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Pas de dialogue national, pas de visite aux prisonniers. Comment Gbagbo avance à grands pas

La politique, c'est de l'art, répondent en choeur les praticiens, les vrais. C'est également un métier comme tout autre, mais sauf qu'ici, ce sont les professionnels qui ont pion sur rue. Et qui s'en sortent toujours à bon compte quelle que soit la situation qui se présente à eux. En Côte d'Ivoire, le président Laurent Gbagbo fait partie, sinon le meilleur, de cette classe exceptionnelle de professionnels du métier de la politique.

En seulement trois semaines de présence en Côte d'Ivoire, après dix ans passés aux mains de la justice internationale, l'ancien chef d'État ivoirien vient de mener deux raids politiques rageurs, obligeant ses adversaires, notamment les tenants du régime ivoirien à commettre de grossières erreurs politiques. En effet, en évoquant avec Henri Konan Bédié, le projet de dialogue inclusif comme solution à la crise que traverse le pays depuis plus dix ans, Laurent Gbagbo connaissant le talon d'Achille du régime ivoirien savait parfaitement que ce projet de réconciliation nationale heurterait la sensibilité des tenants du pouvoir central d'Abidjan.

Il avait même conscience que l'on commettrait l'erreur de rejeter en bloc ledit projet. La suite, on la connaît. Non seulement le refus du dialogue a été clairement exprimé et affiché, mais surtout, le directeur exécutif du RHDP en a fait pris personnellement ombrage. Politiquement, la posture d''Adama Bictogo montre à l'envie que le régime ivoirien est allergique à la notion de réconciliation nationale. À preuve. Depuis quelques jours, le député d'Agboville ne rate aucune tribune pour crier au loup, ou à tout le moins, à afficher son aversion pour le dialogue national.

C'est une grosse erreur politique que de montrer à la face du monde qu'on est opposé à l'idée de réconciliation nationale même si ce projet émane des dirigeants de l'opposition. Ce que l'opinion nationale et internationale retient, c'est que le RHDP est plutôt disposé à demeurer dans la belligérance. Une posture qui ne favorise pas le développement socio-économique du pays. Or les Investisseurs étrangers et autres opérateurs nationaux ont besoin d'un environnement sain et harmonieux pour mener à bien leurs activités.

Le deuxième gros impair politique prend sa source dans le refus du gouvernement d'accéder à la demande de Laurent Gbagbo relative à sa visite aux prisonniers d'opinions. Juridiquement, aucune disposition légale n'interdit les autorités politiques à rendre visite aux prisonniers. C'est même un droit reconnu aux détenus. Pourquoi le gouvernement ivoirien ne prend-t-il pas alors des dispositions sécuritaires pour permettre à l'ancien prisonnier de la CPI de se rendre à la Maca où se trouve le gros des détenus de la crise postelectorale d'avril 2011 ?

Fin stratège politique, Laurent Gbagbo voulait montrer à l'opinion internationale que des prisonniers politiques existent bel et bien en Côte d'Ivoire, contrairement aux affirmations des dirigeants ivoiriens. Les raisons avancées par le gouvernement est plutôt d'ordre sécuritaire. Et à aucun moment, le ministre de la Justice Sansan Kambilé n'a justifié ce refus par le fait qu'il n'existe pas de prisonniers politiques dans les prisons ivoiriennes. Là encore, Laurent Gbagbo a piégé le pouvoir central d'Abidjan.

Sinon, en manifestant ouvertement sa volonté de se rendre à la Maca où partout ailleurs, l'ancien président ivoirien avait conscience que cela lui serait refusé mais il fallait tout de même pousser l'adversaire politique à la faute. Et les dégâts sont là.

P. L

Content created and supplied by: Pierre_Lemauvais (via Opera News )

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