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Crise post-électorale/Comment Simone Gbagbo a vécu son emprisonnement à Odienné et à Abidjan

Simone Ehivet Gbagbo


Arrêtée en 2011 lors de la crise postélectorale, Simone Gbagbo avait été condamnée à 20 ans de prison pour « atteinte à la sureté de l’Etat ». Elle a donc passé sept années  en prison, à Odienné puis à l’école de gendarmerie d’Abidjan. Simone Gbagbo a été libérée le 8 août 2018, après avoir été amnistiée, deux jours avant, par le président Alassane Ouattara. On en sait désormais sur ses conditions de détention.

Lors du colloque international organisé à l’amphithéâtre de pharmacie à l’université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan sur le thème : « Docteur Simone Ehivet Gbagbo, de la citoyenne militante à la femme d’Etat », l’occasion a été donnée de découvrir ce pan resté secret de l‘histoire de l’ex-première dame.  Et c’est Mme Topé Marie-Christelle Epouse Kouassi, sa gouvernante, qui donne le témoignage croustillant.

Elle affirme que durant tout son séjour à Odienné, Simone Gbagbo s’est toujours souciée de tout le monde, même les FRCI qui la surveillaient. « Quand la femme d’un d’entre eux est  malade ou doit accoucher, c’est elle s’en charge. Elle contacte des médecins, donne des instructions pour qu’on s’en occupe. Ils ont tous fini par s’attacher à elle ». Le séjour à Odienné où elle était en résidence surveillée, a donc été, selon Mme Topé, doux et sans encombre majeur.

Mais avec son transfert à l’école de gendarmerie d’Abidjan, les choses changent. « J’ai été choquée de voir l’endroit où elle avait été logée. La maison qu’on lui avait réservée n’était pas encore prête. On l’a donc mise dans un préau, avec un matelas posé à même le sol. Ils ont une grande salle où ils organisent les mariages, les baptêmes  et autres événements. C’est là qu’elle était installée. Comme j’étais choquée, elle me disait : souvent, les gens font des choses par ignorance et il ne faut pas leur en vouloir. Nous avons donc passé deux semaines sous le préau.  Comme je me plaignais trop, elle m’a demandé de me calmer et elle a fait appel au colonel qui commandait l’école pour lui dire de la retirer de là à présent. Et le même jour, le colonel l’a transférée là où elle devait normalement être ».

La mauvaise réputation fera son effet. Comme Simone Gbagbo  avait été présentée comme une personne mauvaise, les gendarmes étaient sur leurs gardes et se tenaient loin d’elle. « Souvent, elle faisait la cuisine et me demandait de porter les repas aux gendarmes de garde. Ils refusaient et n’y touchaient pas. Mais maman Simone n’a pas arrêté de les servir. Trois mois après,  ils ont compris que ce que l’on avait raconté sur cette dame n’est pas vrai. A partir de là, ce sont eux-mêmes qui venaient réclamer à manger pendant les jours de fête comme la tabaski, ramadan, Pâque et les fêtes de fin d’année ».

Les relations sont donc au beau fixe entre Mme Simone Gbagbo et les gendarmes. Arrive enfin le temps du procès. Les audiences aux assises se succèdent, toutes plus décevantes les unes que les autres. Un jour, Mme Simone Gbagbo se déclare fatiguée et refuse de se rendre au tribunal. « Alors, les gendarmes ont venus me trouver pour me dire qu’ils ont appris que des agents allaient venir chercher Simone pour l’emporter de force au tribunal. Ils se sont donc mis à crier : ``On les attend, ils devront passer sur notre corps pour la faire sortir d’ici contre son gré, trop c’est trop ». Finalement, tout s’est bien passé. C’est  en 2013 que la jeune femme arrive à Odienné, aux environs de 20h. Avant de rencontrer sa patronne, elle ne la connaît que par la télévision. Et elle est envahie par la rumeur selon laquelle Simone Gbagbo est une femme méchante et sévère. « Mais maman m’attendait devant la porte de son salon. Elle m’a accueillie par : Alors, jeune fille, comment vas- tu ? Je me suis tout de suite demandée si c’est la méchante femme dont on parle, en me disant que c’est peut-être parce que je venais juste d’arriver ».

En arrivant à Odienné, Mme Topé ne savait ni lire ni écrire. Un soir, Maman Simone lui dit : « Il y a une semaine que tu es là. J’ai appris que tu es une femme de prière. Nous allons donc prier. C’est toi qui va lire la Bible ». Il y a  problème, elle ne sait pas lire. Mme Gbagbo qui est enseignante, n’accepte pas cela et se met à lui apprendre à lire et à écrire. « Et c’est à travers la Bible que Maman m’a appris à lire. Chaque fois que nous devions prier, elle me demandait de faire la lecture biblique ».

Et pour bien montrer qu’elle sait désormais lire, elle a lu devant les participants au colloque, un psaume biblique en hommage à sa « maman » Simone Gbagbo.

Paul D. Tayoro

Content created and supplied by: Paul-D-Tayoro (via Opera News )

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