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Abidjan: Voici la complexité du procès Amade Ouérémi

Ouvert le 24 mars à Abidjan, le procès Amadé Remi ou Ouérémi, ex-chef de guerre supplétif de la rébellion des Forces Nouvelles puis des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (Frci), retient l'attention de l'opinion ivoirienne et des observateurs.

Après deux journées d'interrogatoire, les déclarations de celui qui est mis en cause dans l'extermination de 800 civils d'abord en mars 2011 puis 300 déplacés internes en juillet 2012 dans la même ville de Duekoué a l'ouest de la Côte d'Ivoire, ne sont pas certes du déjà entendu mais du déjà su.

Morceaux choisis de ses affirmations :

- "J'étais à Bagouo le 27 mars 2011. C'est le commandant Fofana Losseni dit Loss qui a donné l'ordre de chasser les miliciens de Duekoué. Moi, j'étais un rebelle aux ordres du chef de guerre Coulibaly. C'est lui qui m'a fourni les armes et treillis militaires";

-"Moi, j'étais malade et je ne faisais que mettre les munitions dans les chargeurs des armes dans le village de Blodi. C'est après la libération de Duekoué que je suis rentré dans la ville. Les vrais dozos étaient nombreux ce jour-là. Ce sont les dozos qui ont tué les gens. Ce n'est pas parce que tout est mélangé qu'ils vont mettre tout sur moi. Dieu même sait que je n'ai pas tué les gueré";

-"J'ai vu des corps des hommes. C'était beaucoup. Je n'ai jamais vu ça de ma vie. Il y avait des femmes et des vieillards parmi les corps. Des personnes ont été brûlées vives dans des maisons. On m'a utilisé comme un chiffon pour nettoyer leurs déchets ".

Voilà qui est simple à dire. Amadé dit:" je ne suis pas dedans, ce sont les autres". D'accord, mais un fait qui est important ici et qui va occuper le tribunal criminel d'Abidjan, c'est bien la preuve de l'appartenance des ses troupes aux Forces républicaines de Côte d'Ivoire (Frci) dont ses hommes et lui portaient l'uniforme comme on peut le voir dans les images. Aussi, faut-il que les juges parviennent à établir l'origine et la matérialité des ordres qu'il aurait reçus de massacrer des miliciens et autres populations à Duekoué.

Il faut garder à l'esprit la vingtaine de chefs d'accusation retenus contre le seigneur de guerre. un ressortissant burkinabé autrement appelé "le bandit de la forêt du mont Peko". Ce sont entre autres griefs, selon la Chambre d’instruction, crimes, génocide, assassinat, pillages, tuerie, coups et blessures volontaires, constitution en bande armée, tentative de viol, etc.

Il ne serait excessif de se répéter: La question lancinante, c'est comment prouver que Amadé Ouérémi et ses troupes appartenaient effectivement aux Forces républicaines de Côte d'Ivoire (Frci). L'on dirait qu'une fois le nom des troupes militaires changé de Forces armées de Côte d'Ivoire (Fanci) en Forces républicaines de Côte d'Ivoire, debut mars par décret, les supplétifs de la rébellion desForces nouvelles ont été versés dans les les Frci. C'est logique mais pas aussi facile à prouver. Or, c'est l'un des exercices auxquels la justice est confrontée. Certes Amadé et ses combattants qui auraient servi dans la guerre de la Sierra Leone puis au Libéria portaient le treillis ivoirien. Mais cet uniforme à lui seul suffit-il pour dire que comme leur chef était supplétif des Frci alors il a exécuté des ordres émanant d'un des chefs militaires? Cet aspect est fort délicat et ne peut être qu'habilement traité par les juges. Ceux-ci sont à la manoeuvre.

Le dossier en cours en ce moment en rappelle curieusement un autre. Il s'agit de celui qui été ouvert à La Haye voilà bientôt dix ans. L'ex-chef d'État Laurent Gbagbo attrait devant la Cour pénale internationale (CPI) est accusé d'avoir ordonné à une chaîne de commandement le déclenchement d'hostilités contre des populations pendant la crise postélectorale. La complexité de la tâche de la Cour à le prouver a été confortée par l'incapacité du procureur Fatou Bensouda à démontrer preuves à l'appui que le président de la République d'alors a bel et bien autorisé à ses troupes de descendre sur des populations. Combien d'occasions et de témoins la procureure n'a-t-elle pas eu en vue d'attester ses accusations? Elle aura tout fait mais elle aura buté sur l'inexistence de la preuve matérielle de l'ordre en question encore moins du plan de commandement allégués. Le reste on le sait : Mme Bensouda a échoué avec éclat ! Et comme s'y attendaient les partisans de MM. Gbagbo et Blé et les juristes avisés, l'ancien président et son ministre ont été acquittés mi-janvier 2019. Il est vrai qu' un appel sollicite la Cour dédiée à cette forme de relance du procès mais la difficulté demeure. Le 31 mars 2021, la chambre d'appel de la CPI décide de la suite...

A Abidjan, le même obstacle se profile. L'accusé affirme être rebelle mais n'avoir pas participé aux tueries. Il dit aussi qu'il répondait aux ordres d'une hiérarchie qu'il cite nommément. Mais comment établir l'existence de l'ordre qui a pu lui être transmis. Lui-même dira-t-qu'il detient un document l'ayant autorisé à faire quoi que ce soit? Cela relèverait du miracle. C'est là une porte de sortie par laquelle pourrait s'exfiltrer l'accusé. Enfin, le dernier mot reste aux juges.

"C'est ça le problème de la justice. Ce qu'il faudra établir, c'est peut-être ceci. Ses forces relevaient-elles des Frci. Dans ce cas, le point de lien avec la hiérarchie s'établit de fait...Le port du treillis ne suffisant pas, il va falloir donner la preuve qu'il émergeait dans les registres des Frci. Et qui détient ces registres ?", analyse un consultant. Pour lui, "il va être sacrifié. Et il l'a compris. C'est pourquoi il balance dans tous les sens". Selon lui, si Amadé Ouérémi devait être condamné, il pourrait au moins être soulagé de bénéficier de la parole donnée du Président Ouattara. "Je n'enverrai pas d'Ivoiriens à la Cour pénale internationale...". Sauf que Ouérémi n'est pas Ivoiriens, il risquait tout au moins d'être expatrié au Burkina Faso pour y être jugé.

Content created and supplied by: BIDEN (via Opera News )

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