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Condamnation de Soro, retour et divorce de Gbagbo, cacao, école : regard croisé de Maître Ben Méïté

Condamnation de Guillaume Soro, ancien Président de l’Assemblée nationale et ses proches par la Justice ivoirienne, divorce et retour de Gbagbo Laurent, le cacao et l’école ivoirienne, sont les sujets chauds de la semaine auxquels Maître Abdoulaye Ben Méïté, avocat et député s’est exprimé dernièrement, avec franchise, dans l’émission ‘’Regards croisés sur l’actualité’’ d’Ousmane Kanté sur la Radio de la Paix. Dans le studio de l’ex-radio des Nations Unies en Côte d’Ivoire, Maître Méïté a débattu avec son collègue Maître Pierre Dago, Professeur de Droit et de Sciences politiques à l’Université FHB d’Abidjan Cocody et écrivain. Prompt et alerte avec un brin de sagesse et de douceur dans la voix, Abdoulaye Ben Méïté, le perspicace avocat a démontré qu'il avait plusieurs cordes à son arc.

Maître Abdoulaye Ben Méïté, avocat et député de Kani

Au sujet de la condamnation de Guillaume Soro et de ses proches, le député de Kani se dit satisfait. Il argumente en évoquant l’élément qui fonde la culpabilité des accusés. «Je constate que des faits ont été portés à la connaissance du tribunal criminel. Les faits ont été discutés avec les éléments de pièces et le juge a rendu une décision de condamnation à l’égard des accusés. Mais, il faut aller au-delà des peines. Il faut s’interroger sur les faits», souligne-t-il d’entrée avec la voix posée, calme et rassurante. «Je constate et c’est dommage que certains de nos concitoyens ne s’offusquent pas des faits qui ont été portés. Il s’agit de faits graves d’atteinte à la sureté de l’état. C’est la seule infraction qui est prévue par la constitution. Comment peut-on applaudir des personnes qui sont accusées de faits aussi graves ?», demande cet observateur averti de la scène politique ivoirienne. L’homme de Droit estime qu’il est temps d’aller vers la culture et le comportement du citoyen nouveau, de l’Ivoirien nouveau. «Je dis toujours que les petits esprits discutent des personnes. Les esprits moyens discutent des événements. Les grands esprits discutent des idées. Je voudrais qu’on discute des idées qui fondent la quiétude de nos concitoyens, la paix en Côte d’Ivoire et l’abandon des velléités de prise de pouvoir politique par les armes. C’est de ça qu’il s’agit», tranche-t-il.

Pour Maître Abdoulaye Ben Méïté, concernant la condamnation de Soro et ses proches, "il faut s’interroger sur les faits"

Sur la dissolution de Générations et Peuples Solidaires (GPS), le mouvement de Guillaume Soro, Maître Méïté propose de dépassionner le débat et ne pas voir la politique partout. «Il ne faut pas tout passer à perte et profit. Posons les vrais problèmes : est-ce parce que c’est Guillaume Soro que le procès est politique ? Ou alors quand c’est Laurent Gbagbo, le procès est politique ? Et le jeune homme qui doit passer devant le tribunal pour avoir soutiré un portefeuille à Adjamé ?», s’interroge-t-il encore. Il invite par ailleurs ses concitoyens à se départir de ce complexe. Dans son explication, le procès est politique parce qu’il s’agit du procès d’un homme politique. On en déduit que le caractère politique du procès se dégage par rapport à la qualité des personnes qui comparaissent devant le tribunal criminel d’Abidjan. «Est-ce que quand un homme politique soutire un portefeuille à Adjamé, il doit échapper à la rigueur de la loi parce que c’est un homme politique ? Les professionnels du Droit que nous sommes devront expliquer la réalité des choses à nos concitoyens. Il y a M. Guillaume Soro qui est un cadre politique, un homme politique. Qui a ses partisans politiques. On ne l’a jamais empêché d’exercer ses activités politiques en Côte d’Ivoire, jusqu'à un passé récent. On lui reproche des faits qui sont prévus par les textes comme infraction. Parce qu’il est trop facile chaque fois quand un homme politique comparait devant les juridictions, son seul moyen de défense, c’est de clamer à tout vent que c’est par rapport à ses activités politiques qu’il comparait. Ce n’est pas la première fois. Est-ce que la justice doit rentrer dans ce cadre complexe ? Je dis non !», insiste-t-il. Maître Abdoulaye Ben Méïté note que la Justice est une institution qu’il regrette que les hommes politiques fragilisent. «Quand il s’agit d’eux, ils crient aux loupx. Quand il s’agit des autres, c’est le Droit qui est dit», martèle-t-il. Avant de donner une réponse définitive mais interrogative : «pour des faits aussi avérés, faut-il considérer plutôt la question de la fracture sociale au détriment de la loi ?»

