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Lida Kouassi Moïse revient à la charge : « ce régime est dans l’imposture et la fraude »

L’ex-Ministre d’Etat et Ministre de la Défense du Président Laurent Gbagbo dénonce la gouvernance du régime RHDP. Après la première partie de son interview publiée le mardi 20 avril 2021, Opera News vous livre, dans cette deuxième et dernière partie, les griefs que Lida Kouassi Moïse a contre la gouvernance du Président Alassane Ouattara.  

 

Quel regard jetez-vous aujourd’hui sur notre Assemblée nationale ?

Pour moi, elle ne reflète pas la réalité politique de la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui. Cette Assemblée nationale reflète la fraude électorale et donne l’avantage à des partis qui ne l’ont pas en réalité, qui sont minoritaires. Je le dis, pas parce que je ne suis pas élu, j’ai déjà été député pendant dix ans, ministre d’Etat, mais j’observe que depuis que ce régime est au pouvoir nous sommes en permanence dans l’imposture et la fraude.

Pourtant l’opposition y est tout de même assez représentée ? 

Assez ne veut pas dire que cela reflète le poids réel de l’opposition dans le pays. 

Que faire alors pour que cette opposition soit représentative comme vous le souhaitez ?

Le moment vient où le pouvoir commence à se rendre compte qu’il ne peut continuer sur ce mode de gouvernance autoritaire. Au moment où le Président Gbagbo arrivera, nous osons espérer que toutes les forces politiques se retrouveront autour d’une table de négociations afin de remettre à plat les règles du jeu et faire un véritable vote démocratique. Après quoi, on verra s’ils sont encore majoritaires.

Laurent Gbagbo libéré, qu’est-ce que cela vous inspire ? 

Forcément la joie de constater qu’il soit enfin reconnu comme innocent, parce qu’on avait peint, pendant dix ans, un autre Laurent Gbagbo que nous n’avons jamais connu : assassin, violent, dictateur... Ce n’est pas ce Gbagbo-là que les Ivoiriens ont connu. Alors, qu’il ait été innocenté et libéré, cela est une joie pour tous car blanchir Laurent Gbagbo, c’est nous blanchir tous. J’ai eu des amis en Allemagne que j’ai connus du temps de mes études là-bas, mais avec toute la cabale et la propagande à l’échelle internationale contre notre régime, ces derniers me regardaient désormais d’un mauvais œil. Mes explications leur étaient indifférents. Mais aujourd’hui avec ce verdict de la CPI, ces amis vont réviser leur regard sur ma personne. Mais en même temps, on nous a pris frauduleusement dix années de notre vie ainsi qu’à la Côte d’Ivoire, cela est malheureux. Nous avons été violentés, nos patrimoines ont été réquisitionnés, nous avons été pourchassés à l’étranger, emprisonnés, certains de nos camarades sont morts, aujourd’hui nous sommes déclarés innocents.

Pourtant, certains prétendent que la libération de Laurent Gbagbo ne signifie pas pour autant qu’il n’est pas coupable. Ils accusent la procureure Bensouda d’avoir failli dans ses investigations contre lui. 

Dans ce cas, pourquoi ces derniers qui étaient tellement convaincus de la culpabilité de Gbagbo ne sont-ils pas allés eux-mêmes témoigner contre lui ? Ils ont envoyé les seconds couteaux, pourquoi ? Ceux qui s’agitent ici comme les représentants des victimes, pourquoi n’ont-ils pas fait le déplacement de la Haye pour défendre leur cause ? Pourquoi feu Wattao, Soro Guillaume et le président Ouattara lui-même, par exemple, n’y sont pas allés pour témoigner ? Pourquoi veulent-ils remettre aujourd’hui la responsabilité sur Fatou Bensouda ?

Il est tout de même indéniable que la crise post-électorale a fait des victimes ?

Alors continuons de rechercher les criminels parce que nous sommes tombés sur de faux criminels. 

Dans quel camp devrait-on les chercher ?

Je ne le déterminerais pas. Que la CPI continue de rechercher les criminels parce que moi, personnellement, je veux savoir qui a brûlé ma maison à Lakota ? Qui a tué mes deux gardes du corps ?

Après ce verdict de la CPI, pensez-vous que l’institution a fini son travail et que les choses pourraient s’arrêter là, à son niveau ?

Je ne suis ni mandataire ni celui qui a voulu instrumentaliser la CPI par rapport à la crise ivoirienne. Ceux qui l’ont fait sont là. Maintenant qu’ils se sont trompés de coupables, nous sommes en droit de demander à la CPI de continuer son travail afin de trouver les vrais coupables car il y a eu de vrais crimes.

Vous étiez aux affaires à l’éclatement de la crise. D’aucuns disent qu’il aurait fallu que Gbagbo cède la pouvoir afin d’éviter tout le drame qui s’en est suivi. Avaient-ils tort ?  

C’est trop facile parce qu’à chaque fois que vous êtes élu par le peuple quelqu’un peut venir avec des armes et vous demander de dégager. Gbagbo était l’élu du peuple. Ceux qui voulaient le pouvoir n’avaient qu’à attendre les élections. Comment est-ce qu’ils justifient aujourd’hui la violence des armes qu’ils ont exercé sur la Côte d’Ivoire ? « Ils m’ont contrôlé et ils ont trouvé que je n’avais pas de carte d’identité », est-ce une raison valable pour ce qu’ils ont fait ?

Pourtant, la Commission électorale et la communauté internationale qui supervisaient le scrutin ont reconnu la victoire du président actuel. 

