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Dialogue politique : la Côte d’Ivoire face à la résolution de ses 4 grosses faiblesses en 2022

«Notre assemblée marque le point de départ d’une nouvelle étape du dialogue politique instauré par le Président de la République », affirmait le premier Patrick Achi le 16 décembre dernier à l'occasion de la 5e phase du dialogue politique. Comme pour donner une lueur d'espoir à ceux qui estiment que le dialogue politique trouvera un point de chute en 2022. Vrai ou pas, entamées en 2019 et portées successivement par les premiers ministres Amadou Gon Coulibaly, Hamed Bakayoko puis Patrick Achi, ces négociations peinent encore à avancer. Face à une grande partie de l'opposition notamment le FPI et le PDCI qui reprochent le manque d'inclusion, le gouvernement a pour sa part toujours estimé avoir évolué dans le processus: recomposition de la Commission Electorale Indépendante ; code électoral ; cadre d’organisation du scrutin présidentiel ; cadre d’organisation des élections législatives... sont par ailleurs les quatre points sur lesquels le dialogue politique avait jusqu'ici porté. Mais à un an des élections locales prévues en 2023, retour d'exilés, libération de prisonniers politiques, poursuites judiciaires contre certains auteurs de la désobéissance civiles de 2020 et autres, divisent l'actuelle opposition et le régime Ouattara. De quoi laisser planner l'ombre du doute sur les signes de décrispations politiques perceptibles ces derniers mois. Au moment où Patrick Achi distribue les cartes du 5e dialogue entre pouvoir et opposition, allons-nous vers un apaisement effectif ou un autre coup de poquer politique ?

Côte d'Ivoire : faux départ pour le dialogue politique ? – Jeune Afrique


Genèse du dialogue politique sous le régime Ouattara et la fin douteuse

Le premier, initié par Amadou Gon Coulibaly du 21 janvier au 25 juin 2019, portait essentiellement sur la recomposition de la Commission Electorale Indépendante. Promis par le président Alassane Ouattara en prélude des échéances électorales de 2020, le dialogue politique avait encore buté sur les contestations d’une partie de la classe politique, quoiqu'elle ait fini par portée. La raison du blocage était une interprétation différente entre le pouvoir et l’opposition de l’arrêt de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) portant sur cette recomposition de la CEI. Quelques mois plus tard, soit du 9 janvier au 17 février 2020, pouvoir et opposition se donnaient de nouveau rendez-vous autour d'un autre dossier, celui du code électoral. Toujours sous la houlette d'AGC, il s'est soldé par un échec.

Les troisièmes et quatrièmes phases des pourparlers des différents acteurs politiques avec le gouvernement, ont été conduites par l'ex premier ministre Hamed Bakayoko, qui a hérité de la primature après le décès brusque d'Amadou Gon Coulibaly en juillet 2020. Le dialogue politique qui a débuté a eu lieu du 14 au 21 octobre 2020 n’a pas renvoyer les deux parties d'accord. La suite, nous la connaissons tous, puisqu'elle est parsemée de crises: une désobéissance civile lancée par l'opposition pendant l'élection présidentiel d'octobre 2020 avec la création du Conseil National de Transition, l'arrestation de plusieurs opposants dont Pascal Affi NGuessan, Maurice Kacou Guikahué, le blocus autour de la résidence d'Henri Konan Bédié, ex allié d'Alassane Ouattara ainsi que la mise sous surveillance de plusieurs grosses têtes accusées d’atteinte à l’autorité de l’Etat. Des divergences entre le parti au pouvoir et l'opposition qui se sont accentués et ne sont pas sans incidents majeurs dans nos rues. L'on dénombre ainsi 85 morts, plusieurs blessés graves et un dialogue suspendu.

Une petite satisfaction sortira néanmoins du 4e dialogue politique ouvert sur le cadre d’organisation des élections législatives du 21 au 29 décembre 2020. Toujours porté par Hambak, pouvoir et opposition se sont seulement entendus sur la date des premières législatives qui ont réunis toutes la classe politique depuis des décennies. Le constat amère est que chacune de ces phases de ce dialogue s’est interrompue sans aucune explication, les unes moins productives que les autres.


5e phase du dialogue politique, Patrick Achi déjà mal parti ?

Le dialogue politique entre le gouvernement et les partis politiques a repris le jeudi 16 décembre, à la primature. Comme le note le confrère Financial Afrik, après l’organisation de législatives apaisées et le retour de l’ex-président Laurent Gbagbo et de la plupart des cadres de l’ancien régime, le gouvernement ivoirien vient de faire droit à une requête de la classe politique. Le « dialogue politique inclusif », souhaité par les ex-présidents Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié respectivement chefs de file du Parti des Peuples Africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) et du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), s’est ouvert ce jeudi 16 décembre. En attendant le « dialogue direct » des « Big Three » de la politique ivoirienne que sont Laurent Gbagbo, Henri Konan Bédié et l’actuel chef de l’Etat Alassane Ouattara, c’est le Premier ministre Patrick Achi qui va mener les discussions avec l’ensemble des acteurs politiques.

