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Col Sangaré ( DG de la Sodefor) : « Voici ce que feu Houphouët-Boigny nous a confié avant sa mort »

Reconstitution du couvert forestier, Colonel Mamadou SANGARE (Directeur Général de la SODEFOR) :  «Nous devons faire en sorte que la Côte d'Ivoire redevienne un pays de reboisement »

 

Créée par décret N°66-422 du 15 novembre 1966, la Société de Développement des Forêts (SODEFOR) est chargée de l’aménagement des forêts classées afin de leur permettre d’assurer leur fonction d’équilibre écologique, économique et socio-culturelle. De manière spécifiques, il s’agit d’assurer la protection, la surveillance, le reboisement et la valorisation des produits forestiers et de son expertise. Son Directeur général, le colonel Mamadou Sangare, ingénieur des Eaux et forêts, nous en dit plus sur le fonctionnement de la Sodefor.

Sodefor, quelle est donc sa mission nationale

Mettre en exergue l’importance de la reconstitution du couvert forestier et les stratégies mises en place pour l’atteinte de cet objectif, reste le but majeur de la Sodefor, qui s’y attèle nuits et jours. Pour ce faire, il est impératif de connaitre de fond en comble la forêt ivoirienne, que nous détermine le Colonel Mamadou Sangare, ingénieur des Eaux et forêts. « En Côte d’Ivoire, selon le nouveau code forestier, la forêt est un espace naturel dynamique d’au moins 0,1 hectare, à l’exception des formations agricoles. Il faut que le houppier de ces arbres puisse couvrir au moins 30% de cette superficie et à terme, il faut que les arbres puissent atteindre une hauteur de 5 mètres au moins. Ce sont ces trois éléments mis ensemble qui permettent de définir la forêt. En ce qui concerne la forêt ivoirienne, vous me donnez l’occasion de corriger une information majeure parce que souvent l’on utilise à tort certains chiffres qui, en principe, ne doivent pas alarmer. Quand l’on parle de 16 millions d’hectares, c’était la moitié de la Côte d’Ivoire. Sinon la Côte d’ivoire, c’est environs 32 millions d’hectares. Entre temps, le pays doit se développer. C’est pourquoi, la Côte d’Ivoire a utilisé une partie de la forêt pour le faire, à savoir assurer son développement agricole, son développement social, économique et culturel. Mais aujourd’hui, la population ivoirienne est estimée à plus 25 millions de personnes, contre moins de 5 millions à l’indépendance. Ce qui accroit d’autant les besoins. Si je m’en tiens à l’estimation selon laquelle la forêt est passée de 16 millions d’hectares en 1900 à 3,5 millions d’hectares aujourd’hui, nous avons donc un gap de 3 millions d’hectares », nous instruit le DG de la Sodefor. Pour qui, « en réalité, c’est cela le problème et c’est ce déficit que la nouvelle politique doit s’atteler rapidement à combler. Si nous arrivons à stabiliser la superficie de la forêt en Côte d’Ivoire autour de 6 500 000 hectares, nous avons déjà atteint les 20 pour cent du territoire et à cela s’ajouteront les initiatives privées. Non, Les Ivoiriens n’ont pas à trop s’alarmer. C’est plutôt le gap que nous devons chercher à combler ». Ainsi pour une excellente compréhension des choses, nous explique la nouvelle politique nationale de préservation, de réhabilitation et d’extension des forêts. « La nouvelle politique est le fruit de réflexions conduites par des experts sur le sujet, dans le but de développer une stratégie consensuelle de gestion durable des forêts prenant en compte principalement la préservation de la biodiversité, l’entretien d’un climat favorable au développement des activités socio-économiques et forestières et le respect des engagements internationaux. Ce qui a véritablement changé, c’est l’association des populations et des opérateurs économiques dans la mise en œuvre de la politique forestière. C’est une nouvelle politique qui fait une place importante aux populations, aux opérateurs économiques comme les chocolatiers pour qu’ils puissent contribuer à la reconstitution du couvert forestier », explique-t-il. Tout en poursuivant d’ajouter : « Dans cette nouvelle stratégie, l’on parle des agroforêts, des concepts qui n’existaient pas. Cette nouvelle politique met aussi un accent sur la répression parce que la première politique n’était pas assez répressive. Au moment où nous avons pratiquement perdu une bonne partie de notre couvert forestier, il faut décourager les personnes qui prennent un malin plaisir à le détruire ». Car dira-t-il : « la Côte d’Ivoire a enregistré des performances dans divers domaines, notamment celui de l’agriculture ; notre pays est 1er producteur mondial de cacao et 1er producteur d’anacarde… Mais cela s’est fait au détriment de la forêt. Il faut donc faire appel à tous ces acteurs pour qu’ils puissent contribuer à la reconstitution du couvert forestier. Les forêts permettent de protéger les sols contre l’érosion ». Il appelle également tous les acteurs à une prise de conscience pour une lutte efficace contre le changement climatique. Par la préservation des forets qui jouent à la perfection le rôle de filtre en absorbant les effets nuisibles CO2 que nous rejetons dans l’air. « Les forêts sont au cœur de la lutte contre le changement climatique et son premier rôle est la purification de l’air que nous respirons. Les arbres absorbent le CO2 que nous rejetons dans l’air (ndlr : CO2 est la formule chimique du Gaz carbonique) et rejettent de l’oxygène. C’est donc un filtre », fait-il remarquer. Avant de nous expliquer dans les moindres détails le rôle salvateur jouer par les forêts. « Les forêts permettent de protéger les sols contre l’érosion. Cela est plus perceptible aujourd’hui dans les zones côtières. Il y a des conséquences du changement climatique sur le développement agricole. Aujourd’hui, au moment où nous nous attendons à la pluie, on n’en reçoit pas et au moment où nous n’en voulons pas, on en reçoit. Ce qui perturbe énormément le calendrier cultural. Il y a également les pluies violentes et les différentes catastrophes. Par le passé, malgré l’abondance des pluies, l’on n’avait jamais connu les inondations que nous connaissons aujourd’hui. D’une façon générale, la couverture forestière constitue un écran pour pouvoir gérer ces différents aspects notamment le climat dont notre vie dépend entièrement », développe le Colonel Mamadou Sangare, DG de la Sodefor, dans une interview qu'il a bien voulu accorder à www.reddplus.ci.