Je ne me souviens pas avoir appelé la communauté internationale à interférer dans les affaires de la Côte d’Ivoire. Nous avions des accords de défense et d’assistance technique avec la France. Donc quand nous sommes agressés, régime légalement établi, il est normal qu’on demande à la France d’activer ces accords en question. Mais elle a dit ne pas pouvoir le faire parce qu’il s’agissait d’une affaire ivoiro-ivoirienne. Comment se fait-il alors que quelques mois plus tard, elle soit venue intervenir avec des hélicoptères, des bombardiers et autres. Elle s’est muée en force d’interposition et en force belligérante plus tard. Cela par quel miracle ? Ce que je sais, c’est qu’il y a un président qui a reçu mandat du peuple. Après, une rébellion est venue le combattre. Normalement, la loi et la communauté internationale doivent être du côté de l’élu, de la légitimité et non de celle des armes. 

Après son acquittement, il est de plus en plus question du retour de Gbagbo surtout avec le feu vert donné par le Président Ouattara. Etant un de ses proches, comment entrevoyez-vous ce retour ?

Encore faut-il que le Président Ouattara ait donné les gages du respect de sa parole. Il ne nous a pas habitué à être un homme de parole. Aujourd’hui, nous osons croire en sa déclaration et qu’il agira de bonne foi. Ce qui importe aux Ivoiriens, c’est l’arrivée de Gbagbo en Côte d’Ivoire parce qu’il est innocenté et plus rien ne peut être retenu contre lui. Gbagbo n’est pas un va-t-en guerre et il l’a démontré durant la crise. Il vient pour apporter sa pierre à la réconciliation nationale et ce pays en a grand besoin. Depuis l’éclatement de cette crise, les Ivoiriens se regardent en chiens de faïence. Il faut les réconcilier. Pendant dix ans, nous avons répété cela au régime en place qui n’a rien voulu savoir sous prétexte que « les Ivoiriens sont déjà réconciliés, ils se parlent». Le résultat est là : les conflits inter-communautaires interviennent régulièrement, le manque de confiance dans le jeu politique qui explique le faible taux de participation des populations aux élections depuis cette crise. Et Gbagbo est le pion manquant à la table du dialogue républicain pour la réconciliation.

Gbgabo libéré et de retour en Côte d’Ivoire, quels sont les défis et les enjeux pour le pays mais aussi pour son parti, le FPI, qu’on sait divisé ?

Gbagbo n’appartient plus à un parti politique. Le niveau qu’il a atteint aujourd’hui, Gbagbo n’est plus la propriété de la Côte d’Ivoire. Il a atteint une dimension nationale incontestable et je pense qu’il a maintenant une dimension africaine qui fait de lui une icône comme Nelson Mandela l’a été à un moment donné. Son retour est donc attendu par tous les Ivoiriens que ce soit du Nord, du Sud, de l’Ouest, de l’Est et du Centre parce qu’ils ont besoin de réconciliation, de symbole comme Gbagbo qui a été martyr afin de se pardonner les uns et les autres.

Mais vos problèmes au FPI ont une incidence sur vos militants et sympathisants ?

Oui, pour ceux-là on trouvera les mots dans les discussions sur la réconciliation nationale pour panser les blessures. Ce sont nos militants qui ont été le plus agressés, qui ont vécu en exil et perdu beaucoup de choses. Toutefois, Gbagbo ne vient pas seulement pour les militants du FPI mais pour toute la Côte d’Ivoire et l’Afrique. 

Quelle pourrait être, selon vous, sa première action à son arrivée dans son pays ?

Qu’il pose d’abord le pied à Port-Bouët, ça suffira aux Ivoiriens (rires). Son arrivée va décupler des énergies, apaiser les rancœurs et disposer les esprits à la réconciliation. Mais je pense qu’il viendra pour marquer sa hauteur, se mettre au-dessus de la mêlée. Il appellera au désarmement des cœurs et des esprits, à la réunification des Ivoiriens. Et cet appel sera important à mon avis. Est-ce qu’il va refaire carrière politique ? La décision lui appartient. Moi, je le suivrai là où il veut aller.

Certains auraient peur de ce que son retour pourraient susciter notamment ce que vous appelez « décupler les énergies » en sa faveur ? 

Ils ont tort. Nous avons vu ici Gbagbo prendre le chef de la rébellion contre lui pour en faire son Premier ministre. Il est allé dans le fief de la rébellion à l’époque au nom de la paix, posé plusieurs actes en faveur de ses adversaires tout comme il a sillonné l’Afrique notamment Pretoria et bien d’autres villes du continent aux fins de trouver une solution pacifique à la crise. Il faut comprendre qu’il ne vient pas pour se venger. Ils sont allés trop loin donc ils ont peur de leur propre peur. Sinon Gbagbo n’est pas celui qu’ils croient.

Quelles interprétations faites-vous de toutes vos mésaventures à titre personnel ? Faites-vous peur au pouvoir ?

Il faut lui poser cette question. Je retiens seulement l’image que nous donne notre propre culture : on ne jette pas la pierre à un arbre qui ne porte de pas fruits.

Quel est votre avenir politique ?

Perdre une bataille pour un politique, ce n’est pas perdre la guerre. Dans ma carrière, je ne me suis pas arrêté sur les échecs. Laurent Gbagbo a échoué contre Houphouët en 1990. On lui a donné 18% des voix à la présidentielle pendant que nous comptions les bulletins de vote mais il a continué. De 1990, c’est en 2000 qu’il est devenu enfin Président. Je continuerai ma carrière politique. C’est d’ailleurs ce pourquoi je suis allé aux dernières législatives. Et je ne compte pas m’arrêter là.


Réalisée par Saint-Claver Oula et Franck Koffi

Content created and supplied by: Tembo.Opera (via Opera News )

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