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Affaire per diem des journalistes : ASK, Fernand Dédeh, Wakili Alafé et Martial Alaté se prononcent

Selon les différents dictionnaires, le per diem  est une indemnité perçue par l’expatrié pour couvrir ses besoins essentiels dans un pays étranger au sien. Même si « per diem » veut dire « par jour », elle peut aussi bien être calculée par semaine ou par mois.

Dans le milieu de la presse, le mot prend un tout autre sens. Il s’agit d’une somme non définie remise au journaliste, après la couverture de chaque événement, par l’organisateur dudit événement. Cette pratique est sujette à polémique et divise les journalistes eux-mêmes. Certains la rejettent quand d’autres l’approuvent.

Ainsi pour le journaliste et analyste politique André Silver Konan dit ASK, c’est une pratique avilissante qui ne permet pas au journaliste d’évoluer dans sa profession.

« C’est avilissant pour les journalistes et c’est réducteur. Cela ne leur permet pas d’évoluer dans le milieu. Moi quand je suis rentré dans la presse, j’ignorais qu’il existait le système de per diem. Quand j’ai su cela, je me suis orienté vers les grands genres journalistiques. Et qui dit Interview, enquête, dossier et autres, exclu les per diem. Et justement c’est parce que je me suis orienté vers les grands genres journalistiques que je me suis révélé au grand public. Qui dit per diem dit les petites cérémonies organisées par les ONG et les particuliers. Et ce genre d’activité n’intéresse pas le grand public. Cela ne dévoile donc pas le talent des journalistes. Ça c’est la première chose », pense le lauréat du Prix Norbert Zongo du meilleur journaliste d’investigation.

Puis de continuer : « Deuxième chose, quand des journalistes courent après les per diem dans les manifestations dont l’intérêt n’est pas aussi prégnant, ils s’enferment dans la facilité et ils n’évoluent pas dans leurs écrits et dans leurs boulots. Conséquence, il y a des journalistes qui ont fait 10 ou 15 ans de métier dont le nom de plume n’est pas connu ni des lecteurs, ni des auditeurs et ni des téléspectateurs. En somme, les per diem ne permettent pas de travailler sur la notoriété du journaliste. Tout simplement par ce qu’il est porté sur le gain facile qui sont même des miettes ».

L’ex-journaliste de la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI) Fernand Dédeh abonde dans le même sens.

« Les per diem ne sont pas un programme dans les écoles de formation des journalistes. Ce n’est pas un élément du code de déontologie et de l’éthique. Je comprends que lors des cérémonies, les organisateurs accompagnent les journalistes par habitude ou par "africanerie". Mais que cela ne prenne pas le pas sur la profession au point que les journalistes mettent en avant, le paiement des per diem au détriment de la collecte et le traitement de l’information », conseille-t-il.

En revanche, Martial Alaté, ex-journaliste people et chef du service communication de la Sodexam appréhende les choses différemment.

« Pour moi c'est comme un pourboire. Si on te donne tu prends, si on ne te donne pas tu ne réclames pas », indique-t-il.

Wakili Alafé, Directeur général de L’Intelligent d’Abidjan embouche la même trompette.

« Mon point de vue sur la question est simple. Pour moi les per diem sont comme les primes et les honoraires au même titre que les primes Covid et les primes "haut les cœurs" à l’époque. Je crois qu’au début "les haut les cœurs" on faisait les rangs pour donner aux militaires mais après c’est passé sur leurs salaires. Moi je considère que ce sont des primes. Dans les autres cas tels que je cite, les primes sont données par l’Etat. C’est donc mieux réglementé et mieux coordonné. Ici, il faut identifier ce que l’Etat donne comme pourboire et ce que le privé donne comme pourboire. Et ma position dessus est qu’il doit avoir de la traçabilité », fait-il savoir.

Avant d’expliquer : « Parce qu’on a beau appliqué la convention, en Côte d’Ivoire les salaires des journalistes vont de 200 000f à 1,5 million. Les salaires ne sont donc pas élevés. Mais pourquoi on ne peut pas gagner plus dans ce métier-là ? Pour cela il faut travailler pour instaurer les primes. Bien perçu ou mal perçu, perception honteuse en dehors du code de la déontologie, humiliation ou pas, toujours est-il que les per diem c’est entre 250 000, 500 000 voire 2 millions par mois par journaliste, sans oublier les frais non déclarés telle que les petits cadeaux ici et là. Il y a donc de l’argent qui circule qui constitue le double ou le triple même du salaire du journaliste. »

. Comme on le constate, chacun à sa perception sur la pertinence et la légitimité de cette pratique. Toujours est-il que les per diem permettent aux journalistes, dans leur large majorité d’arrondir les fins du mois. En tout état de cause, cette question qui est désormais un serpent de mer, ne pourra être tranché définitivement qu’au cours d’états généraux de la presse ivoirienne. 

Content created and supplied by: Pierre_Ephèse (via Opera News )

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