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Tiken Jah souhaite que le Mali et le Burkina Faso forment un seul pays

«Imaginez le Mali et le Burkina Faso de Sankara, ensembles comme un seul pays, dans la lutte contre le terrorisme, ainsi que dans la résistance face à l'impérialisme. Ce pourrait être le début des États-Unis d'Afrique. Le rêve d'un rastaman !», écrit d'une traite le chanteur star de reggae Tiken Jah Fakoly, le 19 mai 2022. Une réflexion likée par des dizaines de milliers de followers.

Ce rêve, Moussa Doumbia... pardon, Tiken Jah Fakoly l'a souvent exprimé avec conviction, surtout au cours de ses interviews lorsque la question lui est posée. Il y croit fermement et le chante d'ailleurs dans sa chanson "Ça va faire mal". Le chanteur n'a peut-être pas tort de clamer haut et fort cette vision panafricaine, à travers une fédération des pays d'Afrique, à l'image des États-Unis d'Amérique, du Royaume-Uni ou encore de l'ex-Union soviétique (URSS)... L'union fait évidemment la force. 

Cependant, la création des États-Unis d'Afrique est-elle possible en l'état actuel ? Car, il y a un petit bémol... sinon un gros ! La propension à faire les coups d'État en Afrique, surtout au sud du Sahara, démontre quelque part que ce continent a encore à apprendre en terme de démocratie et de respect des institutions républicaines. Le Mali, le Burkina Faso et la Guinée comptent, à eux seuls, près d'une vingtaine de putsches, en l'espace de 60 ans. Ça fait réfléchir.

Déjà que, pris individuellement, chacun de nos États africains ont beaucoup de mal à se gérer démocratiquement, qu'en serait-il s'il fallait se "réunir" pour former un seul État, sous le prétexte que nous voulons notre "liberté" et dominer le monde ? Sommes-nous réellement prêts pour ce défi ?

Pour rappel, ceux qui prennent la tête des putsches et autres rébellions dans nos pays sont souvent des militaires, des défroqués ou autres organisations hétéroclites, composées parfois de civils, de militaires et quelquefois... de pasteurs. Chacun ayant sa propre conception de la gestion du pouvoir, qui n'est donc généralement basée sur aucune légalité. Sauf, peut-être parfois, sur le soutien du peuple. Dans tout cela, chacun rêve aussi de devenir un jour calife à la place du calife. Comment s'en sortir de cette spirale ? L'instabilité des régimes en Afrique est un sérieux handicap à ce projet. A cela s'ajoutent la corruption et le clientélisme qui ont gangrené certains de nos systèmes jusqu'à la moelle.

Le vœu d'une Afrique unie, souveraine serait une excellente chose. Pour cela, il faudrait qu'il y ait "des institutions fortes", dans chacun de nos États. Que la propension aux coups d'État comme unique voie de recours au changement de régime soit bannie, tout comme les conditions d'éligibilité aux postes électifs doivent être claires, transparentes et crédibles, sans exclusion.  

Enfin, sommes-nous obligés de calquer le modèle démocratique sur celui des Européens ou des Occidentaux ? Pour faire simple, voire très simple, le choix d'une gouvernance sous forme de monarchie (roi ou reine) peut être envisagée, afin d'éviter les éventiels conflits de succession. Un certain nombre de prérogatives pourraient évidemment être accordées aux dirigeants (gouverneurs) des différents États, eux-mêmes élus par le parlement, avec un taux de participation accordé aux chefs traditionnels (provinces, cantons, etc.) par exemple. Ce pourrait être long, fastidieux. Mais l'enjeu en vaut la chandelle, pour ne pas mettre la charrue avant les bœufs.

En somme, il faudrait repenser un système purement africain, qui reflète nos réalités sociologiques, un système en rapport avec nos coutumes et nos mœurs notamment au niveau des lois, dans un contexte où les mœurs ont tendance à être diluées dans l'océan des libertés de toute nature.

L'Afrique n'est pas obligée de "copier-coller" à tout va, ce qui vient de l'Occident. Des Républiques comme la Chine, le Japon, l'Inde ou les Émirats Arabes Unis sont parvenus à émerger, tout en conservant leur identité, leur culture, etc. Personne ne songerait à y préparer un coup d'État.

Nous, Africains, sommes clairement en déphasage avec les systèmes occidentaux à la sauce locale. C'est comme porter des vêtements qui ne sont pas taillés à notre mesure ou à notre ressemblance. La démocratie à marche forcée. Au risque de le répéter, les réalités occidentales ne sont pas forcément celles de l'Afrique et vice-versa. Tout comme celles de la Chine ne sont pas obligatoirement celles de l'Inde, par exemple. Nous pouvons très bien coopérer avec les autres en restant nous-mêmes, sans nous dénaturer. 

Enfin, plusieurs Africains, en particulier les jeunes, rêvent de plus en plus comme Tiken Jah Fakoly ou les militants panafricanistes. En marge des manifestations pacifiques en soutien aux militaires au pouvoir (en Guinée et au Mali), des jeunes ont entrepris d'effectuer une marche en faveur de la création d'un État Guinée-Mali. Cette marche symbolique, démarrée à Conakry le dimanche 16 mai, devrait les conduire jusqu'à Bamako, soit un trajet de plus de 1 000 km à pieds. On peut être d'accord ou pas avec une telle initiative, néanmoins ils auront eu le mérite d'avoir essayé, tout en ayant foi en l'avenir.

Content created and supplied by: Fatogoma (via Opera News )

Tiken Jah Fakoly

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