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La multiplication des viols et autres crimes inquiète en Côte d'Ivoire

La semaine a été marquée par le meurtre de cette étudiante, assassinée de sang froid par des individus à Bouaké, au centre de la Côte d'Ivoire. Elle aurait été violée avant d'être tuée, selon plusieurs versions. Les plateformes sociales en ont largement fait écho. Après l'aveu du conducteur de moto-taxi (le complice appréhendé par les forces de l'ordre), les motivations réelles de ce geste restent encore à élucider. Hélas, le mal est fait. Et cette autre barbarie s'ajoute à la liste déjà longue des victimes d'agression, de vol, de viol... dans le pays en 2021.

Au-delà de l'indignation, de l'émotion et des interrogations que suscitent de tels actes affreux, il serait peut-être temps de voir comment lutter plus efficacement contre le banditisme, surtout les cas de viol qui ont clairement explosé en Côte d'Ivoire depuis début 2021. Cela est inquiétant, ainsi que nous l'écrivions dans un précédent article (Lire : https://www.operanewsapp.com/ci/fr/share/detail?news_id=4739f7fffc6fad88d9a422ce7960cf62&news_entry_id=s748ae50e210930fr_ci&open_type=tanscoded&request_id=news_25ccff88-60c0-40b6-9b2e-21e0b5cc050b&from=news).

On le sait tous et ce n'est pas mauvais de le rappeler, que deux enseignantes ont été violées en l'espace d'un mois. L'une à Sandégué, au nord-est du pays (dans la nuit du 6 au 7 octobre) tandis que l'autre a subi le même sort à Minignan au nord-ouest, le 15 novembre dernier. Ce viol a été commis par un adolescent âgé seulement d'une quinzaine d'années, selon les différents récits.

Avant cela, fin septembre dernier, un groupe de chrétiennes ont été agressées sexuellement par des bandits, à la Riviera Bonoumin. Récemment, le 18 novembre, la presse et les réseaux sociaux ont abondamment relayé le cas du viol collectif dont a été victime une jeune lycéenne de 14 ans dans une résidence meublée à Yopougon. 

En mars, une jeune fille est morte des suites de lésions internes après son viol par plusieurs individus dans une résidence meublée à Angré (9ème Tranche). Pour cette affaire, la police criminelle a mis la main sur un homme âgé de 28 ans, le 21 avril. Cet homme qui n'est visiblement pas un enfant de chœur, ni à son premier forfait, a reconnu les faits. Il a déclaré aux enquêteurs qu'il mettait de la drogue dans la boisson de ses victimes pour les "affaiblir", avant de les agresser et emporter leurs biens (argent, téléphones, etc.). Mieux, il a été identifié formellement par une trentaine de victimes, sur lesquelles il aurait exercé chantage, viol, séquestration, administration de substances nuisibles à la santé, etc. L'agresseur se faisait aider par deux acolytes dont une jeune fille. Toute une organisation, dans le but de voler et de violer. Au vu du palmarès, on peut penser qu'il a opéré pendant longtemps, alors que ses nombreuses victimes sont quant à elles marquées à vie.

Tel un homme pense, tel il agit. On peut aussi paraphraser pour dire que les mauvais actes posés dans notre société ne sont que le reflet de l'insconscient collectif. Nous sommes tous responsables, d'une manière ou d'une autre, de la déliquescence ou du bon état de nos communautés, chacun à un certain niveau. En l'occurrence, nous sommes coupables de laxisme. Coupables d'avoir fermé les yeux depuis longtemps sur les frasques de notre jeunesse en manque de repères. Coupables d'avoir laissé prospérer le phénomène du "broutage" ou cybercriminalité dans nos quartiers. Un phénomène qui a même été à la mode et dont des parents étaient bien complices, du moment qu'ils profitent des largesses de ces jeunes "voleurs". Coupables de corruption, en payant par exemple des places à des concours au lieu de faire valoir la compétence. Coupables de vol et de détournement de deniers publics. Coupables de l'inversion des valeurs, en exposant et valorisant sur les plateformes sociales des individus qui n'ont que l'injure à la bouche pour se faire de l'audience. Coupables de trop de choses encore ! Comme on le dit si bien en Côte d'Ivoire, "si on veut tout citer, on va pas quitter". Et ce sont ces menus détails, l'air anodin, qui se sont accumulés au fil des années, patiemment, pour devenir aujourd'hui des habitudes, une sorte de seconde nature. Si bien que cela s'est installé dans l'inconscient. Voilà pourquoi certains pays ne badinent pas avec la discipline. 