Ainsi, à la rencontre du 16 décembre, les grands points abordés portaient sur les prochaines élections locales prévues en 2023 et encore la recomposition de la Commission électorale avec « au sein du Bureau Central d’un autre représentant de l’opposition, qui pourrait venir du Parti des peuples africains de Côte d’Ivoire (PPA-CI) de l’ex-président Laurent Gbagbo ». Notons que ce dernier, rentré au pays en juin dernier, a redistribué les cartes sur l’échiquier politique ivoirien. Lors de sa rencontre avec le Président Ouattara au Palais Présidentiel, Laurent Gbagbo avait notamment demandé la libération des prisonniers politique de la crise post-électorale de 2010 et ceux de la désobéissance civile de 2020. Un point partagé par toute l'opposition, qui, voulant un dialogue inclusif, a exigé la libération de tous les prisonniers politiques et le retour de tous les exilés politiques dont Blé Goudé et Guillaume Soro condamnés à 20 ans de prison par la justice ivoirienne. Pris comme conditions majeurs à la poursuite du dialogue politique, les demandes de l'opposition passent pourtant très mal du côté du pouvoir. Des divergences qui avaient même brusquement interrompu le dialogue politique démarré le 9 décembre 2021 sur des chapeaux de roues. Dans la Ouattara-sphère, on estime surtout que l'opposition doit laisser la justice faire son travail et que d'énormes efforts ont déjà été fait dans le sens de la décrispation et d'un dialogue constructif, côté RHDP. Des centaines de prisonniers ont été graciés et plusieurs exilés politiques surtout proche de l'ex régime ont regagné la Côte d'Ivoire, clame-t-on.


Adou richard annonce des poursuites et le discours à la nation de Ouattara passe mal

Selon les explications du Procureur Adou Richard et des juges d’instruction, en conférence de presse au Tribunal d’Abidjan-Plateau, le lundi 27 décembre 2021, les leaders de la désobéissance civile de 2020 peuvent être poursuivis par la justice ivoirienne pour des cas de violences enregistrés, si cette justice arrive à prouver leur culpabilité. A cela, faut ajouter le discours à la nation d'Alassane Ouattara le 31 décembre 2021. Ces deux sorties ont attisé la colère du côté du PDCI et le PPA-CI. A en croire les deux désormais alliés qui ont fait d'une pierre deux coups, « (…) Les interrogations de nos deux partis politiques se sont muées en inquiétudes face au peu d’intérêt que le chef de l’Etat a accordé au sujet du dialogue politique dans son discours de fin d’année. Il y en a fait une simple déclaration de principe et l’a expressément exclu de ses priorités pour l’année 2022 ».


Le RHDP digère mal les réactions de l'opposition

Dans la foulée, le porte-parole principal et directeur exécutif du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix ( RHDP) ont animé une conférence de presse ce jeudi 6 janvier 2022, au siège du parti à Cocody. Kobenan Adjoumani et Adama Bictogo ont répondu à la dernière sortie de l’opposition relativement au dialogue politique et aux déclarations du procureur de la République sur la crise lors de la dernière présidentielle. « Le RHDP constate que le PDCI-RDA et le PPA-CI veulent se servir de ce dialogue politique pour s’assurer une immunité juridictionnelle et une impunité, sans toutefois reconnaître leurs forfaits. Au demeurant, le dialogue politique n’est à cet égard aucunement constitutif d’une occasion d’exonérer à priori des hommes politiques des actes justiciables qui leur sont opposés. Le RHDP prend à témoin, l’opinion publique nationale et internationale sur le manque de sérieux et de sincérité du PDCI RDA et du PPA CI, relativement au dialogue politique», a déclaré le ministre de l’Agriculture.

Toutes ces attaques entre Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié par leurs différents lieutenants jettent de l'huile sur le feux. Démontrant combien de fois après Amadou Gon Coulibaly puis Hamed Bakayoko, Patrick Achi, a encore du pain dur la planche. 1, 2, 3, 4 sans succès. Le 5e dialogue politique permettra-til enfin à la Côte d’Ivoire de dompter ses vieux démons de la crise post-électorale de 2010 qui avaient refait surface lors de la présidentielle de 2020 ? Affaire à suivre...


Mamadou Ouattara

Content created and supplied by: MamadouO (via Opera News )

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