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Jacqueville/''Adoukro ville nouvelle'': Après le promoteur Oda, le maire Beugré fait des révélations

"Je ne suis pas opposé au développement mais à la spoliation des terres"


Joachim Beugré lors de sa conférence de presse à Sassako, son village

Le vendredi 3 septembre 2021, la tension était vive à Adoukro dans la sous-préfecture de Jacqueville où un affrontement a été évité de justesse. Un conflit foncier y oppose depuis 2007 le village Sassako à un promoteur Edouard Oda Dg de la Sgir, la société qui veut y bâtir une cité moderne. Le 6 septembre, dans sa conférence de presse, suite aux remous, M. Oda avait vertement tancé le maire de Jacqueville, Beugré Joachim. Il l'avait accusé d'être contre le développement du département de Jacqueville pour s'être opposé à son projet immobilier. En réplique à la conférence de M. Oda, le maire de Jacqueville a organisé lui aussi une rencontre avec la presse dans le village de Sassako en compagnie des chefs de terre pour dire sa part de vérité. A son tour, Beugré Joachim a lui aussi accusé d'être un faussaire pour avoir illégalement voulu annexé environ 2400 ha de terres situées sur le littoral en bordure de la lagune Ebrié où il veut ériger une ville moderne. Retour sur un conflit qui mérite l'attention des autorités ivoiriennes pour ce que représente Jacqueville du point de vue géostratégique.

Ce 10 septembre en conférence de presse, en compagnie de ses parents du village et des chefs de terre du pays Alladian, Beugré et les siens ont démonté toutes les thèses et idées reçues jusque-là véhiculées par M. Oda. Cartes et documents administratifs à l'appui, le maire s'est voulu offensif, se faisant aider dans sa tâche par le nouveau député de la circonscription, Lobo Léon. Il a d'abord fait la genèse du conflit qui tient sa source dans l'histoire et le vécu quotidien de ce peuple côtier. Adoukro, l'espace querellé, explique-t-il, fut jusqu'à une époque récente, le débarcadère du village de Sassako qui est adossé à la mer et qui a ses terres à Adoukro au bord de la lagune. Ce débarcadère servait de point de ralliement au chef-lieu de sous-préfecture Dabou. C'est aussi en cet endroit que les villageois de Sassako cultivaient la noix de coco, principale culture de rente. Plus tard, au fil des activités agricoles et de la pêche, les propriétaires des terres y ont installé des pêcheurs béninois et d'autres villageois s'y sont installés. Une famille de Jacqueville, actuel chef-lieu, s'y installe également avec la bénédiction du chef de terre de Sassako. Elle y fonde une plantation. Et c'est dans cette famille que M. Oda non originaire de la région prend une épouse, laquelle hérite plus tard des terres et plantations de son défunt père.

Selon le maire, les choses commencent à se gâter à partir de 2005 quand M. Oda voyant cette immense richesse rentre en action pour s'approprier cette étendue de terre alors que sa belle famille n'avait que 25 ha en tout. Dans sa convoitise, explique le conférencier, M. Oda se fait recevoir par le ministre Bamba Cheick Daniel alors ministre de l'administration du territoire à qui il demande d'ériger Adoukro en village. Le ministre est convaincu et le 9 mars 2007, le campement reçoit son arrêté qui fait de lui un village alors qu'il ne dispose d'aucune infrastructure de base. Poursuivant sa manœuvre, Edouard Oda cherche dans la communauté Alladian et fait de Yessoh Emien Norbert le chef du nouveau village quand il s'attribue lui-même le titre de chef de terre. Il n'en fallait pas plus pour susciter l'ire des villageois de Sassako qui organisent une expédition punitive. Cette expédition aura pour conséquence immédiate l'arrestation de plusieurs originaires de Sassako dont le chef de village qui meurt des suites de son emprisonnement.

Là où Edouard Oda fait valoir que son projet de ville nouvelle occupe plus de 2300 ha, le maire Beugré affirme qu'Adoukro, c'est en tout 709 ha dont 574 ha soit 81 % de la superficie sont propriété du village tuteur de Sassako. "Comment se fait-il que le lotissement couvre 2440 ha ?", interroge-t-il à l'issue de sa démonstration. "Je ne suis pas opposé au développement de ma commune mais je suis opposé à la spoliation des terres de mes populations", se défend-il. "Il faut que la vérité soit rétablie, il faut qu'on sache qui est propriétaire de quoi à Adoukro. Ce n'est pas un projet de l'état mais celui d'un individu. D'où vient-il qu'un individu sorti du néant parce qu'il a épousé une fille de Jacqueville se croit propriétaire terrien ? Ce dernier même a fait l'objet d'une condamnation du tribunal de Dabou en 2015 pour faux et usage de faux", réplique encore le conférencier document à l'appui. Entre autres documents, le résultat d'une enquête de commodo et incommodo conduite par l'ancien maire Avy Adroh avant 2013 et qui avait recueilli 75 oppositions au lotissement. En dépit des oppositions, le lotissement avait été conduit à son terme et c'est celui-ci qui est à la base des tensions actuelles.

Soutenu par les chefs de terre y compris le président du collectif des chefs de terre, le premier magistrat de la localité a lancé un appel à la justice afin qu'elle soit juste pour préserver la paix dans la région. Il s'est dit déterminé à s'opposer à cette spoliation derrière laquelle se trouveraient des mains obscures et surtout de gros bonnets à qui Edouard Oda auraient attribué à la pelle des hectares de terre.

Content created and supplied by: SylvainGuédéDebailly (via Opera News )

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