La Chine est par exemple l'un des pays les plus peuplés au monde. Elle aurait toutes les raisons de se dire débordée par la surpopulation et les problèmes. Mais il n'en est rien, au contraire. Il ne viendrait à l'idée de personne de se conduire comme il veut, "et puis ça va pas quelque part". Non, en Chine ça arrive bien quelque part ! Et il y a une bonne réponse, pour mettre les récalcitrants au pas, de gré ou de force. Cela a le mérite d'instaurer un certain ordre, tout en incitant la jeunesse au travail. N'est-ce pas cette Chine qui nourrit aujourd'hui une partie du monde, fourni des appareils électroniques, électroménagers, réalise de grands ouvrages dans plusieurs pays en Afrique ? Pendant ce temps, la majorité de notre jeunesse, l'insolence chevillée au corps, écume maquis et autres boîtes de nuit en s'imaginant que la seule façon de réussir est de faire le "zamou", des rituels supposés attirer la richesse. Une pratique héritée sans doute des "brouteurs". Et cela n'est rien d'autre que les conséquences de la pauvreté. Mais rien ne tombe du ciel, encore que l'État ne peut tout faire. L'argent est le fruit d'une idée intelligente sagement mise en œuvre et exécutée pas à pas, avec patience et abnégation. 

Le fait de s'en prendre à un animateur qui est allé jusqu'à mettre en scène un viol lors d'une émission, c'est s'attaquer aux feuilles de l'arbre au lieu des racines. Notre société est bien malade. Il faut avoir l'honnêteté de le reconnaître, afin de trouver des remèdes idoines. 

(Des cannettes et bouteilles d'alcool fort, jonchant la table de la chambre où la jeune fille de 14 ans a été violée, à Yopougon)

Et c'est tout le système, depuis l'école jusqu'aux cadres, les adultes, en passant par les autres couches sociales qui souffrent de cette gangrène. Qui sont les modèles des jeunes de nos jours ? Il n'y a qu'à bien regarder autour de nous. Que faut-il attendre d'une société, lorsque les règles de morale sont foulées aux pieds telles de vieilles chaussettes ? Dis-moi qui t'influence et je te dirai qui tu es.

Si nous acceptons de montrer à la télévision des scènes de débauche, si nous faisons écouter des musiques insensées à la jeunesse sous prétexte que ça marche, si nous inversons les fondements, il n'est pas étonnant que l'on en arrive à des comportements choquants. 

Il est vrai que tous les pays du monde sont confrontés à l'insécurité (l'argument passe-partout de certains dirigeants comme échappatoire). Mais le bon sens voudrait tout de même que l'on reconnaisse qu'un cap semble avoir été franchi en Côte d'Ivoire et qu'il faudrait punir pour l'exemple.

Les campagnes de sensibilisation à l'endroit des femmes sont aussi utiles. Une jeune femme comme la championne de taekwondo Ruth Gbagbi est d'un excellent apport. Elle organise des ateliers de self-défense au profit des jeunes femmes. C'est peut-être une goutte d'eau dans la mer, cependant l'athlète a le mérite d'apporter sa contribution, à son niveau. Il faudrait également que les jeunes femmes prennent conscience de certains dangers qu'elles courent, lorsqu'elles répondent par exemple à des invitations dans des lieux qu'elles ne connaissent pas ou qui sont peu fréquentés. Aussi, faut-il éviter de consommer des repas ou boissons en compagnie d'hommes qu'elles connaissent peu ou pas du tout. Éviter d'emprunter des véhicules de transport en commun à certaines heures tardives. Toujours indiquer à un proche où l'on part et en compagnie de qui, lorsqu'on quitte la maison, etc. La prudence est mère de sûreté. En attendant, comme le dit un proverbe africain : "les pintades regardent celle qui les guide". Comprenne qui pourra. 

Content created and supplied by: Fatogoma (via Opera News )

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