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Le " sabari day " ou le folklore du pardon

Depuis l’entrée de la Côte d’Ivoire en zone de turbulence politique et sociale de 1999 à aujourd’hui, un certain nombre de mots revient de façon récurrente dans les discours officiels et non officiels des Ivoiriens ; autorités politiques, administratives, autorités religieuses, leaders de communautés ou même citoyen lambda, chacun s’y met : réconciliation, pardon, oubli. Cela participe à l’évidence du souci des Ivoiriens de retrouver une cohésion, une harmonie, un vivre ensemble que des oiseaux de mauvais augure et des fauteurs en eaux troubles ont mis à mal.

On peut et on doit assurément se féliciter de cette quête de réconciliation, de pardon, et même d’oubli. Cependant la mise en œuvre et la matérialisation du processus de réconciliation ou de pardon donnent de voir une théâtralisation et une incohérence à couper le souffle et à donner la nausée, où l’incohérence le dispute souvent au ridicule. Les exemples sont nombreux.

Morceaux choisis :

- Pour remonter le temps, il nous revient à l’esprit, la cérémonie de demande de pardon au Président HOUPOUET-BOIGNY organisée par les populations, la chefferie et la notabilité Gouro, du fait de l’opposition du Professeur SEMI BI ZAN au transfert de la capitale d’Abidjan à Yamoussoukro. Le porte-parole des populations a eu ce jour-là, une parole forte à l’endroit du Professeur Semi Bi Zan où ridicule et flagornerie cheminaient allègrement : « … Comment toi, un mécréant, tu oses t’opposer à celui qui est à mi-chemin entre le sage et le saint… ». Mais l’objectif a été atteint. En effet dans sa « magnanimité légendaire », le Président HOUPHOUET-BOIGNY « a pardonné » au Professeur Semi Bi Zan, et la vie a repris son cours.

- Il nous revient également en mémoire, une cérémonie de réconciliation organisée à Tengrela par les populations de cette localité après la crise postélectorale. On y notait la présence très remarquée de députés maliens. Alors questions : qui se réconciliait avec qui ? Les populations de Tengrela étaient-elles en conflit avec les Maliens ? Ou alors les Maliens ont-ils pris une part active dans la crise postélectorale en Côte d’Ivoire ? 

- Nous nous souvenons aussi qu’après une augmentation du coût de l’électricité, des manifestations de protestation avaient eu lieu à Bouaké contre cette décision qui allait avoir des répercussions sur le quotidien des Ivoiriens. Mais quelques jours plus tard, une scène ubuesque, folklorique s’est déroulée à Bouaké au cours d’une cérémonie où des personnes à genoux demandaient pardon au Chef de l’Etat pour avoir manifesté contre l’augmentation du coût de l’électricité. C’était le début de ce qu’il était convenu d’appeler les « sabari day »

- L’année 2017 a été émaillée de mutineries des militaires pour réclamer des promesses à eux faites. Après l’une d’entre elles, un groupe de soldats, sans consulter la base, a organisé son « sabari day » largement médiatisé, à l’effet de demander pardon au Chef de l’Etat et lui promettre la main sur le cœur que cela ne se reproduira pas. Mais le lendemain de cette déclaration, la mutinerie reprit de plus belle !

- Récemment Séguéla a emboité le pas à Bouaké dans une cérémonie ubuesque et ridicule de demande de pardon à genoux après la manifestation de rue consécutive à l’annonce du décès du premier ministre Hamed Bakayoko.

Ces exemples ne sont pas exhaustifs. Si sur le principe de demander pardon ou de se réconcilier, il n’y a pas à redire, il y a cependant beaucoup à dire quant à la sincérité de ces cérémonies très médiatisées.

Certes le pays aspire à la réconciliation et au pardon pour se mettre résolument sur le chemin du développement, mais de grâce que le peuple ivoirien soit épargné de ces cérémonies ridicules dont les objectifs cachés sont aux antipodes des déclarations de bonne intention des organisateurs

En tout état de cause il y a eu un matin en Eburnie, il y aura assurément un soir et l’ivraie sera séparée du vrai

Nazaire KADIA

Content created and supplied by: kadianaz (via Opera News )

Ivoiriens

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