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Conflit éleveurs-agriculteurs/ 20000 FCFA pour un champ d'igname

Le sempiternel conflit éleveurs-agriculteurs est en train de gagner le département de Béoumi, notamment, les environs de la sous préfecture de Bodokro située à une quarantaine de kilomètres au nord de Bouaké. Si on y déplorait jadis quelques bisbilles isolées entre des bouviers juste imprudents et des cultivateurs malchanceux, il prend de plus en plus une proportion importante à mesure que le nombre d'éleveurs augmente, dans la zone. Et la gestion de ces conflits est de plus en plus difficile pour les autorités sécuritaires et administratives. Et ce, au regard de l'importance de ces deux activités pour les populations de la zone. Le dernier en date n'a d'ailleurs pas encore trouvé d'issue. En effet, au début du mois d'août, Brou Kouassi, la soixantaine largement entamée a vu son champ d'igname dévastée par les boeufs, dans le village d'alekro, à quelques kilomètres de Bodokro. il tente désespérément d'obtenir un dédommagement raisonnable pour le préjudice subi. "La dernière fois que je suis allé à la gendarmerie, il m'a été proposé la somme de 20000 FCFA de la part des peulh, propriétaires des boeufs qui ont détruit mon champ d'ignames. J'ai refusé cette foutaise. Je ne sais plus ce que je vais faire pour obtenir réparation. Pourtant l'année dernière, pour avoir abattu un boeuf que j'ai surpris en train de détruire mon champ d'igname, j'ai été arrêté et sommé de payer 600000 FCFA aux peulh pour recouvrer la liberté." Révèle-t-il entre deux soupirs de dépit. L'affaire est toujours pendante. Et les interlocuteurs se montrent de moins en moins disponibles, certainement par agacement. C'est malheureusement la triste réalité des rapports entre éleveurs et agriculteurs dans la sous-préfecture de Bodokro. Et les agriculteurs se disent plutôt lésés. " C'est ainsi, dans cette zone. Les éleveurs ont toujours raison. Quelle que soit l'attitude que tu vas avoir. Même si les boeufs détruisent toute ta plantation, rien ne leur arrive. Et on se demande pourquoi les autorités sécuritaires et administratives se montrent si complaisantes avec eux. Les pauvres paysans n'ont donc pas d'interlocuteur. Même quand les paysans font l'effort de capturer les bêtes qui s'aventurent dans leurs plantations et interpellent les propriétaires , ces derniers ne se présentent pas. Et si d'aventure une bête trouve la mort en captivité chez le paysan, ce dernier est mis aux arrêts. Ils sont riches et tout puissants." S'indigne un cadre de Bodokro. Une situation que semble regretter F. Boubèye, jeune pasteur d'à peine 25 ans qui impute la responsabilité à ses employeurs. "Avant on n'avait pas trop de problèmes avec nos frères. Quand ces situations arrivent on s'arrange avec eux pour que chacun fasse son travail en paix. Mais aujourd'hui, nos patrons sont à Bouaké et quand il y a problème qu'on les appelle,il ne viennent pas. Après on nous dit que les gendarmes sont venus attraper des gens dans le village. Ça nous gêne mais on ne sait pas comment faire." Confesse-t-il.

Ce ne sont pas les actions de sensibilisation qui manquent pour juguler ce phénomène déjà connu un peu plus au nord de la Côte d'Ivoire. Mais elles restent dérisoires devant la démultiplication des conflits.

La conséquence de cette situation, c'est l'exode de jeunes agriculteurs. " La plupart des jeunes sont allés dans zone de Bouaké pour produire du charbon. Étant entendu qu'il n'y a plus d'espaces cultivables à l'abri des boeufs. Les forêts galeries ayant sévèrement reculées." Indique le notable. La situation est donc alarmante. Et c'est presque tous les jours que la chefferie traditionnelle des localités de Bodokro font mains et pieds pour éviter les conflits meurtriers entre jeunes agriculteurs et éleveurs. N'est il pas temps d'anticiper avant que le pire n'arrive ? Il faut éviter que la digue de la frustration ne rompe.

Emmanuel Fofana

Content created and supplied by: Emmanuelfofana (via Opera News )

brou kouassi

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