Sign in
Download Opera News App

 

 

Etats Généraux de l'éducation : Pourquoi la volonté de Mariatou Koné et l'enthousiasme des Ivoiriens ne suffiront pas

C’est le professeur Samba Diakité qui adresse les problèmes de la formation en Afrique en plaignant des « larmes de l'éducation ». Le décor peu reluisant de l'école ivoirienne depuis des décennies maintenant confirme cette souffrance de notre système éducatif.

Arrivée il y a trois (03) mois maintenant à la tête du Ministère de l'Éducation Nationale et de l'Alphabétisation (MENA), Mariatou Koné est déterminée à corriger le tableau sombre de l'école ivoirienne. Pour mieux cerner le problème, elle a opté pour les États Généraux de l’Éducation Nationale et de Alphabétisation (EGEA). Cette universitaire de renom veut contribuer au repositionnement de l'école ivoirienne aussi bien au plan local qu'au niveau international par la construction d’un pacte social durable.

Au vu des objectifs ambitieux attendus, les EGEA poseront sûrement le diagnostic de l’école en Côte d’Ivoire. Et c’est fort à parier que ces concertations nationales pointeront du doigt les défaillances du système d'Approche par les Compétences (APC) adopté par notre pays depuis des années maintenant. Mais, quand cela sera dit hautement, un autre problème demeurera. Il s'agit bien-sûr de celui du financement d'un système éducatif plus souverain dans notre pays. Les gouvernants sont convaincus que les implications financières considérables qu'impose le secteur de l'éducation font du financement privé de l'éducation un levier « incontournable ».

La réalité est que depuis la crise économique des années 1980, l’État en Côte d’Ivoire ne gère plus de façon tout à fait souveraine la politique de l’éducation. D'où l'omniprésence des partenaires techniques et financiers. Ils sont dans le financement et tout naturellement dans la conception de notre approche éducative.

Ce lundi, Mariatou Koné à d’ailleurs souligné devant la représentante de l’UNESCO Mme Stefania Giannini les attentes qui étaient siennes quant au l'amortissement de certains volets des EGEA. « Mme la Directrice Adjointe (…), je voudrais émettre le souhait de compter sur vous pour mobiliser les membres de cette coalition mondiale pour soutenir la mise en œuvre des recommandations des présentes assises », souhaitait la MENA.

En effet, depuis les années 1981-82, l’État en faisant appel aux Institutions de Breton Woods a engagé des programmes d’ajustement structurel. Ce recours au secours extérieur s'est aussi accompagné d'une feuille de route, notamment à travers l’importation de programmes extérieurs. Depuis lors, notre pays a expérimenté, au niveau éducatif, la Pédagogie par Objectif (PPO), la Formation par Compétence (FPC) et aujourd'hui l'Approche par Compétence (APC).

L'Approche par Compétence (APC) est un système qui a été expérimenté au Canada et en Belgique. Il y aurait fait ses preuves. Imposé à notre pays, ce système s’accommode difficilement aux réalités ivoiriennes. Mais l'enjeu est au niveau de la capacité de notre pays à reprendre en main le financement de l’école. Pour l’année 2021 par exemple, c'est un budget de 1 011,9 milliards FCFA qui a été défendu par l'ancienne Ministre Kandia Camara. Alors que le budget du pays s’élèverait à 8 621,1 milliards de francs CFA, les 1 000 milliards de l’éducation Nationale étaient essentiellement destinés à la masse salariale (77,47 %), au fonctionnement et une bonne partie pour l’investissement (3 %) et d’autres charges.

C’est dire que des propositions ambitieuses sortiront de ces EGEA, mais tant que notre pays ne gérera pas de façon souveraine le financement de l'éducation, l'avènement d'une école tenant entièrement compte des réalités sociologiques des Ivoiriens pourrait tarder à venir.


Dégnimani Yéo

Content created and supplied by: Dégnimani_Yéo (via Opera News )

mariatou koné samba diakité

COMMENTAIRES

Chargez pour lire plus de commentaires