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Al Moustapha : discussions autour d'une demande de libération ?

À en croire des informations distillées depuis dimanche 29 août, un groupe de personnes se seraient constituées en collectif pour aller rendre visite à Moustapha Aladji Touré, alias Al Moustapha. Ce dernier est écroué à la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan, pour des raisons que tout le monde sait. S'il s'y est retrouvé, c'est certainement pour une bonne raison.

Si l'on s'en tient aux éléments du dossier d'instructions rendus publics en partie par le Procureur de la République, Richard Adou, les faits sont assez graves : faux et usage de faux commis dans des documents administratifs, escroquerie, corruption et blanchiment de capitaux. Le préjudice financier s'élevant, quant à lui, à plus de 100 millions de francs CFA.

Mieux, des représentants de nos collectivités territoriales (c'est-à-dire des Sénateurs supposés contrôler l'action de l'État) seraient aussi trempés jusqu'au cou dans ce qui s'apparente à un réseau d'escroquerie. Dans quel but ? On pourrait espérer que les mis en cause livrent plus de détails lors du procès. Mais rien n'est moins sûr. L'on se souviendra qu'au moment où l'affaire a commencé à sentir le roussi, "Al Moustapha" s'est illustré dans une vidéo le 26 août, à quelques heures de son interpellation. Il a expliqué dans cette vidéo qu'il ne citerait aucun nom, car l'une des personnes (apparemment influente à l'époque) qui était au courant de ses agissements serait décédée. Soit. Mais les faits semblent établis. Le processus judiciaire est enclenché, en tout cas pour ce qui le concerne, puisqu'il est placé sous mandat de dépôt.

C'est dans ce contexte qu'intervient le collectif qui est allé lui rendre visite en prison le weekend dernier. L'histoire aurait peut-être pu en rester là, si ces personnes ne s'étaient pas crues obligées de solliciter publiquement la libération du prévenu. Et de quel collectif parle-t-on ? Une flopée d'artistes conduits par l'un des leurs. L'argument en "béton" mis avant pour justifier la démarche tient aux nombreux bienfaits que l'homme aurait commis, par le passé. Rien que pour cela, ils souhaitent donc que la justice soit clémente, en lui permettant au moins de regagner ses appartements douillets. Ils en appellent même au secours du président du chef de l'État. Voilà comment certains d'entre nous raisonnent dans ce pays. 

Au nom de qui le collectif parle-t-il ? Passe encore des membres du Sénat ivoirien directement concerné, mais un groupe d'artistes. De qui se moque-t-on ? Cette façon de faire a des allures d'une tentative d'interférence dans un dossier judiciaire en cours. 

Tout compte fait, la démarche tient plus à l'aspect symbolique de la solidarité à l'endroit d'Al Moustapha qu'à une demande formelle digne du nom. Al Moustapha ou encore "Al Forceur" (pour ceux qui le connaissent depuis Bouaké) est connu pour son altruisme dans le milieu du show business en Côte d'Ivoire où il a réussi à se faire des amis. Mais cela est-il suffisant ? Aucun magistrat sérieux, dans un État de droit ne saurait se laisser embobiner par la mise en scène à laquelle l'on a assisté. Aucune chance également que le chef de l'État, Alassane Ouattara intervienne personnellement dans le dossier, au nom de la séparation des pouvoirs. Le Procureur de la République Richard Adou devrait (sauf cataclysme) poursuivre la procédure, en faisant déférer les Sénateurs impliqués après une autorisation de l'institution dont ils sont membres.

La maxime est connue de tous, nul n'est au-dessus de la loi. Autrement, si l'affaire en restait là, sans suite, cela voudrait dire qu'en Côte d'Ivoire chacun peut se permettre de vivre en parfait hors la loi, comme il veut. Et cet exemple serait désormais un joli prétexte pour défier justement la loi.

Content created and supplied by: Fatogoma (via Opera News )

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