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Interview / Naftaly : "chaque politicien nous utilise, quand il prend le pouvoir il nous bâillonne"

Depuis le 29 novembre 2018, le Reggae est inscrit sur la liste du Patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco. Mais bien avant, depuis 1994 le 1er juillet est décrété Journée internationale de cette musique qui joue un rôle capital dans de nombreux combats contre l’injustice et en faveur de l’humanité. Aujourd’hui, à l’occasion de la 27ème édition de commémoration de cette Journée du Reggae, nous avons échangé avec Naftaly. Figure emblématique de la musique Reggae et du rastafarisme en Côte d’Ivoire, c’est volontiers que le "Soldat de Jah" s’est prêté à nos questions.

Quelle est pour vous la symbolique du 1er juillet décrété Journée internationale du Reggae ?

Déjà, je me réjouis du fait que l’on reconnaît l’impact du reggae sur l’humanité. Cela parce qu’on est ici pour vivre une vie dans nos corps, mais aussi pour partager avec ceux qui ne vivent pas dans nos corps. C’est toute une vibration, toute l’humanité est une famille. Donc on se nourrit soi-même et il faut quelque chose pour nourrir l’humanité. Les chrétiens, leur façon de le faire est l’évangélisation. Les musulmans ont leur façon de le faire, ils essaient de rependre l’islam dans le monde pour apporter la paix. Ce n’est pas une histoire qui doit être que spirituelle, la Culture doit s’y impliquer. Donc tous ceux qui font du reggae, qu’ils soient musulmans, rastas, chrétiens ont leur façon à eux d’apporter cette contribution-là au monde. Le reggae est cette musique-là qui dénoncent tous les travers de nos sociétés et qui apportent de l’espoir au peuple. Pour nous, décréter le 1er juillet Journée Internationale du Reggae est quelque chose de grand qui démontre que cette musique est reconnue à juste titre comme étant un facteur d’unité, de paix et de libération des peuples. C’est magnifique !

Peut-on toujours considérer Abidjan comme la 3ème capitale mondiale du reggae après Kingston et Londres ?

C’est avec beaucoup de nuances ! D’ailleurs, je n’ai jamais été pour les classements. Cela ne nous a rien apporté de savoir qu’Abidjan était la 3ème ou la 4ème capitale mondiale du Reggae. Maintenant si on doit rentrer dans la réalité, Londres n’est plus un indice, donc Abidjan devient la 2ème capitale. Mais il ne faudrait pas juste porter le titre de capitale, il faut que notre reggae soit connu. C’est-à-dire qu’il faudrait qu’à part Alpha Blondy et Tiken Jah, les autres aient une visibilité à l’international pour faire connaître le reggae de Côte d’Ivoire pour qu’Abidjan puisse avoir, de manière effective, son titre de 3ème ou 2ème capitale selon les nuances.

Nous apprenons qu’il y a une célébration ce jour à Grand-Bassam sous le thème : "l’apport du reggae dans la cohésion sociale et la paix en Côte d’Ivoire". Le Reggae a-t-il joué son rôle dans cette situation que continue de traverser la Côte d’Ivoire ?

Oui, le reggae a contribué un moment avant le bâillonnement. Vous savez, quand un politicien veut prendre le pouvoir, il utilise le reggae parce que le reggae va dénoncer des travers. Et quand l’opposant prend le reggae, il dénonce les travers de l’autre. Une fois que cet opposant arrive au pouvoir et qu’il commet les mêmes travers, sa politique est d’éteindre les musiques de revendication pour que le peuple ne se réveille pas. Chaque politicien nous utilise, quand il prend le pouvoir il nous bâillonne. Et c’est ainsi que le message reggae n’est pas écouté. Je le dis, nous ne sommes pas là pour créer la cohésion après la guerre parce que ces guerres-là, nous les avons prévenues dans les chansons. Nous on aimerait être plus des facteurs de prévention. De plus en plus, le reggae prend la forme de gens qui chantent et dont on écoute juste les mélodies sans entendre les messages. Et c’est dommage !

Avez-vous une façon de célébrer ce 1er juillet ?

Je suis déjà le Reggae, je le pratique donc tous les jours de ma vie sont des jours de célébration de Reggae. J’avoue que j’ai su l’existence de cette journée il n’y a qu’un an. Pareil pour plusieurs autres. C’est maintenant que nous avons vraiment connaissance du sujet. On va donc commencer à faire des programmes comme on le fait pour le 11 mai. Il faudrait qu’on crée de la visibilité autour du 1er juillet que l’on a donné au reggae.


Réalisée par JM TONGA

Content created and supplied by: JMTONGA (via Opera News )

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