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Bédié, Banchi et cigares : les maladresses de Soro

L’ex-Premier ministre en exil Guillaume Soro continue de déclarer sa flamme au président Henri Konan Bédié. Mais si la plume digitale de l'opposant politique a de plus en plus de quoi séduire, ses petites anecdotes sur la sphère privée ne sont pas toujours les mieux choisies.

Pour exemple, la dernière historiette de Guillaume Soro, sur la passion des cigares qu’il partage avec Konan Bédié et Roger Banchi, illustre encore brillamment les contradictions qui nuisent au markéting politique du candidat Soro.

1.     Le « garçon pile » ou le plaintif?

Après sa démission remarquée de la présidence de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire, les premières déclarations du prodige de Ferkessédougou avaient suscité à la fois torpeur chez ses adversaires et admiration chez ses partisans. Ses attaques courageuses contre le président du RHDP n’étaient pas sans rappeler les salves de Laurent Gbagbo contre le tout-puissant Houphouët des années 1980. En français abidjanais, Soro se présentait comme le nouveau brave, le « garçon pile » qui se dressait enfin contre un Ouattara au sommet de son pouvoir.

Pour autant, après son retour manqué du 23 décembre 2019, le discours de Soro a commencé à prendre une coloration émotive, voire plaintive, comme s'il s'attendait à des bisous du régime après les terribles flèches verbales décochées contre celui-ci. En plaidant dès lors l’ingratitude de Ouattara, qui lui aurait promis sa succession, ne s’est-il pas trop victimisé? Comment quelqu’un qui décide de s'émanciper peut-il encore solliciter de l'apitoiement pour un "héritage" non accordé?

Déjà, ce n’était pas la première fois que l'ex-PAN enfourchait ce cheval, puisqu’après sa démission génialement mise en scène à l’hémicycle, l’ex-premier ministre avait immédiatement gâché son profil de « dur » en se plaignant d’être « au chômage ». En consolation du juteux poste perdu, le député de Ferké recevait ironiquement dans sa luxueuse villa, des sacs de vivres de certains de ces cadres. Pourquoi ne pas avoir joué la carte du désintéressement total, de la démission voulue et non contrainte, par simple dépit envers le système RHDP ?

2.     L’homme de conviction ou l’homme des deals?

Concernant le 19 septembre 2002, Guillaume Soro et ses communicants semblent ne pas encore avoir défini une ligne claire. Était-ce un combat naïf pour plus de démocratie, un combat pour porter Alassane Ouattara au pouvoir, ou un combat pour assouvir des ambitions personnelles ?

L’ex-leader du MPCI aime à utiliser la première description. Pourtant en décembre 2019, en réponse au mandat d’arrêt contre son client, Mme Bamba-Lamine, avocate et cadre de son parti, avait affirmé que « Monsieur Guillaume Kigbafori Soro ne reconnait qu’une seule déstabilisation, celle du 19 septembre 2002 pour le compte de l’actuel président de la République, Monsieur Alassane Dramane Ouattara ». Grosse contradiction qui fait de M. Soro un simple mercenaire, et mettant en doute la sincérité de ce dernier sur les résultats disputés de novembre 2010.

Pire, Soro lui-même affirmait dans une célèbre vidéo retranscrite par l’Infodrome « M. Ouattara m'a fait 3 promesses devant Blaise Compaoré, si je venais à faire de lui le Président : 1- Il devrait me reconduire comme Premier ministre jusqu'en 2015. Promesse qu'il n'a pas tenu. 2- Il devrait me faire N°2 du RDR. D'ailleurs le poste de vice-président créé en 2008 m'était réservé. Il n'a non plus pas tenu cette promesse. 3- Il devrait faire 1 seul mandat et me soutenir à être Président en 2015. Chose qu'il n'a pas respecté ». 

Etait-ce bien pensé de la part de Soro, de faire ces révélations-là lui-même ? Comment, en tant que candidat, peut-on confirmer devant le peuple que l’on a ainsi « dealé » avec son avenir, et que pendant ces douloureuses années de crise, on négociait en secret une carrière de président?

3.     La bête noire ou le réconciliateur?

En même temps que la sorosphère promettait une fin de règne honteuse au régime Ouattara, le même Soro rédigeait jour et nuit pensées, versets et proverbes parlant de paix, de pardon et de réconciliation. Peut-on être à la fois « homme de paix » et « homme de guerre » ? Machiavel dira qu'il faut être un peu des deux, mais il faut surtout savoir séparer la facette que l’on veut présenter au monde de celle qu’on préfère dissimuler ou déléguer à des proches. Notre ex-PAN, s’est à ce niveau, fourvoyé plus d'une fois.

Aux journalistes et citoyens de tous bords, le nom de Soro fait inévitablement repenser au 19 septembre, aux armes et à la rébellion. Pour un futur candidat qui a un passé si lourd à faire oublier, était-il vraiment utile de sortir des phrases comme « Il n’y aura pas d’élections le 31 octobre, écrivez ça », « Il sera assis à terre, et puis on va lui donner des conseils », etc. ? A force de vouloir être la cauchemar du régime en place, Soro n'a-t-il pas plutôt effrayé les ivoiriens, toujours traumatisés par les guerres de 2002 et 2011?

Quand on a choisi d’abandonner définitivement la voie des armes, il vaut mieux éviter tous les gestes et éléments de langage qui nous maintiennent comme tel dans l’imagerie populaire. Certains hommes politiques africains l’ont réussi au point où l'on oublie souvent qu’ils ont été chefs de guerre. Le "leader générationnel", en revanche, a encore beaucoup à faire pour redorer son blason.

4.     Le dandy ou l’enfant du peuple?

Nous en arrivons enfin à la dernière contradiction dans les qualités vantées du produit Soro. Les socialistes ivoiriens décrivent souvent Ouattara et Bédié, comme des bourgeois, des « héritiers » qui ne connaissent pas suffisamment la souffrance du bas-peuple. A l’inverse, Laurent Gbagbo est présenté comme le fils du pauvre, l’homme qui comprend le peuple et qui se battrait donc pour lui redonner de l'espoir. Mais qui est Soro dans ce paysage? Un démocrate persécuté ou un bourgeois insensible?

Ces fréquentes images et récits de cigares, champagnes et festins l’aideront-ils à séduire l’électorat populaire? Dans sa dernière anecdote sur les cigares de Bédié, Soro affirme même que le Sphinx lui aurait déconseillé de les fumer en public, de peur de paraître embourgeoisé. Or de ce sérieux conseil, l’enfant de Kofiplé n’a retenu que de l'humour.

Avec toutes ces images contrastées, les paysans, les fonctionnaires et les petits commerçants verront-ils toujours en Soro un nouveau "Gbagbo version 90", un enfant du peuple qui se bat pour les siens? Sortira-t-il des sentiers battus par les trois grands qui n’ont plus rien à prouver, et dont le nom seul suffit à mobiliser leurs militants ? Vise-t-il vraiment plus large que sa base actuelle?

A votre avis, comment Soro pourra-t-il convaincre le peuple ivoirien?

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Références et citations :

  • Page Facebook de Soro Guillaume Kigbafori
  • https://www.linfodrome.com/politique/54623-situation-sociopolitique-soro-devoile-son-deal-avec-ouattara
  • https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/politique-africaine/presidentielle-en-cote-d-ivoire-la-guerre-est-declaree-entre-alassane-ouattara-et-guillaume-soro_3760433.html

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