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Sous-développement et autres problèmes, Dieu a-t-il vraiment quitté l'Afrique ?

Dans une région du Nigéria alors en proie aux violences rebelles, un commando américain est chargé d'exfiltrer une ressortissante. Mais les militaires ne peuvent pas sauver tout le monde. L'un des habitants abandonnés à leur sort tente de rassurer les militaires, en leur disant qu'ils sont entre les mains de Dieu. Et le lieutenant Waters (Bruce Willis) de rétorquer : "Dieu a déjà quitté l'Afrique".

Ceux qui ont regardé ce film, Les larmes du soleil (2003), se souviennent certainement de cette réplique. Elle a choqué des cinéphiles à l'époque. Comme le réalisateur sénégalo-québéquois Musa Dieng Kala. En réfléchissant, cela l'a poussé à réaliser son film-documentaire "Dieu a-t-il quitté l'Afrique ?" (2008), comme une réponse directe aux "Larmes du soleil". «Ce qui se passe en Afrique n'a rien à voir avec Dieu. C'est l'œuvre des hommes», déclarait-il à l'occasion de la présentation du documentaire. Son film s'appuie sur l'histoire de deux adolescents guinéens. Ils ont été retrouvés morts dans le train d'atterrissage d'un avion à l'aéroport de Bruxelles-National, en août 1999. Ils avaient 14 et 15 ans et voulaient rallier l'Europe clandestinement. À leur si jeune âge. 

Il y a plus de vingt ans de cela. Mais le phénomène de l'immigration clandestine est toujours aussi prégnant. Chaque jour que Dieu fait, il y a des jeunes Ivoiriens, Maliens, Guinéens, Camerounais, Congolais... prêts à tout pour se rendre en Europe. Des personnes déterminées à quitter l'Afrique, par tous les moyens. «Je ferais n'importe quoi pour aller n'importe où en Europe», affirme Kader, 22 ans, dans ce documentaire. Nous fuyons notre propre continent comme la peste. Nous en avons presque honte. Honte d'être Noirs ! Pourquoi ? Peut-être bien parce que nous sommes les derniers de la classe. Être dernier de classe, avouons qu'il n'y a pas de quoi être fier de se promener avec un bonnet d'âne.

Bien souvent, notre extérieur est le reflet de notre intérieur. «Ce que l'on crée en soi se reflète toujours à l'extérieur de soi. C'est là, la loi de l'Univers». Cette fameuse citation de Shakti Gawain, écrivaine américaine de ce qu'on appelle le "New Age" résume une réalité spirituelle de la vie. Ce que l'être humain conçoit en lui par sa pensée, de façon consciente ou inconsciente, est ce qu'il reproduit à travers des paroles, des faits, des gestes, des actes, etc. C'est un fait.

Pardon de le dire. Mais si l'on regarde de façon objective l'Afrique noire subsaharienne, elle est parfaitement à notre image. À l'instar des autres dont leurs continents, leurs pays sont à leur ressemblance. Il n'y a qu'à voir notre mentalité, par rapport à celle des autres peuples, pour s'en convaincre et comprendre pourquoi l'Afrique est à la traîne. Nos problèmes, notre sous-développement, etc., n'ont rien avec le diable, en vérité. Encore moins avec Dieu, comme dit si bien Musa Dieng. "C'est l'œuvre des hommes". Dieu n'a pas quitté l'Afrique. Au contraire il siège ici. Mais c'est nous qui faisons de notre continent ce que nous voulons qu'il soit. Les guerres, la famine, le sous-développement y compris les nombreux autres maux qui font fuir des milliers d'Africains vers l'Europe, sont les conséquences de nos propres turpitudes. 

Si on veut être un peu plus religieux dans ce raisonnement (en se référant un temps soit peu à la Bible) on dira qu'après avoir accompli sa part du "contrat" en créant toutes choses, Dieu s'est mis au "repos" le septième jour. Volontairement. «Dieu bénit le septième jour, et il le sanctifia, parce qu'en ce jour il se reposa de toute son œuvre qu'il avait créée en la faisant» (Genèse 2.3). 

