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Mali : « La France paie le prix … » Selon Antoine Glaser

L’expert Antoine Glaser nous dévoile son point, de vu face à la situation actuelle au Mali lors d’un interview fournie par la chaîne internationale France 24 .

La France a accru la pression sur la junte militaire malienne depuis que le groupe régional ouest-africain de la CEDEAO a imposé des sanctions sévères au pays ce week-end. Alors que la junte malienne appelle à manifester vendredi contre les sanctions et les pressions internationales, notamment de Paris, le décor est planté pour une montée des tensions entre les deux pays.



FRANCE 24 en a discuté avec Antoine Glaser , expert , grand spécialiste français de l'Afrique. Le sentiment anti-français est monté au Mali au cours des derniers mois, et il a atteint un sommet cette semaine après que le principal bloc régional ouest-africain a annoncé des sanctions sévères contre le pays le 9 janvier. La junte militaire malienne a exhorté les gens à descendre dans la rue vendredi pour "soutenir la patrie" contre les sanctions ouest-africaines et la pression internationale - principalement de la part de l'ancienne puissance coloniale du pays, la France. Les sanctions de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) répondaient au calendrier électoral retardé de la junte, et elles ont été immédiatement soutenues par la France. Les restrictions, qui comprennent des embargos commerciaux et des fermetures de frontières, ont vu Air France suspendre ses vols vers le Mali cette semaine.

La France a depuis pressé l'UE de se conformer aux sanctions de la CEDEAO et jeudi, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a appelé la junte militaire malienne à fixer un "calendrier électoral acceptable".

Rappelons-le La disgrâce diplomatique du Mali a été déclenchée par le coup d'État du 25 mai 2021 - le deuxième en autant d'années - qui a vu le chef de la junte, le colonel Assimi Goïta, tenter de renforcer le contrôle militaire malgré les appels internationaux à un retour à un régime civil. Les relations entre le Mali et la France se sont effondrées depuis le coup d'État, le président français Emmanuel Macron ayant annulé un voyage en décembre dans ce pays d'Afrique de l'Ouest. Alors que la raison française officielle de l'annulation par Macron était la pandémie de Covid-19, elle faisait suite à une guerre des mots entre Paris et Bamako au sujet de la décision du Mali d'inviter des mercenaires du groupe russe Wagner dans des missions antiterroristes après un retrait des troupes françaises.

Près d'une décennie après l'intervention militaire de la France au Mali pour endiguer une poussée djihadiste au Sahel, la situation sécuritaire au Mali s'est détériorée. Le jeu du blâme entre Paris et Bamako n'a pas fait grand-chose pour apaiser la vague de sentiments anti-français qui balaie la nation ouest-africaine. Les sites de médias sociaux ont explosé avec des allégations de Françafrique, faisant référence aux liens historiques opaques entre la France et ses anciennes colonies africaines.

La chaîne internationale FRANCE 24 a évoqué l'impact et les implications de ce dernier chapitre des relations franco-maliennes avec Antoine Glaser, grand spécialiste français de l'Afrique et auteur de plusieurs livres, dont son dernier, "Le Piège africain de Macron", œuvre dans laquelle il est co-auteur avec Pascal Airault.

FRANCE 24 : Pourquoi les réseaux sociaux ouest-africains ont-ils explosé de messages anti-français ? Le ressentiment anti-français monte-t-il au Mali ?

Antoine Glaser : En Afrique, la France existe comme une sorte d'anachronisme historique. Alors que le continent se mondialise, la présence militaire française donne l'impression à une grande partie de la population que Paris veut encore tirer les ficelles à l'ancienne Françafrique. Et cela est de moins en moins accepté par la jeunesse malienne, et plus généralement par toute la jeunesse africaine. C'est pourquoi Macron a organisé le sommet Nouvelle Afrique-France à Montpellier qui s’est tenu en octobre 2021. En n'invitant que des membres de la société civile et en excluant les chefs d'État, il espérait désamorcer ce mécontentement citoyen en bouleversant l'image de la Françafrique. Évidemment, dans le cadre des sanctions de la CEDEAO, il ne faut pas négliger la manipulation de ce sentiment anti-français par les autorités de Bamako, qui exacerbent le nationalisme et font de la France le coupable idéal. Sans parler de la manipulation de la Russie, qui veut imposer sa marque sur le continent africain

France 24 : Les relations entre la France et le Mali sont déjà tendues depuis plusieurs mois. Quelle est la stratégie de Macron avec Bamako ?

Antoine Glaser : Selon moi, au Mali, la France paie le prix de sa propre ambiguïté. La position officielle du ministère français des Affaires étrangères est qu'il ne veut plus être en première ligne des affaires intérieures africaines et que sa seule mission est la lutte contre le djihadisme. La rencontre avortée entre Emmanuel Macron et Assimi Goïta en décembre illustre cette stratégie. Le leader français a refusé de venir seul et a demandé à être accompagné de ses homologues africains partis lesquels nous avons le Tchadien Mahamat Deby et le président ghanéen Nana Akufo-Addo. Il voulait montrer qu'il n'était pas en première ligne et se protéger derrière la CEDEAO. C'est l'une des principales raisons pour lesquelles la réunion a été annulée. Pourtant, lorsqu'il s'agit du Mali, du fait de son influence diplomatique, la France est toujours à la pointe de toutes les discussions. La raison est simple : sa puissance militaire et sa présence en Afrique fondent son autorité sur la scène internationale. Sans l'Afrique, la France est considérablement affaiblie. Elle est ainsi prise au piège de cet équilibrisme entre intérêts africains et intérêts internationaux.

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