Forêts ivoiriennes : SODEFOR, OIPR, Ministères de l’environnement et des Eaux et forêts, qui fait quoi, pourquoi et comment ?

Aussi mettra-t-il à nu le fonctionnement pratique de la Sodefor avec l’appui des différentes structures impliquées dans la gestion des forets ivoiriennes et leur rôle clé qu’elles jouent. « Plusieurs acteurs interviennent dans la gestion du patrimoine forestier. D’abord au niveau de la définition de la politique. Cette tâche revient aux ministères de tutelle à savoir le Ministère en charge de l’environnement et le Ministère des Eaux et forêts. Le deuxième acteur qui intervient, c’est la Sodefor qui gère les forêts classées estimés à 4 200 000 hectares pour 234 forêts. Nous, en tant que structure de mise en œuvre de cette politique, nous contribuons à la définition de ces politiques. Les réseaux des parcs et réserves sont gérés plutôt par l’Office ivoirien des Parcs et Réserves pour une superficie de l’ordre de 2 100 000 hectares. Ces deux superficies représentent 6 300 000 hectares. Si vous faites un calcul par rapport à la superficie globale de la Côte d’Ivoire, vous êtes autour de 20 pour cent. C’est tout cela qui constitue le patrimoine de l’Etat. Donc le colonisateur, avant même l’indépendance, avait prévu le développement de la Côte d’Ivoire. Sur plus de 32 000 000 ha que représente la superficie de la Côte d’Ivoire, les 6 300 000 hectares (superficie des forêts classées, parcs et réserves), s’ils étaient bien protégés, le pays en principe n’aurait pas besoin de faire des efforts supplémentaires parce que ces 20% lui aurait permis de demeurer un pays forestier », fait savoir le DG de la Sodefor. Selon lui les facteurs de la déforestation s’accordant à l’étude réalisée par le BNETD en 2015 avec l’appui de la REDD+, « l’agriculture vient en tête des facteurs de déforestation. 60 à 80 pour cent de cette déforestation serait le fait de la cacaoculture. C’est ce qui explique l’engagement des chocolatiers, à travers l’initiative cacao-forêt à venir au secours de la forêt, en vue de sa reconstitution ». Parce que, « la Côte d’Ivoire a utilisé une partie de la forêt pour se développer. Notre pays pour asseoir son développement, a porté son choix sur l’agriculture. Je crois que l’agriculture se porte bien à travers les cultures de rente. C’est ce qui est aussi malheureusement et principalement à la base de cette situation ». Alors, pour le professionnel des Eaux et Forêts, premier responsable de la Société de Développement des Forêts. Pour mieux appréhender la question de la gestion durable des forêts, « il faut cerner les différentes fonctions de la forêt qui sont environnementale, économique, sociale et culturelle. La gestion durable doit tenir compte de tous ces différentes fonctions citées. C’est pourquoi, par exemple, une exploitation forestière bien menée n’est pas source de déforestation ».

