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Réseaux sociaux : ici on surveille et ... on réprime

Elle est désormais révolue cette époque où l’on pouvait s’exprimer sur les réseaux sociaux en Afrique sans crainte ni contrainte. Les fameux « printemps » de la liberté d’expression ont laissé place à la saison de la cybersurveillance. Les gouvernants semblent avoir pris la mesure de ces outils. En Côte d’Ivoire, leur surveillance s’est accrue, avec l’avènement de dispositifs juridiques de plus en plus dédiés. Non sans répression.

Abidjan, mardi 27 mars 2018. Le Procureur de la république, Adou Richard tient une réunion inédite avec les administrateurs de groupes Facebook. Au menu de cette rencontre médiatisée la veille sur la toile ivoirienne : « sensibilisation sur la gestion de l’informatique de sécurité, relecture des textes de lois applicables et collaboration pour un internet sûr et pacifique ». Au-delà de toute la bonne intention de la promotion d’un « Facebook sain et crédible », l’on aura compris que la justice ivoirienne surveillait les réseaux sociaux, du moins Facebook.

« … Prenez note, la Côte d’Ivoire s’est dotée des moyens technologiques cybernétiques pour remonter toutes infractions sur les réseaux sociaux … Mesurez donc vos propos », avait lancé le Procureur de la république à la faveur de cette rencontre [1].

C’est que moins de 10 jours auparavant la justice ivoirienne avait démontré une célérité et mobilisation particulière dans la condamnation d’un prévenu reconnu coupable des faits « d’incitation à la violence » en raison de commentaires sur Facebook appelant au meurtre. Le premier du genre. Même la défense semblait apprécier cette condamnation. « C’est une décision pédagogique pour dire aux uns et autres qu’il faut faire attention dans l’usage des réseaux sociaux. Nous les trois avocats, nous ne cautionnons pas l’acte, mais nous sommes venus pour dire que l’un d’entre nous aujourd’hui a fauté et qu’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Il faut qu’on lui donne une autre chance de se resocialiser », avait déclaré Me Amany Kouamé, l’un des avocats de la défense.[2]

Bref, il fallait envoyer un signal fort. Il ne faudra d’ailleurs pas longtemps pour renforcer ce signal. Trois mois plus tard, nous sommes en juillet. Cette fois, ce sont des hommes de religion qui auront maille à parti avec la justice ivoirienne pour des actions menées sur Facebook. D’abord Aguib Touré[3]. Présenté comme un imam, il sera arrêté pour la diffusion de vidéos où il se fait assez critique et virulent contre la communauté chrétienne notamment et aussi contre la politique d’augmentation des coûts du pèlerinage à la Mecque. Il sera libéré quelques semaines plus tard après plusieurs tractations. Israël N’Goran[4], réputé pasteur, n’aura pas cette chance, pour le moins à cette heure, puisqu’il reste détenu après sa spectaculaire arrestation suivi en direct lors d’un Facebook Live qu’il animait. En somme, si l’on devait retenir une chose en tant qu’usager de Facebook, sinon des réseaux sociaux depuis le territoire ivoirien : le gouvernement nous surveille.

Content created and supplied by: dcmchonorable (via Opera News )

adou richard

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