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Si le retard de l'Afrique était lié à cette réalité spirituelle qu'on refuse d'accepter ?

On essaiera de faire court dans cette chronique en touchant superficiellement le sujet à la fois problématique, sensible et complexe de l'Afrique, continent toujours à la traîne. Vu sous un angle spirituel, tout en restant "terre-à-terre" comme on dit.

Les quatre races humaines connues ont leur spiritualité (ou religion, si l'on préfère employer ce terme à défaut). Établies sur chaque continent, elles conçoivent leur mode de vie en fonction. Sous certaines contrées, des personnes sont capables de vous fouetter ou vous ôter la vie, rien que pour un blasphème contre ces principes. C'est dire combien c'est important pour ces peuples de vénérer et valoriser leurs croyances spirituelles : le bouddhisme pour les Asiatiques (ou l'hindouisme pour certains), le christianisme pour les Européens et Occidentaux, l'islam pour les Arabes... Mais l'Africain, dans tout ça ? Nous sommes les seuls à embrasser des religions importées, comme nous le faisons d'ailleurs avec tout le reste.

En réalité, chaque race, chaque peuple à travers sa religion reconnaît et honore ses ancêtres, d'une manière ou d'une autre. Que ce que soit Bouddha, Jésus, Mahomet... L'Africain n'a-t-il pas des ancêtres que Dieu aurait pu également inspirer comme les autres ?

Il n'y a aucun mal pour un Africain ou un Asiatique à être musulman, chrétien, bouddhiste, etc. Tout est question de foi. Cependant, en tournant complètement le dos à notre identité, notre culture, nos racines, nos ancêtres qui représentent notre force spirituelle, ne sommes-nous pas en situation de faiblesse devant les autres et soumis à leur domination, dans tous les domaines de la vie ? L'Afrique ressemble fort à l'esclave des temps modernes. Une des explications à cette situation ne serait pas loin d'être spirituelle.

(Des acteurs nigérians dont Ike Ogbonna, Alex Okubo... portant de nobles étoffes africaines)

Nous avons peut-être été bernés sur plusieurs points, depuis le début. C'est connu, celui qui contrôle votre mental peut vous contrôler tout entier. C'est sans doute vrai. L'arrivée des missionnaires sur nos côtes, par l'océan, a certainement joué un rôle crucial. C'était après le retour des premiers navigateurs européens qui ont fait des comptes rendus de ce qu'ils ont vu d'extraordinaire chez nous.

Bien sûr, il y avait une parfaite symbiose, une magnifique harmonie entre l'Africain avec l'univers et la nature qui l'entourent. Notre science héritée de nos ancêtres, qui se transmettait de génération en génération, était inégalable. De nombreuses études de nos illustres chercheurs et intellectuels tels que Cheikh Anta Diop, Jean-Marie Adiaffi, Amadou Hampaté Bâ (pour ne citer qu'eux) démontrent clairement qu'il avait une spiritualité, des systèmes d'organisation politique, sociale, économique, éducative très élaborés chez nous et qu'on ne trouvait nulle part ailleurs. Certes, toutes les pratiques n'étaient pas parfaites. Mais il a fallu nous pousser à détruire notre système pour mieux nous contrôler.

Du reste, quel scientifique dans le monde (jusqu'à l'heure où nous écrivons ces lignes) est parvenu à démontrer comment les fameuses pyramides égyptiennes ont été conçues et construites ? Aucun. Pourtant, c'étaient nos ancêtres Noirs. Même si l'on a tenté vainement de faire croire que les momies et les Pharaons découverts dans les sarcophages sont de race blanche. Cela n'est pas vrai. Passons les civilisations nubiennes (actuel Soudan), rodhésiennes (Zimbabwe), abyssiniennes (Ethiopie)...

Étant donné que tout être humain, tout peuple a besoin de placer sa foi ou sa croyance en une entité qui lui est naturellement supérieure, la religion s'est toujours retrouvée au centre des débats les plus enflammés. Mais de tous les peuples de la terre, lequel a la meilleure religion ? Voici d'où partent les conflits religieux sur fond de haine.

(Chefs traditionnels avec leurs magnifiques tenues d'apparat)

L'abandon de nos cultures, de notre spiritualité nous a affaibli. En vertu de quoi un Blanc serait-il plus "saint" qu'un Noir d'Afrique ? En quoi le fait d'honorer un ancêtre africain reconnu par sa communauté pour sa sagesse et ses dons serait-il démoniaque, comparé aux reliques dites "sacrées" de certains Européens qu'on ne connaît ni d'Ève ni d'Adam dans nos villages ?

