plus de 50 000 partisans. Le Rhdp organisait l’investiture de son candidat Alassane Ouattara pour un contestable troisième mandat à l’élection présidentielle d’octobre 2020. « Henriette viens ici, On s’en fout de Corona ! » Ainsi Alassane Ouattara invitait Henriette Dagri Diabaté la Grande chancelière à le rejoindre sur le podium. Pendant ce temps, le public étonné criait : « attention Coronavirus ! » En réponse à cette mise en garde, Ouattara disait : « On s’en fout de Corona ! » Et tous les deux s’étaient enlacés dans une longue étreinte. Depuis cette date, toutes les campagnes de sensibilisation à l’attention des populations sont tournées en dérision. « On s’en fout de Corona, c’est notre président qui a dit ! » La conséquence de l’incivisme provoqué par le discours de Ouattara est dramatique. La recrudescence des contagions au coronavirus fait marcher sur des œufs le chef de l’Etat Alassane Ouattara lui-même, son Premier ministre Patrick Achi et son gouvernement. Patrick Achi et son gouvernement ne savent plus sur quel pied danser pour éradiquer le covid-19 ou réduire sa propagation pour la ramener à des proportions acceptables.


Les graves conséquences de la boutade de Ouattara

Le lundi 23 mars 2020, dans une adresse à la Nation, Alassane Ouattara décidait d’instaurer l’état d’urgence assorti de mesures strictes pour renforcer celles déjà existantes afin de stopper la progression de la maladie à Coronavirus (COVID-19) en Côte d’Ivoire. Personne ne peut dire à ce jour quand ou si cette situation d’exception a été levée. On navigue à vue face au fléau. Selon le ministère de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, la Côte d’Ivoire enregistre 120 (cent vingt) nouveaux cas de Covid-19 dimanche 5 septembre 2021, sur 5 175 échantillons prélevés, soit 2,3 % de cas positifs, 184 guéris et trois décès. Les chiffres sont affolants, le pays compte à la date du 5 septembre 2021, 56 855 cas confirmés dont 54 625 personnes guéries, 467 décès et 1 763 cas actifs. Le nombre total d’échantillons est de 923 288. Pas plus tard que le samedi 4 septembre, 12 607 doses de vaccin ont été administrées soit un total de 1 434 173 doses du 1er mars au 4 septembre. Les Ivoiriens expliquent ce taux exponentiel de contagion en partie par cette boutade lancée par Alassane Ouattara : « On s’en fout de corona ! »


Lui-même Ouattara n’est pas épargné. Le 3 août 2021, il déclarait avoir été « en contact avec une personne déclarée positive à la Covid-19 », et pour cela il décidait de se mettre en confinement « suivant les recommandations sanitaires en la matière et conformément aux dispositions gouvernementales ». Selon un communiqué de la Présidence de la République lu par l’ex-ministre du budget, secrétaire général de la Présidence de la République, Abdourahmane Cissé. Son frère cadet Téné Birahima Ouattara ministre de la Défense lui aussi disait avoir été en contact avec une personne déclarée positive à la Covid-19, se faisait évacuer en France. Finalement il y eut plus de peur que de mal, le couple Alassane et Dominique Ouattara et Téné Birahima seront testés négatifs. Mais le mal est là, profond et le Covid-19 se propage au sein de la population. Comment faire pour freiner la pandémie au plan national ? Entre autre mesure palliative, Pierre Dimba, le ministre de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, invite « toutes les personnes de plus de 18 ans à se faire vacciner » dans les centres de vaccination. Le gouvernement a rendu la vaccination contre la COVID-19 gratuite et volontaire. Mais il y a un hic.

Un centre de vaccination contre le Covid-19 à Abidjan.


Vaccin obligatoire et viol de la liberté individuelle

Ce même gouvernement qui parle de volontariat a posé récemment un certain d’actes qui prenne le contrepied de ce qu’il a décidé. De fait, le Premier ministre Jérôme Patrick Achi a sommé les membres de son gouvernement et leurs collaborateurs, à se faire vacciner avant la reprise des Conseils des ministres, aujourd’hui 7 septembre 2021. De coup la consigne de la primature s’est muée en notes de service que tous les ministères ont percuté sur leurs agents.

« Suite à la hausse des cas positifs à la covid-19 le Premier ministre a instruit les membres du gouvernement à prendre toutes les dispositions pour la vaccination de tous leurs collaborateurs. (…) Par conséquent, je vous sprie de prendre toutes les dispositions utiles pour participer à cette séance de vaccination obligatoire. Vu l’urgence, j’attache du prix à l’exécution de la présente note » Lit-on la note de service du ministre de l’Assainissement et de la salubrité signé de son directeur de cabinet Drissa Diomandé. Tous les ministères et leurs différentes directions ont produit des notes de service allant dans le sens de l’obligation faite à tous les agents de l’Etat et de la fonction publique. Désormais, ces agents devront montrer patte blanche pour accéder à leurs lieux de travail. Tous sans exception, devront se faire vacciner ou à tout le moins « présenter un Test PCR-Covid négatif à renouveler chaque semaine » s’ils veulent continuer d’être à leurs postes. Une première dans le monde, en effet, aucun pays n’a encore rendu obligatoire le vaccin Covid-19. Seule la Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara se permet une telle gageure. Même les pays développé en occident et en Asie n’ont encore franchi ce rubicon. Tout le monde fait attention à ne pas enfreindre à la liberté individuelle. Des populations. Sauf en situation exceptionnelle, notamment en cas d’Etat d’urgence. Certes, Alassane Ouattara qui avait déclaré « on s’en fout de Corona » a tôt fait de déclarer l’Etat d’urgence, c’était l’année dernière, mais son application reste encore floue au plan juridique. « Ce décret proroge l’état d’urgence déclaré le 23 mars 2020, sur l’ensemble du territoire national, pour une nouvelle période allant du 15 au 30 avril 2020, en vue de consolider le dispositif opérationnel de prévention et de prise en charge des malades », avait déclaré Sidi Tiémoko Touré alors Porte-Parole du gouvernement ivoirien. Pour revenir aux notes de service qui font obligation aux agents de l’Etat de se faire vacciner ou de présenter préalablement un test PCR-Covid négatif, il faut noter que cette mesure impactera sinon concerne forcément le visiteur ou l’usager des services de l’Etat. Du coup ce sont toutes les populations qui sont contraintes aux vaccins. Ainsi le régime Ouattara flétrit les droits universels que chaque individu a de disposer de son corps. Droits tels que définis dans la Charte des Nations unies de 1945, la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, la Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples de 1981. Et qui sont reconnus par la Constitution ivoirienne de 2016. En effet, nous lisons dans le préambule de notre loi fondamentale : « Nous, Peuple de Côte d’Ivoire ; (…) Réaffirmons notre détermination à bâtir un État de droit dans lequel les droits de l’Homme, les libertés publiques, la dignité de la personne humaine, la justice et la bonne gouvernance tels que définis dans les instruments juridiques internationaux auxquels la Côte d’Ivoire est partie, notamment la Charte des Nations unies de 1945, la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, la Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples de 1981 et ses protocoles additionnels, l’Acte constitutif de l’Union africaine de 2001, sont promus, protégés et garantis ; » Nous pensons que dans la recherche de solution contre le Covid-19, le gouvernement ivoirien doit continuer de sensibiliser, privilégier la pédagogie plutôt que la force. On ne règle par la force. On ne dirige pas un pays par le pays. La raison du plus fort est antinomique à la légalité.

Haity

Content created and supplied by: Haity (via Opera News )

COMMENTAIRES

Chargez pour lire plus de commentaires