Le repos de Dieu signifie qu'il ne fait rien à la place de l'homme qu'il a créé. Il laisse donc à l'être humain le soin de remplir sa part du "contrat". À savoir, régner sur la terre et sur tout ce qu'elle renferme. Une domination responsable, qui devrait s'exercer dans le canevas de la bienveillante volonté divine. 

On constate que de nos jours, presque toutes les races humaines règnent effectivement. Dans tous les domaines. Certains créent des engins extraordinaires, des robots, explorent les fonds marins. D'autres sont déjà allés sur la lune et songent même à aller encore plus loin, sur Mars. Et l'Africain ? Savons-nous d'abord comment on fabrique une bicyclette, à plus forte raison une fusée ? Qui nous empêche de le faire ? Oh, on n'y pense même pas ! Pour se payer un tel luxe, il faudrait déjà pouvoir manger à sa faim, avoir des routes praticables, des centres de santé à la pointe, un système éducatif performant, des industries de haute voltige, etc.

Pourtant, on se plaît à dire que nous avons tout et que tout a commencé ici, chez nous en Afrique. Cela est vrai. On a eu notre civilisation. Mais il y a des millénaires, c'était à une époque précédent le Néolithique où les évolutions ont commencé avec l'apparition de royaumes et d'empires au Moyen-Orient et en Europe (les empires assyrien, babylonien, etc.). Les chercheurs considèrent la Mésopotamie comme la génitrice de ces civilisations moyen-orientales, l'empire babylonien étant le dernier grand royaume mésopotamien antique. Cette époque se situe dans les premiers siècles du Ier millénaire av. J-C. Donc, il y a longtemps.

(Ce prêtre au regard fascinant procède à un cérémonial avec des disciples)

Depuis la disparition des premières civilisations noires, l'Afrique n'est restée que l'ombre d'elle-même. Depuis que la flamme s'est éteinte, nous nous sommes retrouvés dans l'obscurantisme qui fait le lit aux conflits inutiles. Pas étonnant que les jeunes qui ne voient pas d'espoir ici, fuient cette Afrique décidément "maudite", pour un avenir meilleur ailleurs. 

Le paradoxe africain ne cesse pas d'étonner. Un continent pourtant béni de toutes les richesses du monde. Nous en sommes réduits à une mentalité qui consiste à nous entre-tuer dans des guerres inutiles, nous torpiller les uns les autres, nous "gbasser" (se jeter des mauvais sorts) parfois pour d'éphémères postes de prestige. Tout en siégeant dans les églises ou les mosquées. Quelle incongruité ! Comment voulons-nous que Dieu, même s'il est parmi nous, intervienne dans une foire d'hypocrisie et de haine ? 

Dans notre pays, la Côte d'Ivoire par exemple, tous les vendredis et dimanches, nos lieux de culte refusent du monde. Et le lundi, nous sommes prêts à vouloir rentrer ou faire intégrer nos parents, des connaissances dans la fonction publique en usant des voies détournées. Chacun se dit que c'est comme ça, c'est le circuit. Si Pierre l'a fait, pourquoi pas Paul ? Nous aurons beau prier, chanter, danser, dormir dans les temples, dans les églises et autres lieux de culte, rien ne changera si notre mentalité ne change pas. 

(Certaines pratiques africaines sont souvent l'objet de curiosité)

Dans nos rapports aux autres, non contents d'être exploités, on se paie le luxe de vouloir changer de partenaire en bradant nos terres, nos richesses. Croyant que c'est la seule solution, au lieu de nous former pour devenir plus autonomes, plus libres et donc plus indépendants. Il n'y a qu'à voir les exemples récents de ces pays où on a eu droit à des coups d'État militaires. Pour certains, la faute de notre retard ce sont les Français. Oui. Et après ? Est-ce la France qui a colonisé l'Afrique entière ? Que faisons-nous afin que les autres nous respectent ? Changer de partenaire, n'est-ce pas déshabiller Pierre pour habiller Paul ? Nous sommes pris dans un cercle vicieux dont finalement personne ne sait comment en sortir. Espérons que nos frères d'à côté ne se soient pas trompés d'adversaires. 

En vérité, Dieu n'a jamais quitté l'Afrique. C'est certainement l'Africain qui a quitté Dieu, ou peut-être le Noir d'Afrique qui n'y comprend rien du tout.

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