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Effondrements, drogue, inondations, prix de péage: indigné, Babily Dembélé parle à Ouattara

A Kouto son village natal dans le Nord de la Côte d'Ivoire depuis janvier 2022, Babily Dembélé suit de prêt les évènements du pays. Homme politique, président de l´Alliance pour la République(APR) et homme d’affaire, ce diplômé de l’académie des sciences de Paris, Architecte, Expert en Construction et Aménagement de l’Espace se prononce sur les effondrements d´immeubles, les inondations mais aussi sur les prix au péage de Grand-Bassam et le scandale de la drogue.

 Babily Dembélé, Président de l´APR


Monsieur Babily Dembélé, la dernière affaire en Côte d'Ivoire c’est le péage de Grand-Bassam. Les prix ont été fixés de 1000FCFA à 3500FCFA selon les catégories des véhicules. Quel est votre regard sur ces prix ?

Il faut qu’on s’interroge avant tout sur les investissements faits pour ces péages. Les Ivoiriens n’ont jamais été suffisamment informés des budgets d’investissement de ces infrastructures. On doit faire l’étude, dire combien ça va coûter au trésor ivoirien et combien l’ivoirien doit payer quand ça va finir, savoir combien de véhicule y passeront quotidiennement et quand on pourra amortir l’argent investi. Le ministre de tutelle va à l’Assemblée nationale et il explique aux représentants du peuple. On ne peut pas mettre les Ivoiriens dans le flou du début à la fin et se lever un matin pour dire qu’ils doivent payer 1000F , 2500F, 3500F. On est comme dans une entreprise privée en Côte d’Ivoire.

Une entreprise privée de qui ?

Des gouvernants actuels.  Ils n’ont d’avis à demander ni de compte à rendre à qui que ce soit. Mais après, pour rembourser l’investissement, on demande aux Ivoiriens de payer. Et chèrement et on s’étonne que la vie soit chère; et on accuse la guerre en Ukraine. Payer 1000F à 3500F, cela a forcément un impact sur le coût du transport et sur les denrées alimentaires. Le combat des Ivoiriens doit être comment trouver une solution à la vie chère. Notre gouvernement n’en fait point son souci.

Le pays est aussi secoué par le scandale du trafic de drogue. Quelle appréciation faites-vous de la situation ?

J’estime que nous vivons dans un Etat scandaleux qui attire à la Côte d’Ivoire déshonneur et humiliation et qui,pour des institutions internationales objectives, peut être perçu comme un pays infréquentable. Nous savons tous le degré de dangerosité de la drogue. Ça décime la jeunesse, ça détruit l’économie. J’accuse les grands responsables de ce pays. C’est parmi eux que se trouvent ceux qui font rentrer ces quantités de drogue dans le pays.

Des journalistes internationaux l’avaient dit en 2021, certains ont nié et rien n’a été entrepris pour en savoir davantage et prendre des mesures. Aujourd’hui, on découvre un réseau au sein duquel on retrouve des hauts fonctionnaires. Alors comment s’étonner que la drogue entre dans le pays en masse. Ce n’est pas une invasion de sauterelles. Il y a des systèmes de contrôle de douane et de police mais des tonnes de drogue entrent aussi facilement. Cela veut dire que nous ne sommes plus en sécurité, que le pays n’est plus gouverné.

Un trafiquant de drogue qui n’a rien à voir avec les présumés qu’on vient d’arrêter s’est évadé de la MACA. Il lui avait été accordé le privilège de sortir faire des courses accompagné de gardes. Et il a disparu. Qui est responsable de cette invasion selon vous ?

L’invasion du Franco-sénégalais peut être une erreur du dispositif pénitentiaire ou une complicité de ce système. Mais dans tous les cas, c’est une faute suffisamment grave. Il y a lieu de s’interroger sur l’efficacité de notre ministère de la Justice. Et le ministre doit s’expliquer. On arrête des personnes innocentes pour des raisons politiciennes, on les enferme, on les prive parfois de visite, on les trimballe de prison en prison et on accorde des privilèges à des bandits pour leur permettre de fuir. La responsabilité du ministre est établie. Qu’il s’explique et qu’il démissionne.

La Côte d’Ivoire ce sont aussi l’effondrement des immeubles depuis un certain temps et les inondations en cette saison de pluie avec leurs cortèges de morts et de désolations. Quel est le regard de l’architecte que vous êtes ?

Des immeubles qui s’écroulent, font des victimes et on arrête seulement les propriétaires.  La responsabilité première incombe au ministère de la construction et de l’urbanisme. C’est une méconnaissance de la procédure et de la méthode de construction. Quand on veut construire un immeuble, il faut nécessairement la présence d’un architecte. C’est lui qui fait l’étude et la conception et il doit suivre les travaux jusqu’à la fin. Donc en cas de défaillance technique, c’est l’architecte qu’on interpelle d’abord. Si on n’exige pas l’expertise d’un architecte et qu’on donne un permis de construire, c’est grave et le ministre de la construction doit rendre des comptes.

Même pour les inondations, il y a aussi un problème d’urbanisation et de construction. L’urbaniste doit être capable de dire qu’on peut construire ici ou là. Des gens se lèvent et construisent dans des bas-fonds, sur des canalisations et le ministère ferme les yeux là-dessus, quand la pluie vient cela crée des dégâts.

Il faut que le président Alassane Ouattara prenne ses responsabilités pour assurer la sécurité des Ivoiriens. Les Ivoiriens ne sont nullement en sécurité. Pas de sécurité alimentaire avec la cherté de la vie, pas de sécurité physique avec les effondrements, les inondations, les terroristes, les braquages, les coupeurs de route. Qu’il prenne ses responsabilités sinon ça pourrait provoquer un réveil brutal et personne n’a intérêt à ce qu’il ait un réveil brutal.

 Interview réalisée par Dan Opéli

Content created and supplied by: Dan_Opeli (via Opera News )

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