Des sujets hypocritement tabou. Si bien que nos ancêtres sont perçus aujourd'hui par des Africains eux-mêmes comme des pécheurs patentés qu'il faut rénier. L'aliénation spirituelle, intellectuelle, culturelle, politique, économique et sous différents aspects est la conséquence de l'astucieux lavage de cerveau dont nous avons été victimes.

Un exemple. Le regretté Amobé Mévégué, célèbre présentateur camerounais connu pour son attachement à la tradition, racontait une anecdote quelque temps avant sa disparition. Invité à la fête d'indépendance du Cameroun, il s'est habillé dans des étoffes africaines, pour se rendre à l'ambassade du Cameroun en France où se tenait la réception. Mais il explique que les agents de sécurité l'ont prié de changer de tenue, s'habiller de "façon convenable" avant d'avoir accès à la salle. Pourtant, quelques jours plus tôt, le même Amobé avait animé une cérémonie au sein de la même ambassade en présence de hautes autorités européennes et africaines, dans des tenues traditionnelles, sans que le ciel ne tombe sur la tête de quelqu'un. Il a raconté cette anecdote pour souligner à quel niveau nous sommes arrivés dans le reniement de soi, sans que cela soit forcément la faute aux Blancs. Nous faisons déjà assez bien le travail d'autodestruction de notre identité nous-mêmes.

(Une femme bushman et sa petite-fille, en Afrique du Sud)

Il ne serait pas ridicule d'affirmer que les Blancs sont spirituellement soutenus par leurs ancêtres, lesquels aïeux qu'ils adorent d'une façon ou d'une autre dans les lieux de culte. Mais nous avons abandonné les nôtres, tourné le dos par exemple à nos prénoms si originaux, à nos langues, à nos traditions, alors que les Chinois, les Arabes ou les Indiens ont conservé les leurs, sans que cela les mette pour autant en retard. Au contraire ! Ils ont bien été colonisés aussi comme nous. Qu'avons-nous fait de notre identité ? Aujourd'hui, certains d'entre nous ne savent même pas où se trouve leur village. Que dire, ne savent pas dire "bonjour" dans leur langue maternelle.

Nous essayons toujours de trouver des explications farfelues aux événements qui échappent à notre entendement, ou en accusant les sorciers pour ne pas aller au village. Il n'y a que le Noir qui voit le diable partout.

L'étape du lavage de cerveau a facilité d'une certaine manière la conquête de l'Afrique par les Européens. C'est sans compter les trahisons entre Africains qui témoigne du manque d'union, d'amour et de solidarité. Tout le contraire des autres peuples. Il n'y a que le Noir qui rêve de se retrouver à la place de son prochain. Il n'y a qu'à voir entre nous comment nous nous réjouissons du malheur des autres. Comment Dieu peut-il nous aider, lorsqu'il est lui-même amour et déclare cette vertu comme étant le premier de ses commandements (pour ceux qui lisent au moins la Bible) ?

L'Afrique était à l'époque un peuple puissant, irrésistible, structuré, parce qu'on avait une spiritualité qui rendait honneur à nos ancêtres. Mais nous les avons abandonnés en croyant aux belles promesses de ceux qui ont réussi à nous faire croire que nos pratiques étaient maléfiques. Comment nos ascendants peuvent-ils être fiers en nous transmettant leur force, leur puissance, leurs secrets ? Chaque race a un égrégore, une force spirituelle qui la porte, sans toutefois nier l'existence de Dieu. La race qui abandonne le sien est perdue, faible et dominée. Aussi simple que cela. Pour preuve, nous avons tout mais impossible de nous en servir. Même pour nous nourrir, nous devons acheter, importer notre riz chez les autres. Pourtant nous avons toutes les terres fertiles. La terre nourricière qui nous porte et qui cache en son sein les reliques de nos ancêtres, est-elle aussi fière de nous ? Dieu ne descendra pas pour changer les choses.

Des Africains croient dur comme fer que le Noir serait maudit, en s'appuyant sur des écrits complètement sortis de leur contexte. L'un des fléaux étant vraisemblablement le manque de connaissance. Et tant que nous serons ignorants de la vérité, il sera difficile de nous affranchir ou d'avoir cette protection divine qui ne demande qu'une chose : nous permettre de nous réinstaller dans notre place de berceau et de leader de l'humanité.

Content created and supplied by: Fatogoma (via Opera News )

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