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Côte d’ivoire-France : une relation d’indépendance sous surveillance ?61 ans de faits qui témoignent

Que ce soit en Côte d’ivoire ou dans les autres anciennes colonies Françaises en Afrique, les environnements politiques locaux ont toujours été fortement influencés par l’ombrage paternaliste de la métropole. 

En dépit des indépendances concédées ‘’en vertu du droit inaliénable de chaque peuple de disposer de lui-même’’, Paris conserve une emprise indiscrète sur son precarre Africain. Dans le cas spécifique de la Côte d’ivoire, cette situation perdure et se perpétue avec une capacité remarquable d’adaptation aux mutations internationales. 

Après 30 années de coopération visible dans un contexte politique marqué par le parti unique, la Côte d’ivoire a dû, malgré elle, car non préparée, sauter les deux pieds joints dans le multipartisme, tel que le concevait la France, alors dirigée par le socialiste François Mitterrand. 

Ce changement de cap n’émanait ni de la volonté de feu le président Félix Houphouet-Boigny, ni de celle de l’ensemble des forces vives de la nation, même si la récession économique qui battait son plein à la fin des années 1980, avait attisée les contestations contre le régime du parti unique. 

Sans la conférence de la Baule, et ce discours historique dans lequel le chef de l’état Français imposait l’ouverture démocratique aux états Africains, face à l'effondrement du bloc communiste et l’ascension totalitaire du système occidental qui exigeait un alignement planétaire sur les prescriptions de la démocratie selon les vainqueurs de la guerre froide, ni la Côte d’ivoire, ni les autres pays francophones d’Afrique, n'auraient si vite, basculés dans le pluralisme politique. 

En Décembre 1999, la Côte d’ivoire connaît la première tentative de coup d’état de son histoire. Hébété face à la tournure que prend l’insurrection militaire des 22 et 23 Décembre, le régime de Henri Konan Bédié se trouve dans une impasse. La révolte des mutins a été mal gérée. La situation est devenue incontrôlable. 

À Abidjan, beaucoup s’attendent à ce que les soldats Français du 43ème BIMA basés dans banlieue sud de la capitale économique Ivoirienne, interviennent pour secourir le pouvoir du PDCI-RDA, vacillant. 

Une fois de plus, le sort de la Côte d’ivoire va se jouer à Paris, et plus précisément entre l’Élysée et Matignon, puisque visiblement, les deux tenants de l’exécutif Français, le président Jacques Chirac et son premier ministre, Lionel Jospin qui évoluaient dans un système concurrentiel de cohabitation, n'ont pu s’accorder sur la nécessité d'une intervention militaire directe de la France, comme ce fut le cas dans d’autres situations de crise en Afrique depuis les indépendances. 

Seule concession faite au président Ivoirien déchu, son évacuation et celle de son épouse par l’armée Française. Près de 3 ans plus tard, en Septembre 2002, dès l’éclatement de la rébellion armée, l’état de Côte d’ivoire, incarné par le régime de Laurent Gbagbo, demanda à Paris l’activation des accords de défense entre les deux pays, pour venir à bout de l’agression rebelle. 

La réponse de Paris, par la voix de sa ministre de la défense d'alors, Michèle Alliot Marie fut un Niet retentissant. Pour la France, il était hors de question d’intervenir dans un conflit Ivoiro-Ivoirien, contrairement à la version défendue par les autorités d’Abidjan, qui arguaient d'une agression extérieure. 

Avec la bénédiction de la France, une ligne de démarcation fût instaurée suite à un déploiement de forces armées de la sous-région, puis des troupes des Nations Unies, après la signature du cessez-le-feu sous l’égide du chef de la diplomatie Sénégalaise, Cheikh Tidiane Gadio. 

Ce statu quo est demeuré en vigueur malgré quelques affrontements sporadique, jusqu’au déclenchement de l’opération ‘’Dignité’’. Sous le commandement du colonel-major Philippe Mangou, plus tard gradé Général de Division, les forces loyalistes lancent une offensive totale sur les zones centre, nord et est, sous contrôle des rebelles. L’objectif est clair : réunifier le territoire et mettre fin à la belligérance. 

