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Côte d'Ivoire : ADO, Laurent Gbagbo, Henri Konan Bédié... L'enfer c'est les autres !

Commençons d'abord par cette citation du philosophe et dramaturge français, Jean-Paul Sartre, ainsi écrite dans sa version complète : «Tous ces regards qui me mangent... Ah, vous n'êtes que deux ? Je vous croyais beaucoup plus nombreuses. Alors, c'est ça l'enfer. Je n'aurais jamais cru... Vous vous rappelez : le souffre, le bûcher, le gril... Ah ! Quelle plaisanterie. Pas besoin de gril : l'enfer c'est les autres». Ce sont les dernières lignes de la pièce de théâtre Huis Clos (1943). C'est aussi l'une des citations cultes de Sartre, auteur existentialiste et marxiste dont l'œuvre thématise autrui comme source d'enfer.

En voici le résumé, en quelques mots. La pièce raconte l'arrivée de trois personnes en enfer. Deux femmes et un homme. Ils cherchent à comprendre pourquoi ils se retrouvent en ce lieu et quelle est la peine qui leur est réservée. Mais ils finissent vite par comprendre qu'il n'y a ni Satan ni bourreau. En fait, chacun des deux autres est le bourreau pour le troisième. Leur peine consiste donc à vivre ensemble pour l'éternité, à se détester et à se supporter. Un cercle vicieux.

On ne citera pas de nom, mais ces trois personnages de la pièce de Sartre devraient sans doute vous faire penser à trois acteurs clé de la vie politique de notre pays, la Côte d'Ivoire. On sait tous que les alliances politiques sont parfois payantes. Et certains doivent leur ascension au pouvoir grâce à l'usage de cette technique que l'on pourrait baptiser la "courte échelle" politique. Une fois installés confortablement, grisés par l'exercice du pouvoir, éblouis par les dorures et les lambris du palais en forme de tabouret baoulé, ils prennent leurs aises, oublient d'où ils viennent et ne veulent plus s'en aller.

Pour le déloger, les deux autres adversaires sont obligés de s'allier, parfois bien malgré eux. C'est en quelque sorte le triste châtiment auquel nous avons été condamnés ici, dans ce pays, depuis le milieu des années 90.

Pourquoi en sommes-nous là ? Peut-être parce que cela semble être l'unique offre politique de nos dirigeants, apparemment à court d'idées. D'où cet éternel recommencement. Les deux alliés voient en celui qui est isolé le paria. Tandis que ce dernier considère les alliés circonstanciels comme la source de ses tribulations. Voyons encore, un peu plus près, ce qui se passe.

Jusqu'au 17 juin 2021, les jours passaient et se ressemblaient en Côte d'Ivoire. On baignait dans une espèce de monotonie quotidienne. Certes, lors de la présidentielle d'octobre 2020, pour casser un peu cette routine, nous avons trouvé le moyen de nous affronter dans les rues, pour contester la candidature du président Ouattara à un nouveau mandat et exiger la libération des prisonniers politiques. Mais le chef de l'État a réussi malgré tout à se succéder à lui-même. On a pleuré et déploré plusieurs morts. Le Procureur de la République, Richard Adou, a promis donner une suite à ces événements, notamment le meurtre effroyable du jeune Toussaint Koffi N'Guessan intervenu à Daoukro le 19 novembre 2020. Il a informé lors d'un point-presse le 30 avril 2021 que les auteurs de cette barbarie ont été interpellés et placés sous mandat de dépôt.

Quelques mois après les élections présidentielles, on a eu droit aux législatives. Elles se sont déroulées dans un calme plutôt relatif, même si on a dû reprendre le vote dans plusieurs circonscriptions pour cause de résultats douteux et des réclamations qui y ont fait suite. L'Assemblée nationale a pris fonction. Et depuis, tout semblait aller dans le meilleur des mondes. Jusqu'à ce que l'actualité politique connaisse de nouveau, ces dernières semaines, une agitation particulière. Le retour en Côte d'Ivoire de l'ancien président de la République, Laurent Gbagbo et ses discours publics ont redonné du piquant.

Évidemment, certaines personnes auraient bien aimé le voir croupir en prison ou du moins, rester coi une fois rentré au pays. Mais ne voilà-t-il pas qu'il se paie le luxe de parader, sans remords ? En compagnie de qui ? L'autre ancien président de la République, Henri Konan Bédié. Et ça, ce n'est pas juste, clament certains ! Et les victimes de la crise post-électorale de 2010 ? Qui doit porter le chapeau, n'est-ce pas lui, Gbagbo ? Peu importe s'il a été blanchi par une justice internationale.

Alors, rien que même pour ses droits les plus élémentaires, il faut le brocarder, le présenter comme l'homme infréquentable, le boulanger, le haineux, le revanchard, le xénophobe. L'homme qui est allé souper avec le concepteur de "l'ivoirité". Comble de sacrilège !

Sérieusement, depuis quand le fait de former une alliance politique avec un autre parti est un crime ? En quoi le fait de solliciter une autorisation, par exemple, pour rendre visite à des prisonniers d'opinion représente un danger pour un pays ? En quoi le fait de se prononcer sur l'actualité politique fait de quelqu'un un revanchard ou un haineux ?

La vérité est que le retour inattendu de Laurent Gbagbo dans son pays, après dix longues années de déportation, perturbe certains calculs. Toute autre tentative d'explication n'est que pure diversion. Mais Laurent Gbagbo aura réussi à prouver depuis son retour en Côte d'Ivoire qu'il demeure l'un des pions essentiels de la sphère politique ivoirienne. Il va falloir trouver autre chose dans la tentative effrénée de le noircir. Pour rappel, au cas où certains l'auraient oublié, l'homme est revenu blanchi par une instance internationale nommée la Cour pénale internationale. Pour le moment, M.Gbagbo n'a rien fait ou rien dit de mal. Non, M.Gbagbo n'a pas de haine.

Il y a un proverbe malinké, bien connu en Côte d'Ivoire qui dit, il vaut mieux laisser le fétiche dans le sac pour l'adorer. Autrement, s'il est exposé à la place publique au vu de tous, sa face hideuse risquerait de faire fuir certains adorateurs.

Enfin, rappelons-nous toujours la fameuse citation de Jean-Paul Sartre. Tant que notre conscience (qui n'est pas seule au monde) ne cessera de voir les autres comme un problème, en nous remettant en cause de temps en temps, eh bien, l'enfer ce sera toujours les autres.

Content created and supplied by: Fatogoma (via Opera News )

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