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Libération de Gbagbo, poursuites contre le camp Ouattara... : le président des victimes se confie

  Issiaka Diaby, président du Collectif des victimes de Côte d’Ivoire (CVCI) a bien voulu accorder un entretien à Opera News, le vendredi 2 avril 2021. La plateforme a passé en revue toutes les questions d’actualité liées aux victimes de la crise post-électorale de 2010 et 2011.

  

Le 31 mars dernier, la chambre d’appel de la Cour pénale internationale a acquitté définitivement l’ex-président Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, quelles sont vos impressions en votre qualité de président du Collectif des victimes de Côte d’Ivoire (CVCI) ?

 Il y a eu 3 000 morts et la justice pénale internationale a enquêté pendant 8 ans. Aujourd’hui, il y a des acquittements, personne n’est poursuivi. Face à cette situation que voulez-vous qu’on dise ? Je suis attristé de voir que les deux qui ont été poursuivis ne sont pas coupables. Passer entre les mailles de la justice parce que le procureur a failli à sa mission ne veut pas dire que Gbagbo n’a rien fait. Je vais caricaturer. Quelqu’un commet un acte de vol avec violence, sa victime est gravement blessée. Cette victime va se faire soigner au village sans avoir pris de certificat médical pour ensuite porter plainte pour violence. On arrive devant un juge et la victime n’arrive pas à présenter un certificat médical qui est un élément de preuve. Pourtant, c’est sur la base de ce certificat médical que le juge se prononce. C’est la même chose qui s’est passée à la CPI. Aujourd’hui, ne pensez pas Laurent Gbagbo, ne pensez pas vos leaders d’opinion. C’est ce qui nous fatigue en Côte d’Ivoire. Le culte de la personnalité est devenu une panacée. Pensons aux populations victimes, elles sont nombreuses qui souffrent dans leur chair. Ce qui est important, c’est ce qu’il faut faire pour les apaiser.

 Dans ce cas, qu’est-ce que vous préconisez pour un retour définitif à la paix ?

Les décisions de justice s’exécutent. Simone Gbagbo a été acquittée, la décision a été exécutée. La Cour pénale a acquitté Laurent Gbagbo, la décision a été exécutée. S’il est poursuivi ici et condamné, que la décision s’exécute. Il ne faut pas que les gens pensent que notre justice est celle d’une République bananière. Quand elle prend des décisions, que ces décisions s’exécutent. Maintenant s’il y a des voix de recours, qu’elles soient empruntées. Personne n’est au-dessus de la loi. Aujourd’hui, c’est Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, demain ce sera quelqu’un d’autre. Ces crimes commis en Côte d’Ivoire ne peuvent être proscrits. S’ils ne répondent pas aujourd’hui parce qu’ils ont le pouvoir dans le rapport de force, demain ils vont répondre. Il y a des femmes qui sont traumatisées parce qu’elles sont victimes de violences sexuelles, certaines ont perdu leurs foyers. Des enfants se retrouvent à la rue parce qu’ils ont perdu leurs parents. D’autres sont appelés « enfants en confit avec la loi ». Sur ce chapitre, je voudrais demander aux Ivoiriens de se focaliser sur notre quotidien et de laisser les politiciens dans leurs élucubrations. Il faut que les Ivoiriens s’asseyent pour se parler, faire une introspection profonde. Il faut se parler pour s’accorder le pardon. Charles Blé Goudé l’a fait en donnant le ton dès le lendemain de sa libération… Il faut le traduire dans les actes. Je vais vous faire une confidence. Au procès de Simone Gbagbo, lorsque la parole a été donnée à une victime, elle a profité de l’occasion pour se vider. A la fin, elle-même a constaté qu’elle avait trop parlé et qu’elle s’est vidée. C’est réparateur le fait de donner la parole aux victimes pour s’exprimer sur leurs ressentis. Quel mécanisme les Ivoiriens mettent en place pour que la question du catharisme soit une réalité ? La justice pénale ne poursuit pas un Etat. Si Ouattara a commis des crimes, ayez le courage de dire que Ouattara a commis des crimes. Si Bédié a commis des crimes parce qu’ils étaient alliés en ce moment-là, dites que Bédié a commis des crimes.

 Qu’est-ce que vous faites véritablement pour que les victimes dont vous parlez aient gain de cause, étant donné qu’il y a deux camps opposés ? N’aurait-il pas fallu que tous les camps soient entendus ?

 Depuis notre création en 2001, nous sommes engagés dans tous les processus en cours censés faire obtenir aux victimes justice. Mme le procureur de la Cour pénale internationale a bien précisé que les enquêtes sont en cours en Côte d’Ivoire. Dès l’instant où il y a enquête, que voulez-vous que je fasse ? Ceux qui savent que Pierre ou Paul ont commis des crimes, qu’ils s’orientent vers la Cour pénale internationale. Dès lors qu’on nous apprend qu’il y a des enquêtes, suivons-les. Ce que nous pouvons dénoncer, c’est que les enquêtes tardent à déboucher sur une suite judiciaire.

 Une certaine opinion vous reproche de rester indifférent face aux victimes du massacre de Duékoué, qu’en dites-vous ?

Dans l’affaire du massacre de Duékoué-Carrefour, nous avons patienté et aujourd’hui, le procès vient de s’ouvrir avec Amadé Ouérémi qui fait face à la justice. Pour vous, Pierre a été jugé donc il faut automatiquement juger Paul. Mais non, ce n’est pas de cette façon que les choses évoluent. La justice est un chemin de longue haleine. Depuis le bombardement de Bouaké il y a 16 ans, c’est maintenant que le procès a lieu. Soyons patients. Il faut éviter d’utiliser les procédures judiciaires à des fins politiques pour diviser les Ivoiriens.

 

La rédaction

 

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