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Foncier/CI: Les 42 villages déguerpis du barrage de Kossou négocient un accord autour des terres

Dans le cadre du projet Liane2 (Leadership et Initiatives des Acteurs Non Etatiques) financé par l’Union européenne, l’Ong Agir, Innover pour le Développement Durable (AIDD) a procédé au lancement de son projet intitulé « Renforcement de la gouvernance dans les ex-villages déguerpis du barrage de Kossou dans le département de Béoumi ». C’était le 26 juin 2021 dans ladite localité.

 Le préfet du département de Béoumi, Traoré Imalda Doussou, s’est félicitée de cette initiative venant des communautés. Avant d’indiquer qu’en prenant la décision de déguerpir les occupants des zones à risque, dans les années 70, l’objectif du gouvernement d’alors était prioritairement de protéger les populations « car au passage de l’eau les dégâts ne se font pas prié, l’eau détruit tout sur son passage », a-t-elle affirmé.  Pour Mme Doussou, « dans l’urgence, il fallait accepter certaines propositions mais il s’avère aujourd’hui que ces populations sont confrontées à certaines réalités, des conflits nés du manque de terre. On parle de terres squattées, terres sous- tutorat, ou encore terres sans droit, entre les communautés réinstallées et celles auprès desquelles ont été réinstallées », explique-t-elle. C’est à juste titre qu’elle a engagé les présidents de mutuelle des différents villages concernés par le projet, à lui transmettre toutes les informations exploitables sur ce dossier afin les résultats escomptés de cette initiative reflètent les réalités de ces villages et puissent permettre l’Etat de prendre les bonnes décisions.

Christophe Courtin, représentant l’Union européenne, explique que, la Côte d’Ivoire, comme la plupart des Etats du monde, a signé de nombreux accords internationaux sur les droits de l’homme, le droit la culture, droit à la terre, l’accès au foncier, qui est un des principes importants de l’UE, pourtant la problématique du foncier est une question cruciale dans le pays. Sur la question, l’Union européenne demande que la gestion de ces actions passe par la société civile, « l’implication d’acteurs associatifs sur des sujets qui intéressent toute la communauté, à savoir l’accès au foncier ». C’est pourquoi l’UE a accepté de soutenir cette initiative de l’AIDD, qui est un projet expérimental basé sur l’écoute de toutes les parties prenantes. Selon lui, cette activité intervient au moment où l’UE fête ses 60 ans de coopération avec la Côte d’Ivoire.

Dans son intervention, Dr Charles Yokoli, président de cette Ong, a indiqué que ce projet pilote vise à plaider auprès de l’Etat pour un accord autour des terres des 42 ex-villages déguerpis du département de Béoumi-région du Gbêkê). Cette action est soutenue par l’Union Européenne à travers le projet Liane 2 qui vise surtout à inviter ces villages à s’appuyer sur les ressources locales, pour impulser leur propre développement.

Ce projet se décline en 4 axes : Mettre en place une équipe dynamique et engagée, diagnostiquer la situation foncière dans les ex-villages déguerpis afin que les communautés s’inscrivent dans une démarche de collaboration réussie, accompagner et animer la concertation dans les territoires des villages pour limiter les conflits, communiquer et valoriser les résultats de l’expérience à travers le plaidoyer au niveau national devant participer à la construction d’un réseau d’acteurs.

Au nom des populations de Béoumi, Me Blessy Jean-Chrysostome, député de Béoumi, a exprimé sa gratitude à l’Ong et aux partenaires au développement de la Côte d’Ivoire pour cette initiative. Avant de rappeler l’histoire des AVB (Aménagement de la Vallée du Bandama) dans les années 1970. En effet, explique-t-il,  pour des besoins énergétiques de la Côte d’Ivoire, des études faites sur le fleuve Bandama ont montré que certains villages seraient en zones à risque, pour les éventuelles montées d’eau qui pourraient s’étendre sur une période de 100 ans. Une délocalisation de ces villages à destination de la zone forestière de San Pedro avait été préconisée  mais beaucoup de villages ont émis leur volonté de rester. Certains ont pu braver l’autorité du Bandama avec le leitmotiv : « Si le Bandama avance, en ce moment-là nous reculerons ». C’est le cas du village de Konsou qui n’a pas bougé.  Mais 42 villages qui ont été déplacés vers des sites négociés avec des communautés environnantes qui ont bien voulu les accepter et les installer sur leurs terres, sans documentation légale du droit de possession de ces territoires cédés aux arrivants. Aujourd’hui, les questions de patrimoines fonciers se soulèvent. Alors que le Bandama décroit, les terres des anciens villages sont déclarées sinistrées et ne peuvent faire objet de déclassement pendant 100 ans. Aussi, les populations hôtes réclament aujourd’hui leurs terres en raison de la forte introduction des cultures pérennes telle que l’anacarde qui nécessite un titre de propriétaire terrien. Evidemment, cette situation est source de conflits récurrents dans le département. Le projet de délimitation ayant prévu que des portions de terres d’habitation, d’agriculture mécanique et une autre pour les cultures traditionnelles ; pourtant la population ne cesse de croitre.  

« Nous faisons face à 3 grands problèmes, à savoir la recolonisation des anciens sites et l’autorité des anciens chefs de village, l’occupation des zones dites classées par l’Etat et des infrastructures des grandes institutions et l’attribution des terres aux entités privées et opérateurs économiques sans purge aux anciens propriétaires. A cela il faut ajouter les aménagements urbains et l’appropriation de domaine à dimension faramineuse (2504 Ha) par un seul individu, fils du village, à travers des procédures moins légales.

Pour le député, cette réalité à laquelle sont confrontées les populations plongeant Béoumi dans les problèmes liés au développement et à la croissance économique, en plus de son aspect communautaire. « Nous Nous avons des problèmes », confie-t-il.

C’est pourquoi, il a tenu à saluer cette initiative de cette Ong engagée dans la recherche de solutions durables à un sujet qui, abordé avec passion, peut avoir des conséquences inimaginables.  

 A en croire, Jean-Claude Kouassi, président de la mutuelle des 42 villages déguerpis, la démographie galopante et les exigences vitales a trahi les aménagements et les compromis des années 70.  Ainsi, avec la rareté et la fixation des terres par les cultures pérennes, le problème foncier, qui d’ailleurs est un problème national, est plus qu’accentué dans les villages déguerpis, comme en témoigne la recrudescence des litiges. Seulement en 2020, 8 conflîts enregistrés dans les villages limitrophes. C’est pourquoi, « au nom des mutuelles des 42 villages placées sous l’autorité de nos chefs, nous voulons saluer ce projet grandeur nature qui crée un cadre de concertation sur le problème que rencontre ces villages et qui certainement va permettre d’offrir des terres fertiles et disponibles, qui pourront permettre à nos communautés de faire l’agriculture, source principale de l’économie de Béoumi », a-t-il soutenu.

 Eugène YAO 

Content created and supplied by: eugeneyao (via Opera News )

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