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CPI:l'affaire Gbagbo, nouveau révélateur des faiblesses du bureau du procureur


La chambre d’appel de la Cour pénale internationale a recemment confirmé les acquittements prononcés en faveur de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé en janvier 2019. Les deux hommes sont désormais totalement libres. Mais l’affaire aura jeté une lumière très crue sur les profonds dysfonctionnements du bureau du procureur et aura terni le bilan déjà fragile de la procureure Fatou Bensouda. Son successeur, Karim Khan, est donc attendu en juin pour réformer. 


L’affaire avait tous les atouts pour donner à la Cour le crédit dont elle rêve. Un ancien chef d’État ainsi que son ex-ministre sint placés au banc des accusés et jugés pour des crimes perpétrés lors d’un conflit dont l’apogée n’aura duré que quatre mois, et jouissant d’une coopération assurée.

L'affaire aura réunit tous les ingrédients des échecs de l’accusation. Un cocktail d’instrumentalisation politique et d’enquêtes menées sans veritable expertise et sans vérifications, de méconnaissance reelle du terrain et de lecture superficielle du conflit. Pour bon nombre d’observateurs de la Cour et de juristes, une justice qui acquitte n’est pas défaillante. Mais quand non-lieux et acquittements se succèdent, Un échec dont les origines sont à rechercher dans les fondations même du bureau du procureur, bâties par le premier élu de cette Cour établie en juillet 2002, Luis Moreno Ocampo, dont la gambienne fut l’adjointe.


Le chef de milice a été condamné pour avoir enrôlé des enfants dans ses troupes. Mais le premier témoin de l’histoire de la Cour avait dû avouer à la barre avoir menti aux enquêteurs, alors que dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) avait été organisé un lucratif commerce de témoins. Si Thomas Lubanga fut finalement condamné, la Cour enregistrait le premier acquittement dès le second procès. 

S’ensuivent alors les premiers non-lieux d’affaires qui ne passent pas la mise en accusation, contre Idriss Abou Garda, le rebelle soudanais, ou le Rwandais Callixte.

Sur le papier, l’affaire Kenya avait des allures de mini Nuremberg. L’affiche était impressionnante, alignant six accusés, ministres et chefs de la police.

Le président kényan s’en sortira par un non-lieu en décembre 2014, comme les cinq autres suspects.

La libération de l’ex-vice-président de la République démocratique du Congo (RDC) commence enfin à faire ciller les 123 États parties à la Cour, ceux-là même qui la financent, et les ONG.


L’échec de la procureure dans l’affaire Gbagbo n’est donc pas un accident de parcours. Mais avec l’affaire Bemba, ce dernier épisode des mésaventures de l’accusation a alerté les 123 États parties à la Cour. Son Assemblée a donc décidé, en 2019, de conduire une forme d’audit, sous l’autorité du juge sud-africain Richard Goldstone, ancien procureur général des tribunaux internationaux pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda.

Le 9 novembre 2020, il remettait un rapport de 348 pages à l’Assemblée. Dans la partie réservée à l’accusation, le diagnostic est sévère, mais juste. Les auditeurs relèvent l’« absence de planification stratégique à long terme » dans les enquêtes. Estiment que sans plan et sans vision d’ensemble, « les équipes travaillent sans orientations précises et en sont réduites à un processus de prise de décision réactif. » Soulignent que les enquêteurs ne restent sur le terrain que deux à trois semaines, par roulement, et jugent la méthode « inefficace », ajoutant qu’elle « doit être complètement remanié », d’autant qu’elle conduit à une « méconnaissance des pays » où sont conduites les enquêtes.

Les experts s’appuient notamment sur l’affaire Gbagbo. Dans la décision d’acquitter, le président de la chambre de première instance, Cuno Tarfusser, écrivait que « des témoins de tous les milieux sociaux ont contribué à brosser devant la Chambre un tableau de la Côte d’Ivoire tout simplement incompatible avec celui dépeint par le procureur ».

Content created and supplied by: Politologue2.0 (via Opera News )

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