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Coup d'état contre Bédié : quand les Ivoiriens applaudissaient ''le diable''

Les plus jeunes de moins de 18 ans ne s'en souviennent certainement pas. Mais, ce 24 Décembre 1999, à la chute du président Henri Konan Bédié, des milliers de personnes s'étaient déversées dans les rues pour applaudir les putschistes conduits par l'ex chef d'état-major de l'armée Ivoirienne, le Général Robert Guéï. 

Comme des héros, les mutins qui venaient de renverser le régime du PDCI-RDA après 48 heures de flottement, avaient été portés en triomphe par les partisans de l'opposition, tous bords confondus, et notamment les militants de la coalition du Front Républicain, composée du FPI et du RDR, qui y voyaient le bout du tunnel, une occasion inique d'assouvir leur faim d'en finir avec le parti fondateur de la Côte d'Ivoire moderne. 

Ce qui se cachait derrière le rideau, et que ces foules en délire, emportées par l'euphorie de l'instant présent, oubliaient de voir, c'étaient les conséquences pernicieuses qui allaient jalonner désormais l'histoire de leur pays, après ce coup de force suicidaire pour la Côte d'Ivoire. Dès lors qu'on venait d'ouvrir le feu avec le soutien d'une partie du peuple, on pouvait se permettre le tout. Même ce qui paraissait jusque-là, lointainement enfouie dans la mémoire collective des Ivoiriens, la guerre. 

Il a fallu que le Comité National de Salut Public (CNSP), organe de transition mis en place par le Général Robert Guéï, organise l'élection présidentielle de 2000, dans des conditions contestées suite à l'exclusion troublante de deux autres candidats sérieux, le président déchu, Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, pour qu'intervienne le premier massacre de civils Ivoiriens dans les rues par des militaires. 

S'autoproclamant vainqueur de la présidentielle face à l'opposant Laurent Gbagbo, soutenu par les socialistes Français, qui furent les premiers à annoncer sa victoire sur les ondes de RFI à travers le matraquage médiatique du ministre Français de la coopération d'alors, Charles Josselin, et par des populations lasses de subir le système rigoriste institué par les militaires, le chef de la transition militaire n'a eu d'autre choix que de reculer après l'échec de ses soldats à renverser la situation au terme de leur bras de fer avec les civils, appuyés par des corps d'élite de l'armée. C'était l'acte I des conséquences du 24 Décembre 1999. A peine quelques mois plus tard en Décembre 2000, des partisans du RDR d'Alassane Ouattara en décousaient dans les rues avec les forces de sécurité pour contester la tenue des législatives. 

De ces violences, résulta le charnier de Yopougon. Un massacre qui plus de 20 ans après, n'a toujours pas trouvé de preneur en termes de culpabilité. 1 mois plus tard, en Janvier 2001, survint une tentative manquée de coup d'état, appelée ''le complot de la Mercedes noire''. La voie la plus probante pour écourter la gouvernance de l'adversaire politique étant celle des armes, cette énième manoeuvre de déstabilisation terrorisait les Ivoiriens, mais c'était encore un moindre mal par rapport à ce qui allait arriver l'année d'après. 

Le 19 Septembre 2002, dans le prolongement des objectifs ayant conduits à l'éviction d'Henri Konan Bédié, une rébellion éclata dans la moitié nord du pays. Ce fut la troisième rébellion officiellement admise dans l'histoire de la Côte d'Ivoire moderne, après celle du Sanwi (1959-1962) qui avait ouvertement fait sécession le 03 Mai 1959, et celle du Guébié en 1970. 

Des milliers de personnes en moururent comme lors des deux premières rébellion, et en 2004, pour libérer la partie occupée de l'emprise des rebelles des Forces Armées des Forces Nouvelles (FAFN), l'ex président, Laurent Gbagbo lança l'opération ''Dignité'' qui s'interrompit brusquement dans les conditions tragiques que l'on sait avec l'intervention foudroyante de l'armée Française, qui détruisit sans retenue l'intégralité de la flotte aérienne de l'armée Ivoirienne. 

La crise postélectorale de 2010-2011, vit à nouveau l'usage démesurée de la force militaire et du chaos institutionnel pour neutraliser le pouvoir de Laurent Gbagbo, déclaré perdant du second tour du scrutin présidentiel par la communauté internationale. 

Les chiffres officiels font état de plus de 3000 morts au terme de ce conflit. Face à face, les anciens alliés du Front Républicain (FPI-RDR), qui dans le prolongement de leur guéguerre entamée dès l'accession de Laurent Gbagbo en Octobre 2000, trouvèrent l'occasion de régler définitivement leurs vieux comptes. 10 ans plus tard, elle n'est prête de finir cette guéguerre entre ex alliés. Et pour les Ivoiriens, le bilan est salé. Les esclaffements lâchés ce fameux 24 Décembre 1999, ont cédé aux rires jaunes. 

Finalement, le temps semble avoir démontré qu'en ce Noël des antipodes, ceux qui applaudissaient le coup de force, applaudissaient en réalité, ''le diable'', qui n'était ni, le Général putschiste, ni ceux qui se tapissaient dans l'ombre, mais plutôt, le syndrome de l'irruption des armes dans le débat politique.

Raoul Mobio

Content created and supplied by: RaoulMobio (via Opera News )

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