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Justice ivoirienne : pourquoi il ne faut pas s’en prendre au procureur Adou Richard ?

Le procureur de la République, Adou Richard essuie de vives critiques de la part des Ivoiriens. « Un procureur aux ordres dont les actions sont guidées par la politique et non par le droit », peut-on lire sur les réseaux sociaux. La bombe lâchée par les artistes Yodé et Siro sur le magistrat dimanche 29 novembre 2020 est encore retentissante. Et pourtant, ce n’est pas la personne du procureur Adou Richard qui pose problème mais le système judiciaire voir le système hyper présidentialiste dans lequel s’inscrit la Côte d’Ivoire. Explications.

Dans le système politique ivoirien, parler de séparation des pouvoirs est un leurre car le ministre de la Justice qui obéît au président de la République, est le supérieur hiérarchique du procureur général et du procureur de la république. En d’autres termes, le ministre de la Justice, garde des sceaux est le patron du procureur de la République. C’est lui qui instruit le procureur qui ne fait que s’exécuter car rattaché au pouvoir d’Etat. Ne pas exécuter une décision relève pour le procureur de la République de l’insubordination vis-à-vis de sa hiérarchie.

Par-dessus la personne du procureur de la République, les juges ne sont pas en reste. D’emblée, un magistrat du siège peut être muté à tout moment pour nécessité de service. Puis, leur avancement dépend de la présidente de la Cour de cassation qui est elle-même nommée par le président de la République. Il est donc illusoire de parler de séparation des pouvoirs en Côte d’Ivoire. Ce principe n’aura de sens que lorsque les magistrats, qui agissent au nom du peuple à l’instar des membres du Parlement ou du président de la République seront élus. C’est à ce prix qu’on parlera de l’indépendance de la Justice qui est gage de bonne gouvernance. C’est à ce titre qu’un Premier ministre tel que Benjamin Netanyahou peut être inculpé pour corruption dans son pays en Israël. L’indépendance de la Justice suppose que le statut ou la carrière des magistrats ne dépende pas de l’Exécutif ou du Parlement.

Sinon les mutations soudaines des magistrats pour avoir dit le droit, des violations récurrentes des textes, des menaces et immixtions dans l’exercice de leurs fonctions seront monnaie courante comme cela fut le cas en 2019 ponctué par une plainte de l’union nationale des magistrats de Côte d’Ivoire et l’Association syndicale de la magistrature.

 

Cyrille NAHIN

Content created and supplied by: Cyrille_NAHIN (via Opera News )

Adou Richard

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