Raison d’exister de la SODEFOR

Raison pour laquelle la société qu’il dirige mène des actions idoines au quotidien pour la protection du patrimoine forestier. « La première des actions, c’est la surveillance. Les limites des forêts n’étaient pas toujours bien connues. Aujourd’hui, l’une des fonctions de la SODEFOR est de montrer les limites des forêts et les zones interdites. Dans cette optique, les agents doivent être continuellement sur le terrain pour éviter que les forêts ne continuent d’être envahies par les populations. Les agents des Eaux et forêts ne pourront réussir leurs missions que si les populations sont bien sensibilisées sur l’importance de la forêt et la nécessité de la préserver. Il faut donc amener les populations à en prendre conscience. La troisième action, c’est d’associer des outils modernes à la protection des forêts pour améliorer l’efficacité des agents sur le terrain. Enfin, l’une des actions les plus importantes et les plus connues est le reboisement qui consiste à reconstituer les espaces dégradés par l’action de l’homme », assure le DG de la Sodefor, le Colonel Mamadou Sangaré. Qui nous ciblera les perspectives de la Sodefor pour les années à venir. « La Sodefor est en train de faire une mutation assez importante. Dans le cadre d’un diagnostic au sortir de la crise, nous avons fait le bilan ; nous avons réalisé un audit stratégique au niveau de la structure et au niveau des partenaires pour voir comment se projeter dans l’avenir. Cela nous a permis d’élaborer un plan stratégique 2017-2020 et un business plan. Nous avons signé un contrat de performance avec l’Etat depuis janvier 2018 et c’est une première ! Ce sont désormais des relations contractuelles qui lient la Sodefor à l’Etat. Autrement dit, elle sera jugée sur les sujets pour lesquels elle s’est engagée, en fonction des moyens mis à sa disposition. Une des perspectives également, c’est de pouvoir stabiliser la situation des limites des forêts. Aussi, avons-nous pour devoir de sécuriser les forêts et mettre en place un programme de reboisement. C’est à cela que nous travaillons pour que la SODEFOR qui a été créée en 1966, redevienne une véritable structure de reboisement. Le plan de reboisement que nous avons élaboré, prévoit environ 35 000 à 40 000 hectares de reboisement par an. Ce qui va nous donner au moins 350 000 hectares dans les 10 années à venir si tous les moyens sont réunis. Ce projet relèvera la superficie totale reboisée à plus de 500 000 ha. Les reboisements ainsi constitués vont permettre de répondre à l’approvisionnement continu des unités de transformations. Une autre perspective assez importante également, c’est la modernisation de la structure. La forme de gestion va véritablement changer. Nous allons de plus en plus avoir recours à du matériel de technologie récente et à des drones, ce qui va entraîner moins de déplacement des agents sur le terrain. Nous allons passer d’une gestion traditionnelle à une gestion informatisée des forêts. Nous devons faire en sorte que la Côte d’Ivoire redevienne un pays de reboisement », insiste-t-il sur cet aspect. Tout en rappelant cette maxime que feu le président Félix Houphouët BOIGNY, nous a confié avant sa mort, qui disait que : « si une génération a disposé de la forêt ivoirienne pour assurer l’essor économique et social du pays, celle qui lui succède doit désormais s’attacher à la reconstituer, tant pour sauvegarder notre environnement naturel que préserver notre bien-être ». Tel est le défi que notre génération devra relever, nous dit le Colonel Mamadou Sangaré.

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