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Acquittement de Gbagbo et de Blé Goudé / Joël N'Guessan sur France 24 : "qu'ils se repente"

La Cour Pénale Internationale, CPI a confirmé appel, le mercredi 31 Mars 2021, l'acquittement de Laurent Gbagbo, ex-Chef d'État Ivoirien et de son bras droit, l'ancien ministre de la jeunesse, Charles Blé Goudé. Intervenant lors d'un débat organisé le même jour sur les antennes de la chaîne d'informations générales Française France 24, Joël N'Guessan, a invité les anciens pensionnaires de la prison de Scheveningen (Pays-Bas), dès leur retour en Côte d'Ivoire, au repentire. Pour l'ancien ministre des droits de l'homme du Président Alassane Ouattara et membre du Conseil politique du RHDP, l'acquittement définitif de ces deux personnalités ne devrait pas occulter les 3.000 morts enregistrés au cours de la crise post électorale.

France 24: Laurent Gbagbo s'est violemment opposé à Alassane Ouattara lors de sa première élection en 2010. De l'eau a coulé sous le pont depuis. Alassane Ouattara a entamé un 3è mandat. Souhaitez-vous, jugez-vous utile ou au contraire vous opposeriez-vous au retour de Laurent Gbagbo dans son pays s'il souhaiterait rentrer ?

Joël N'Guessan : Il y a une chose qui est sûre. C'est qu'aucun Ivoirien ne souhaite qu'un autre soit à l'extérieur. C'est notre Constitution qui le dit. Je peux vous le dire franchement, que l'on soit du pouvoir ou de l'opposition, on ne peut que se réjouir de cette décision qui a été prise par la Cour Pénale Internationale. Donc il n'y a ni vainqueur ni vaincu. Par contre, ce qu'il ne faut pas oublier c'est qu'il y a quelque part des victimes dont il faudra tenir compte. C'est pourquoi nous, au niveau du RHDP, nous estimons que cet acquittement définitif va ouvrir la voie à ce qu'on appelle la repentance. Parce que s'il n'y a pas de repentance pour ce qui s'est passé en 2010-2011, il est à craindre plus tard, par rapport à d'autres types d'évènements, que cela se fasse. Et mon souhait c'est que Mr Gbagbo et Mr Blé Goudé qui ont été acquittés, évidemment, on s'en réjouit pour la Côte d'Ivoire que cela se soit passé, qu'une fois qu'ils vont rentrer au pays, qu'ils se mettent dans la posture de repentance. C'est le plus important! Il n'y a pas de réconciliation, il n'y a pas de pardon s'il n'y a pas de repentance parce que vous vous doutez bien les 3.000 morts ne sont morts comme ça par hasard.

France 24 : Joël N'Guessan, vous appelez à la repentance de Charles Blé Goudé et de Laurent Gbagbo. D'autres ont critiqué, ces dix dernières années durant, une justice des vainqueurs qui faisait fi de certains faits, notamment le massacre de Duékoué. Ne doit-il pas y avoir à ce niveau là aussi repentance ?

Joël N'Guessan : Justement, actuellement il y a un procès qui a commencé par rapport au massacre de Duékoué. Je vais vous le dire! Cette expression prononcée par les journalistes :"justice des vainqueurs". Souvenez-vous ! Au procès de Nuremberg, ceux qui ont jeté la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki n'ont jamais été sur le banc des accusés. Donc je ne voudrais plus entendre cela. Mais je vous dis qu'entre Ivoiriens, nous devons tous apprendre à nous repentire de ce qui s'est passé et reconnaître chacun de nous ce que chacun a eu à faire. C'est cela qui va être la base véritable de notre réconciliation. Parce que si nous n'admettons pas de ce que nous devons nous repentire , de ce que nous avons posé comme acte, que cela soit à droite comme à gauche, si nous n'avons pas cela dans nos coeurs, cela ne sert à rien.

France 24 : Faut-il faciliter, au nom de cette réconciliation, le retour de l'ex Chef d'État Ivoirien, en faisant tomber les charges qui pèsent contre lui, notamment le casse de la BCEAO ?

Joël N'Guessan : Il faut qu'il rentre dans son pays et que la justice joue son rôle. Et que de la même manière la justice internationale a joué son rôle, la justice Ivoirienne va également jouer son rôle. Maintenant, si le Président Alassane Ouattara, jugeant de son droit et notre Parlement jugeant de son droit, décident qu'il faut une amnistie pour qu'on passe l'éponge et qu'on termine cette phase honteuse qu'on n'aurait jamais dû connaître dans notre pays, mais il n'y a pas de problème! Les Ivoiriens seront unanimes pour demander au Président Alassane Ouattara de prendre cette décision, soit de Grâce présidentielle ou bien de demander au Parlement Ivoirien de prendre une décision d'amnistie. Mais je le répète, tant qu'il n'y aura pas de repentance, tant qu'il y aura des individus qui diront qu'ils n'ont rien fait, ce sera des amnisties politiques qui seront prises et qui n'auront rien à avoir avec la réconciliation des Ivoiriens.

France 24 : Est ce que vous n'avez pas intérêt aujourd'hui à tendre la main à Laurent Gbagbo. On a d'ailleurs senti ces dernières semaines l'esquisse d'un probable rapprochement. Est ce que vous négociez en coulisses ?

Joël N'Guessan : Nous n'avons pas besoin de négocier. Laurent Gbagbo est un fils de la Côte d'Ivoire. Il est un responsable politique qui compte. Donc nous n'avons pas besoin de tendre la main ou bien de négocier. C'est à lui qui vient d'échapper à la justice internationale, à son retour, de retenir que ce qui s'est passé en 2010-2011, par son refus de reconnaître qu'Alassane Ouattara a gagné, a occasionné près de 3.000 morts. Mais ceci étant, moi je considère que nous devons passer à une autre étape. Nous devons passer à une autre phase. Nous ne devons plus vivre ce que nous avons connu au cours de cette période. C'est pour cela que tout à l'heure je vous ai parlé de repentance. Le FPI dont il ( Laurent Gbagbo :Ndlr) a été l'un des principaux co-fondateurs est divisé. Il y a un clan d'un côté. Et il y a un autre clan de l'autre côté. Mais ce que nous leur demandons c'est de s'entendre. Nous sommes entre nous Ivoiriens. FPI de gauche, FPI de droite ou FPI de centre, c'est à eux de s'entendre. Ce qui nous intéresse nous, c'est que nous ne voulons plus revivre ça. Nous voulons avoir en Côte d'Ivoire une opposition qui est responsable. Parce que tenez vous bien ! Voici une opposition qui se lève un matin, qui demande un boycott actif, qui demande une désobéissance civile qui aboutit à 86 morts. Une opposition qui dit que tant que la Commission Électorale Indépendante (CEI) n'est pas reprise, qui dit que tant que le découpage électoral n'est pas refait, elle ne va pas à l'élection présidentielle, 86 morts après, elle dit d'aller aux élections législatives avec la même CEI. Non! Qu'ils soient responsables un peu! Nous leur demandons d'être responsables vis à vis de nos Institutions et qu'ils se rendent compte qu'avec le Président Alassane Ouattara, l'impunité ne va pas passer.


Entretien retranscrit par Yeck

Content created and supplied by: LeRafiki (via Opera News )

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