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Hommage : mon dernier entretien avec le ministre Kabran Appiah

Dans ses bureaux sis à Cocody Deux Plateaux, boulevard Latrille, non loin du carrefour Duncan, Kabran Appiah me reçoit mercredi 21 avril 2021 pour un entretien exclusif. L’ex-ministre des transports, sous Laurent Gbagbo, devenu président du parti, La Ligue des Mouvements pour le Progrès (LMP), est un homme très occupé. Après des réceptions, je suis autorisé à le rejoindre dans son bureau.

Cigare en main, chemise et pantalon bretelle, Kabran Appiah se prête à l’exercice. Il se prononce sur les propos du chef de l’Etat Alassane Ouattara relatifs au retour de son prédécesseur Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé en Côte d’Ivoire.

« Nous sommes quelques-uns à scruter de très près ce que dit M. Ouattara. Ce n’est pas par esprit de défiance que je le dis mais on ne peut pas faire confiance à Ouattara à priori. Je n’ai qu’une confiance modérée en ses propos pour les avoir trahis lui-même plusieurs fois. Pour le reste, regardons bien. M. Ouattara ne fait pas un cadeau. Il ne fait que donner suite à une décision internationale qui s’impose à la Côte d’Ivoire sur le plan juridique. Je crois que M. Ouattara est au bout d’un cycle. Celui où il fallait à tout prix empêcher l’opposition d’exister. », réplique-t-il tout en appelant le chef de l’Etat, Alassane Ouattara, à accepter le retour de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé si tant est qu’il est aussi populaire.

Pour notre interviewé, les condamnations contre l’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo et son ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé, sont ‘‘ridicules et anachroniques’’ par rapport à l’état actuel du débat en Côte d’Ivoire.

Réagissant sur l’opacité qui entourait la mort du Président tchadien Idriss Deby et la mise en place d’un Conseil militaire de transition, Kabran Appiah, y voyait un schéma de coup d’Etat et une leçon pour les dictateurs africains.

« Les seules choses sûres dans cette affaire, c’est la bizarrerie des concordances. Deby est mort au front d’accord. Mais la Constitution tchadienne ouvre la vacance. Pourquoi Deby est mort et on met en place un scénario de coup d’Etat ? On dit que le président de l’Assemblée nationale a renoncé mais enfin, en pareil cas, il y a des solutions alternatives. En lieu et place de cela, on assiste à la mise en place d’un coup d’Etat. Comment éviter qu’on dise qu’il s’agit d’un montage ? Les morts au front comme les rébellions sont devenues des nouveaux systèmes de régulation pour se débarrasser des dictateurs encombrants. C’est l’Afrique qui est défigurée chaque jour. De toute évidence, Idriss Deby avait cessé de plaire. Il y a eu sans doute une revendication de trop. Quand on est dans son statut de supplétif des puissances, il faut savoir ne pas faire la revendication de trop. C’est la leçon que tous les autres dictateurs doivent retenir. », a-t-il fait savoir.

Par-dessus cet entretien, nos échanges ont été très enrichissants et grande fut ma joie de m’abreuver à la source du savoir de cet universitaire de renom et enseignant émérite en droit des affaires. Professeur de Droit, ex-membre du parti ivoirien des travailleurs de Francis Wodié (PIT), Kabran Appiah est un érudit, une tête pensante, une grosse perte pour la Côte d’Ivoire.

Cyrille NAHIN

Content created and supplied by: Cyrille_NAHIN (via Opera News )

Alassane Ouattara Kabran Appiah Laurent Gbagbo

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