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Rapprochement Mali-Russie: le gouvernement de transition peut-il se passer de la France ?

Les relations en la France et le Mali ne sont pas au beau fixe ces dernières semaines suite à la décision du gouvernement de transition de collaborer avec la Russie sur le plan militaire et sécurité.

Le président français Emmanuel Macron a même jugé « nulle » la légitimité du gouvernement de Bamako, qui s’est indigné de la réorganisation de l’opération « Barkhane », selon lemonde.fr.

Le mercredi 6 octobre 2021, alors que le ministère des Affaires étrangères malien venait de convoquer l’ambassadeur français sur place pour condamner les déclarations « regrettables » d’Emmanuel Macron à l’égard de la junte militaire, eux aussi ont porté un jugement sévère sur le président français.

 « Ses propos m’ont écœuré. En tant que président, il aurait pu exprimer autrement sa frustration », souligne Harouna Sy, un économiste. Le jeudi 30 septembre 2021, Emmanuel Macron avait qualifié de « honte » les accusations d’« abandon en plein vol » du Mali par la France portées cinq jours plus tôt par le premier ministre de transition, Choguel Maïga, à la tribune de l’ONU, alors même qu’un soldat français venait de tomber au combat dans le nord du Mali. « Je rappelle que le Premier ministre malien est l’enfant de deux coups d’Etat. Donc la légitimité du gouvernement actuel est démocratiquement nulle », avait renchéri Emmanuel Macron. Des mots qui ont froissé de nombreux Maliens.

Selon le confrère français, Ousmane Goro, enseignant, regrette ce qui relève d’après lui d’un manque de compréhension des codes culturels du continent. « La tradition africaine ne donne pas à Macron la permission de s’adresser à notre dirigeant de la sorte. S’il veut parler aux Africains, il faut qu’il essaie de nous comprendre », explique-t-il, rappelant qu’au Mali, le degré de respect accordé à un interlocuteur dépend de sa capacité à rechercher le compromis, avec patience. « Macron est imprévisible. On en vient à se demander s’il a des conseillers autour de lui. Ne lui ont-ils pas expliqué nos usages ? », s’interroge, pour sa part, Ousmane Goro.

Les deux poids, deux mesures

De nombreux citoyens maliens se sont sentis directement visés par les propos du président français. « Choguel et son gouvernement de transition représentent le peuple, qu’importe ce que peut bien en dire la France », balaie l’enseignant, avant de se lancer dans une critique du « deux poids, deux mesures » qui a, selon lui, caractérisé la politique d’Emmanuel Macron au Mali ces derniers mois. Si le premier putsch du 18 août 2020 qui a balayé le régime du président Ibrahim Boubacar Keïta, dit « IBK », n’a été que très faiblement condamné par la France voire toléré, selon certains, le second, perpétré le 24 mai 2021, a au contraire poussé Emmanuel Macron à annoncer « la fin de “Barkhane” en tant qu’opération extérieure ».

Lemonde.fr poursuit pour dire que même si, dans les faits, il ne s’agit pas d’un départ mais d’une transformation du dispositif militaire français au Sahel, « le flou volontairement gardé dans l’immédiat par Emmanuel Macron autour des modalités de ce plan a amené les Maliens à penser qu’il s’agissait là de la fin de la présence militaire française au Sahel et donc d’un abandon. D’autant que, dans la foulée, il avait annoncé la fermeture de trois bases françaises sur cinq », analyse le politiste malien Boubacar Haidara. A l’en croire, ChoguelMaïga a depuis lors « sauté sur toutes les occasions que lui offrait Macron », dans le but de conquérir une opinion publique qu’il savait de plus en plus agacée par les agissements français, tant sur le plan politique que militaire.

Le désarroi et l’aigreur sont particulièrement perceptibles dans certaines régions gagnées par les violences, comme celle de Mopti, dans le centre du Mali. Là-bas, Abba Kassambara, un acteur de la société civile, a observé la progression des terroristes malgré l’intervention militaire française lancée au nord en 2013 (« Serval », transformée l’année suivante en « Barkhane ») et dont l’objectif était pourtant de les contenir. « La montagne a accouché d’une souris. La situation empire, des villages entiers brûlent, les civils avec. Et les terroristes, qui ne sont pas si nombreux, repartent tranquillement se cacher en brousse, sans que les milliers de soldats français et onusiens présents sur le terrain ne parviennent à les attraper. On ne peut pas le comprendre », tempête-t-il.

L’armée française doit assumer son échec

« Les militaires français doivent assumer leur échec et partir », tranche Oumar Tembiné, membre de YèrèWolo, une Association réputée proche des putschistes, depuis le campus de l’Université de Bamako. Mais à Tombouctou, une ville du Nord d’où les soldats français devraient commencer à se retirer d’ici la fin de l’année, on s’agace de cette lecture qui ne refléterait pas ce que pensent la plupart des habitants des régions septentrionales. « Les Maliens confortablement assis à Bamako ne connaissent rien des réalités de notre quotidien, l’insécurité dès qu’on dépasse les limites des villes, l’absence quasi totale de l’Etat. Les Maliens du Nord ont peur du retrait de “Barkhane”. On voit mal l’armée malienne être en capacité d’assurer notre sécurité, une fois les Français partis », s’inquiète SalahaMaïga, directeur du festival Vivre Ensemble.

Comme d’autres résidents du Nord, le trentenaire prie aujourd’hui pour que l’escalade diplomatique en cours entre Emmanuel Macron et ChoguelMaïga ne vienne pas compromettre davantage le soutien français, et plus largement occidental, en matière de lutte contre le terrorisme dans sa région. Loin des calculs politiciens en vogue à Paris et à Bamako, SalahaMaïga repense plus concrètement à l’occupation djihadiste sous laquelle il a dû vivre pendant des mois en 2012. « Et ça, répète-il, personne au Nord ne veut la revivre. »

Apparemment les habitants du Nord du Mali ne sont pas d’avis pour le retrait de l’opération « Barkhane » qui a contribué à une lutte efficace contre l’avancée des terroristes dans la région.

Mais le gouvernement de transition qui semble réclamer son indépendance militaire et s’est même attaché les services de l’agence de sécurité Wagner de la Russie peut-il s’en sortir avec ces nouveaux partenaires au détriment des Français qui eux, maîtrisent le terrain?

Il est pour le moment difficile de répondre à cette interrogation par l’affirmative. Seule la poursuite de la collaboration avec la France ou la fin de cette collaboration en dira plus.

Nathanaël Yao

 

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Emmanuel Macron Rapprochement Mali Russie

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