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Âge limite présidentielle/ Me Roger Dakouri: "Pourquoi Assalé Tiémoko n'a rien dit en 2016?"

Nous vous proposons la seconde et dernière partie de l'interview avec Me Roger Dakouri Diaz.

Hier, le nouveau membre du Comité de Contrôle du PPA-CI a dit ce qu’il pensait de l’absence de Simone Gbagbo au congrès constitutif de leur nouveau parti ; tout comme, il a rappelé que le divorce d’avec Affi N’guessan était inévitable.

Aujourd’hui, l’ex administrateur judiciaire au Conseil d’Etat s’invite dans le débat sur la limitation de l’âge des candidats à la présidentielle. Voici l’avis éclairé du juriste.

Me Roger Dakouri Diaz dans ses attributs de Greffier (image d'archives).

Quel est votre position sur la question de la limitation de l'âge des candidats à la présidentielle, telle qu'annoncée par le Député-Maire Antoine Assalé Tiémoko?

Me Roger Dakouri Diaz : Les gens agitent cette question en omettant délibérément de faire l'état des lieux. En d'autres termes, que s'est-il passé pour qu'on en soit encore à un tel débat ? La Constitution du 1er Août 2000, votée à plus de 86% retient le plafonnement de l'âge à 75 ans. Monsieur Ouattara arrive au pouvoir, et trouve cela anormal. Aussi lève-t-il le couvercle sur l'âge aux présidentielles dans la Constitution de la 3ème République en Novembre 2016.

En moins de 5 ans, avez-vous une idée du nombre de modifications constitutionnelles impulsées par Ouattara ?

Dites-nous…

Me Roger Dakouri Diaz : Eh bien, le vice-président qui devait être élu à la suite du référendum de 2016, devra dorénavant être nommé par le Président élu. Alors, dites-nous, au regard d'un tel état des lieux, qu'est-ce qui motiverait encore la remise du couvercle s'agissant de l'âge aux présidentielles ? De 2016 à 2021, il y a eu quoi en Côte d'Ivoire qui nécessite une telle réforme ? N'oubliez pas que la Constitution est la mère des lois...

Pour Me Roger Dakouri, les intentions des uns et des autres visant à modifier la limitation d'âge à la présidentielle sont frappées de suspicion légitime contre Laurent Gbagbo.

Que faire alors dans ce cas, selon vous ... ?

Me Roger Dakouri Diaz : … Il faut en garantir la stabilité. La Constitution ne doit pas être manipulée parce qu'un individu ou un groupe d'individus le veut. De telles initiatives orientées désacralisent notre loi fondamentale, encore que la loi doit intimement garder sa dimension impersonnelle. Donc, il s'agit plus d'une question morale que juridique. On doit rompre avec ce type de manipulation de la Constitution. Ça fragilise l’État lui-même. 

Justement, parlant de limitation de l'âge des candidats à la Présidentielle, le député Assalé Tiémoko tient pour preuves les propos du Président Laurent Gbagbo qui, au forum de la réconciliation, a dit que la Constitution de 2000 a permis de régler les problèmes de Henri Konan Bédié, d'Alassane Ouattara et d’Houphouët-Boigny. Ce qui justifie son intention de faire modifier la Constitution.

Me Roger Dakouri Diaz : Mais, il me semble que vous ne suivez pas mon développement. Il n'est pas contesté que le FPI avait soutenu la limitation de l'âge lors du référendum de 2000. Alors, qu'avait dit ce Assalé Tiémoko lorsque la Constitution de 2016 avait levé le plafond ? Rien du tout.

Roger Dakouri Diaz a longtemps flirté avec la société civile avant de prendre pied en politique. Il est ici en compagnie de Pulchérie Gballet, juste après la sortie de prison de celle-ci.

A quel niveau se situe réellement le problème, Me ?

Me Roger Dakouri Diaz : C'est une question de morale. Nous parlons de la Constitution d'un pays. Vous observez qu'en moins de 5 ans, cette nouvelle Constitution a subi une kyrielle de réformes dans le seul but de la conformer aux desiderata de quelques personnes. Ce n'est pas normal.

La Constitution d'un pays, n’avons-nous cesse de le répéter, c'est la mère des lois. On ne doit pas la saucissonner au gré des humeurs de certains. Les gens avaient estimé que la Constitution du 1er Août 2000 était exclusive. Dès qu'ils sont venus au pouvoir, ils ont fait une nouvelle Constitution sans l’aval de Gbagbo.

Sur quelle base donc ce député veut se servir de la volonté primitivement exprimée par Gbagbo ? Qu'avait-il lorsque la limitation avait été levée ? Donc, la Constitution doit être modifiée selon les humeurs de ce député ? Ce n'est pas normal !

Les législatives ont été une expérience enrichissante pour l'homme de Loi.

Parlons des dernières législatives. Vous étiez candidat à Lakota en compagnie du ministre Moise Lida Kouassi et vous avez perdu. Des leçons pour la suite ?

Me Roger Dakouri Diaz : Nous étions opposés à un hors-la-loi. Vous vous doutez donc qu'en face de quelqu'un qui ne tient aucun compte des dispositions légales, un tel scrutin ne pouvait se dérouler comme il l'a été à Lakota. 

Et quel l'état de vos rapports avec votre adversaire, le député Kouyaté ?

Me Roger Dakouri Diaz : Mais, personnellement, je n'ai aucune relation avec Kouyaté que je n'ai vu qu'une seule fois dans le bureau du Préfet de Lakota, le 5 Mars 2021 au cours d'une réunion préparatoire du scrutin. 

Serez-vous candidat aux prochaines municipales à Lakota ? 

Me Roger Dakouri Diaz : Non, la municipalité ne m'intéresse pas.

Quelle est votre situation professionnelle actuelle depuis votre retour d'exil (le 29 Juillet 2019)?

Me Roger Dakouri Diaz : Je fais partie des fonctionnaires exilés qui sont revenus mais qui ont été radiés. C'est d'ailleurs sur ça que le gouvernement s'est appuyé pour me juger selon la procédure de flagrant délit lorsque j'ai eu l'accident de circulation.

En effet, ils ont estimé que je n'étais plus greffier, donc la protection statutaire des greffiers ne pouvait me profiter. J'ai saisi le HCR, la Présidence, la Primature, le Grand Médiateur, le ministère de la Réconciliation au temps de Mariétou Koné (actuelle ministre de l'Éducation nationale, ndlr), aucune suite.

J'ai fait un recours devant le Conseil d'État. C'est là-bas qu'un juge qui avait le dossier, m'avait fait la confidence que c'est Koné Mamadou, l'actuel Président du Conseil Constitutionnel qui avait fait des mains et des pieds auprès du gouvernement pour que, d'une part, je sois emprisonné à tout prix pour l'affaire de l'accident, et d'autre part, pour que le Conseil d'État ne me rétablisse pas dans mes droits.

C'est tout aussi surprenant !

Roger Dakouri Diaz : Oui. Le gouvernement ivoirien sait qu'on ne peut pas radier un fonctionnaire pour motif d'exil, étant sous la protection du HCR. Mais, ici, en Côte d'Ivoire, si certains fonctionnaires ont pu reprendre leurs fonctions, je fais partie de ceux qui ont été abusivement radiés. 

Alors, que faites-vous et comment vivez-vous ?

Me Roger Dakouri Diaz : Je vis, on va dire, de l'aumône. Ce sont des amis qui m’assistent depuis que je suis sorti de prison.

Interview réalisée par

Patrick Russel

Content created and supplied by: Patrick_Russel (via Opera News )

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