Concernant le divorce du couple Gbagbo, il est resté réservé. «culturellement, j’ai du mal à mettre mon nez dans une affaire de mariage de mes parents. Je ne peux pas commenter une question matrimoniale. Qui concerne des personnes plus âgées que mon père. Il y a de la décence à avoir», dit-il. Il constate toutefois qu’un divorce, c’est un malheur, c’est un échec et prie pour que tout se passe bien pour ce couple. Il est aussi chagriné que tout le monde ne voit que le côté politique de cette séparation. Personne ne se soucie des enfants de ce couple. «S’agissant des deux personnalités politiques, naturellement, le divorce ne peut pas ne pas avoir des conséquences politiques. Je suis persuadé que M. et Mme Gbagbo peuvent jouer un rôle dans la réconciliation des filles et fils de la Côte d’Ivoire. Mais s’ils ne sont pas en paix eux-mêmes, on risque de perdre quelque chose. Ils vont trouver les moyens pour s’entendre», soutient le député de Kani.

Le divorce du couple Gbagbo est un sujet sur lequel Maître Ben Méïté s'est prononcé au cours de cette émission

Le retour de l’ancien Président ivoirien sur sa terre natale après 9 ans d’absence, était au menu de l’émission de la Radio de La paix. «Je n’ai encore rien vu. Quand je pense qu’au niveau de son cadre familial, il y a une déchirure et qu’au niveau de son cadre politique, il y a aussi une déchirure. Avant de rencontrer le Président de la République, il serait bien pour moi qu’il rencontre Pascal Affi N'Guessan qui est le président du FPI. Avant d’aller réconcilier le village, il faut d’abord finir avec sa propre famille», propose-t-il. Pour lui, une rencontre entre Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo est possible. Il invite cependant l’ancien Président à faire le premier pas. «Il s’agit pour Laurent Gbagbo de témoigner sa reconnaissance pour le Président de la République. Il lui appartient de faire la démarche fraternelle. C’est son ainé et nous sommes en Afrique. Deuxièmement, c’est le Président de la République, le Chef de l’Etat. Troisièmement, il a protégé son intégrité physique et il appartient à M. Laurent Gbagbo de faire preuve d’humilité et d’aller vers le Président de la République, ne serait-ce que lui faire les civilités», indique-t-il.

Maître Abdoulaye Ben Méïté n’est pas seulement quelqu’un qui ne s’intéresse qu’aux questions politiques. La vie et le confort de ses concitoyens l’intéressent au plus haut niveau. Sur l’Initiative cacao Côte d’Ivoire Ghana (ICCIG) dont les deux pays sont signataires, l’homme de Droit estime que c’est une bonne réflexion sur la question du cacao. «Cette matière première est otage de la guerre des intérêts, la guerre des multinationales qui sont soutenues par leurs Etats. Le Ghana a une tradition anglaise et la Côte d’Ivoire a une tradition française. Là-bas, c’est beaucoup plus flexible. Le fait que les deux se mettent ensemble nous donnera l’occasion de pouvoir effectivement dire non quand il le faut car on n’est plus seuls. La mutualisation des moyens, des forces, des intelligences peuvent permettre à industrialiser le domaine du cacao et même du café. Il faut donner les moyens aux producteurs de mécaniser l’agriculture », dit-il.

Pour terminer son émission, Ousmane Kanté a permis à ses invités de donner leur regard sur l’école ivoirienne après les résultats du CEPE. «L’année dernière, l’évaluation s’est faite sur la base des moyennes obtenues dans les classes à cause du contexte sanitaire. Cette année, les élèves ont composé directement. Je me réjouis cependant des réformes entreprises par la nouvelle ministre de l’Education nationale car nous devrons laisser une école qui garantit la compétence, peu importe le taux d’admission», a conclu, Maître Abdoulaye Ben Méïté.

JM TONGA

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