48 heures après le lancement de l’opération, débutée par des frappes aériennes, l’armée Française entre en scène. Prétextant d'une bavure de l’aviation Ivoirienne sur son cantonnement de Bouaké (centre), les forces Françaises détruisent au sol, les aéronefs de l’armée Ivoirienne, stationnés sur les tarmacs des aéroports de Yamoussoukro et d'Abidjan, mettant ainsi brutalement fin à l’opération militaire engagée par l’armée Ivoirienne. 

Une révolte populaire contre cette irruption de la France dans le conflit, éclate. Des dizaines de civils sont tués par la riposte militaire Française. Pendant plusieurs mois, la France se rend maîtresse des points stratégiques de la capitale économique Ivoirienne. Les deux ponts, le port, l’aéroport, et tous les zones névralgiques sont sous le contrôle des forces Françaises de Licorne et du 43ème BIMA. Aucun pays, ni aucune entité régionale Africaine ne s’ose à protester. Dans le même temps, l’espace aérien Ivoirien est fermé par la France. La situation paraît acceptable et digeste pour les pays de l'Union Africaine. Novembre 2004 semblait être ce rappel situationnel nécessaire pour ramener à la raison, les partisans du souverainisme. 

Le volet international de la crise postélectorale de 2010, s’est également joué à Paris, car, rappelons le, toutes les résolutions onusiennes sur la Côte d’ivoire en rapport avec cette crise, ont été prises à l’initiative de la France. 

Il a même fallu l’intervention directe de l’armée Française, sous mandat onusien, pour terrasser le président sortant, Laurent Gbagbo, et le capturer, ce fameux 11 Avril 2011, alors que ses soldats tentaient de repousser les soldats des FRCI, majoritairement issus de la rébellion des Forces Nouvelles. 

Encore, lors de la crise électorale de 2020, la rencontre du 04 Septembre à l’Élysée, entre le chef de l’état Français, Emmanuel Macron et son homologue Ivoirien, Alassane Ouattara, a, selon Jeune Afrique, permis de rassurer quant à la capacité du dirigeant Ivoirien à contenir la contestation déclenchée par sa décision de briguer un 3ème mandat. 

Ouattara remporta le scrutin présidentiel controversé du 31 Octobre avec un score à la soviétique de 95.31% des suffrages exprimés, et nouvelle preuve du tutorat Hexagonal sur la Côte d’ivoire, la communauté internationale se mura dans un silence observateur jusqu’à la publication le 15 Novembre par la présidence Ivoirienne, d’une lettre de félicitations du numéro 1 Français, adressée à son homologue Ivoirien pour sa réélection. 

À l’ère de la réconciliation nationale poussive engagée entre le pouvoir et l’opposition en Côte d’ivoire, suite à une volonté ferme de Paris de voir les choses bouger dans ce sens, comme l'a d’ailleurs signifié le patron du Quai d’Orsay, Jean-Yves le Drian, le 10 Novembre dernier, l'on s’attend a ce que le pouvoir en place à Abidjan, fasse des concessions significatives à travers la formation d’un gouvernement d’ouverture. 

Dans ce gouvernement, devraient figurer les principales forces d’opposition, excepté Générations et Peuples Solidaires (GPS) de Guillaume Soro, qui refuse toujours la main tendue du régime de Ouattara. 

Une opposition conciliante, qui se prépare à une cohabitation sans la satisfaction d’un seul de ses préalables posés à l’issue de la crise postélectorale, mais qui a pourtant tout concédé au pouvoir, notamment avec la dissolution du Conseil National de Transition (CNT) et surtout la participation aux législatives du 06 Mars…il faut y voir une sacrée volonté de dépassement ! 

La Côte d’ivoire ‘’Indépendante’’, mais sous surveillance ? Les faits parlent d’eux-mêmes…

Raoul Mobio

Content created and supplied by: RaoulMobio (via Opera News )

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