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Tchad - L'éternel recommencement / pourquoi la démocratie sera toujours une farce

Le Tchad pleure depuis le 20 avril 2021 son président Idriss Déby, mort au combat, selon les informations officielles. Arrivé au pouvoir le 1er décembre 1990, les armes à la main, il s'efface après 30 ans de régence, emporté par les armes. Il laisse un pays pas économiquement enviable et en proie à une rébellion dans sa partie nord.

Déby sera inhumé ce vendredi 24 avril et déjà des inquiétudes se font jour quant à la capacité des nouvelles autorités du Conseil militaire de transition, le nouvel organe dirigeant, à assurer la stabilité du pays. Depuis l'annonce officielle du décès du maréchal, un conglomérat de généraux s'est emparé du pouvoir après avoir mis en veilleuse la constitution sur la base de laquelle un scrutin présidentiel organisé début avril a été largement remporté par Idriss Déby devant des opposants ostracisés. La succession de Déby ne sera donc pas constitutionnelle. Par un tour de magie, une charte de la transition de près de 95 articles a été rédigée et sert maintenant de boussole au pays. Du moins pour les 18 mois à venir, selon les nouvelles autorités.

Du coup, des voix, parmi la société civile et la classe politique, s'élèvent pour s'interroger sur cette forme successorale digne des pratiques impériales d'une époque révolue. Un mode de succession qui va être à n'en point douter, une nouvelle source de tension.

Mais pouvait-il en être autrement dans un pays fortement militarisé et qui jusque-là n'a jamais connu une transition pacifique dans la transmission du pouvoir.

Pour rappel, tout commence en 1975, l'année où le premier président François Tombalbaye qui a conduit le pays à l'indépendance le 11 août 1960 est assassiné et remplacé par le général Félix Malloum. Ce dernier sera à son tour descendu par Goukouni Oueddei lui-même renversé par Hissène Habré en 1982. Le règne de Habré dure huit ans jusqu'en 1990. Il sera chassé de N'Djamena par Idriss Déby Itno qui eut le règne le plus long (30 ans) jusqu'à ce triste 20 avril 2021.

Dans ce pays de dirigeants militaires, la démocratie est de façade. Le plus fort qui prend le pouvoir s'arrange toujours pour le conserver en plaçant aux postes stratégiques les membres de la famille et du clan. Déby a eu son long règne en faisant la promotion des zaghawa, son ethnie. Un mode de gouvernance qui a consolidé son pouvoir au point de se croire invincible, s'élevant au passage au grade rare de Maréchal.

Avec la montée de son fils au pouvoir, on recommence avec la même méthode, avec les mêmes militaires, et sûrement les mêmes purges qui viseront ceux qui ne vont pas rentrer dans les rangs. La démocratie qui prend souvent une tournure polysémique dans ce pays semi-désertique peut attendre. Les enjeux sont ailleurs.

Content created and supplied by: SylvainGuédéDebailly (via Opera News )

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