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Limitation d'âge: la Côte d’Ivoire vers une nouvelle crise préélectorale ?

Si pour l’heure, la question de la réintroduction de la limitation d’âge dans la Constitution, seulement cinq ans après son retrait, reste dans la spéculation, elle pourrait, dans sa phase active, précipiter la Côte d’Ivoire vers une crise préélectorale. Voici les raisons.

 La couleuvre du troisième mandat pas encore avalée

Si l’opposition ivoirienne n’a pas réussi à renvoyer l’ascenseur à Alassane Ouattara avec le recours au gouvernement parallèle lors de la présidentielle 2020, le contexte électoral s’est joué sur fond de violences et d’appels au boycott des urnes. L’acceptation du retour de Laurent Gbagbo et des exilés politiques par Alassane Ouattara ne fait tout de même pas oublier les centaines de morts consécutifs à l’interprétation de la Constitution à laquelle sa candidature pour un troisième mandat successif a fait suite.

Si Henri Konan Bédié dit ne pas se sentir concerné par cette future proposition de loi annoncée par le député maire Assalé Tiémoko, la sortie de Damana Pickass, proche de Laurent Gbagbo, du samedi 18 septembre dernier à Agboville, n’est pas loin d’une mise en garde. « Laissons comme cela, la Constitution qui est là. C’est bon pour nous tous. Il y a des questions qui ne relèvent pas du seul ressort d’un parti, fut-il, le parti au pouvoir. Que celui qui veut se présenter, se présente. Il y a des questions qui nécessitent une considération de tous les acteurs qui ont intérêt et qui sont impliqués dans la vie politique en Côte d’Ivoire. », a-t-il prévenu.

Par ailleurs, la paix sociale en Côte d’Ivoire reste très fragile. Par-dessus le retour de la croissance économique marquée par la réalisation des grands travaux qui redonne un visage nouveau au pays, le caractère inégalitaire de cette croissance à deux chiffres, crée beaucoup de frustrations y compris parmi les partisans d’Alassane Ouattara.

Richard Banegas, professeur de sciences politiques à Sciences Po, chercheur au CERI, affirmait le 04 novembre 2020 sur France Culture que le bilan d’ Alassane Ouattara, sur le plan politique « a été une victoire non partagée, qui s'est poursuivie dans une forme de quête hégémonique du pouvoir. Il a souvent utilisé, par exemple, la justice comme un outil de domination politique et a systématiquement écarté ses rivaux. ».

C’est dire que la consolidation du troisième mandat consécutif d’Alassane Ouattara passe inexorablement par la concertation, le dialogue avec les autres formations politiques. Une union totale de tous les opposants (Laurent Gbagbo, Konan Bédié, Guillaume Soro, Mamadou Koulibaly, Charles Blé Goudé, Simone Gbagbo, Affi N’guessan, Mabri Toikeusse…) pourraient très vite prendre le dessus sur le régime d’Abidjan.

Les relents de l’Ivoirité, de l’animosité entre Bédié, Gbagbo et Ouattara pourraient reprendre de plus belle dans les fiefs d’Adjamé, Abobo, Yopougon ainsi que le milieu rural suite à des mots d’ordre des leaders.

Derrière l’épineuse question de la limitation d’âge, un enjeu continental, celui du respect ou non des dispositions constitutionnelles liées au nombre de mandats. A cela faut-il ajouter le renouvellement générationnel qui ne rime nullement avec l’hégémonie politique d’un parti mais plutôt avec l’alternance démocratique.

Cyrille NAHIN

Content created and supplied by: Cyrille_NAHIN (via Opera News )

Alassane Ouattara Constitution Côte d'Ivoire

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