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Vie chère : les prix vont-ils baisser ou continuer d'augmenter ? Un spécialiste explique tout

Face à l'inquiétude croissante des populations ivoiriennes confrontées à la flambée des prix des produits alimentaires sur le marché local, le ministre du Commerce et de l'Industrie, Souleymane Diarrassouba a dû monter au créneau.

Dans son cabinet de l'immeuble Postel au Plateau, dimanche 18 juillet 2021, si M.Diarrassouba a fait savoir que la situation "concerne également les autres pays de l'Afrique subsaharienne" il a voulu surtout rassurer sur les efforts fournis par le gouvernement pour améliorer la situation. À l'en croire, ce sont ces efforts qui auraient permis de maîtriser le phénomène, au premier trimestre 2021 : «sinon, les conséquences auraient été plus graves». Expliquant que le Covid-19 et une forte demande des produits agricoles sur le marché sous-régional ont contribué à cette inflation.

(Le ministre du Commerce, Souleymane Diarrassouba a livré quelques raisons de la flambée des prix sur le marché, dimanche 18 juillet 2021)

La marche pacifique projetée le mercredi 21 juillet par un groupe de personnes serait donc, de son point de vue, une mauvaise idée d'autant que ces marcheurs sont inconnus de ses services et des associations de consommateurs. 

En fait, si les prix des produits alimentaires atteignent des sommets depuis le mois de mai dernier en Côte d'Ivoire, c'est parce que la situation est provoquée par une flambée des prix mondiaux des produits alimentaires sur les marchés. Les populations du Sahel, d'Afrique de l'ouest et d'Afrique centrale sont les plus affectées sur le continent, comme l'expliquait le 7 juillet 2021 dans un entretien à TV5MONDE, Philippe Chalmin, économiste, spécialiste du marché des matières premières et président de l'Observatoire des prix et des marges des produits alimentaires.

La raison principale est due à l'importance des achats de la Chine, sur les céréales et les oléagineux. Alors que ce pays d'Asie, l'un des plus gros consommateur au monde (avec près d'un milliard et demi d'individus) importe d'habitude environ 20 millions de tonnes de soja par an, en a importé cette année plus de 50 millions de tonnes. «Ceci a eu un impact direct sur les prix du maïs, puis indirectement sur les prix des autres céréales, le blé et l'orge. La principale exception étant le riz», dit-il. La pandémie de coronavirus dans ce pays a réduit la production locale et augmenté les importations.

Aussi, pour ce qui est de la viande (et des autres produits agricoles), la Chine aurait "pesé très lourd". En effet, l'épidémie de peste porcine africaine qui a sévi dans ce pays a réduit d'environ de moitié le cheptel porcin chinois. La Chine a donc été obligée d'augmenter "très considérablement" ses importations de viande, non seulement pour le porc mais aussi la viande de bœuf "et même un petit peu de volaille". 

Vu que plusieurs pays d'Afrique de l'ouest dépendent aussi des importations pour leur nourriture, lorsque le prix du blé flambe, cela se paye sur tous les marchés des pays qui sont importateurs. C'est la loi de l'offre et de la demande, bien connue de tous. 

Les prix continueront-ils d'augmenter et la flambée des prix va-t-elle accroître la pauvreté ? 

«Le problème de la pauvreté alimentaire (notamment dans les pays africains) se pose à deux niveaux. Quand les prix agricoles sont bas, on peut nourrir éventuellement les villes, mais ce sont les populations rurales qui souffrent. Aujourd'hui, où les prix agricoles sont plus élevés, on peut imaginer que la situation dans les zones rurales est probablement meilleure, et par contre, se pose des problèmes d'alimentation des zones urbaines», explique Philippe Chalmin. Cette situation peut donc déboucher sur des troubles sociaux, dont les émeutes de la faim dans certains pays comme cela s'est passé en 2008 au Nigeria, par exemple avec l'inflation. 

Quant à savoir si les prix baisseront ou continueront d'augmenter cette année, Philippe Chalmin déclare : «Sur les pays d'Afrique de l'ouest, je ne peux pas m'engager. Mais sur les prix mondiaux, normalement, sauf catastrophe climatique totalement imprévisible, les prévisions que nous avons pour 2021-2022, sont excellentes à peu près partout. Donc, normalement, le monde va battre des records de production agricole en 2021 et 2022. Ceci devrait se traduire par une diminution des prix mondiaux, notamment les prix des céréales». Ce qui signifie que les prix pourraient revenir à leur plus bas niveau, si des inondations par exemple ne viennent pas détruire les productions agricoles.

(Distribution de vivres à des populations confrontées à la famine)

Pour rappel, la flambée des prix que nous subissons cette année est la plus importante depuis 2011, année record. Ce sont particulièrement les prix de l'huile, du sucre et des céréales qui est à l'origine de ce phénomène. Sur notre continent, l'augmentation des prix des denrées alimentaires s'observe dans toute la région ouest africaine, que ce soit pour les produits importés ou non. 

Au Sahel et en Afrique de l'ouest, au moins 20 millions de personnes ne mangent pas à leur faim actuellement, selon le PAM (Programme alimentaire mondial). Le directeur régional, Chris Nikoi expliquait en avril dernier qu'en plus des conflits qui créent déjà la famine, la hausse incessante des prix agit comme un multiplicateur de pauvreté. «Même lorsque les denrées sont disponibles, les familles n'ont tout simplement pas les moyens de s'en procurer, et la flambée des prix met un repas de base hors de portée de millions de familles pauvres qui avaient déjà du mal à s'en sortir».

Content created and supplied by: Fatogoma (via Opera News )

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