Sign in
Download Opera News App

 

 

Désiré Sikely (ex-Éléphant footballeur) : "c'est le fétiche qui nous a éliminés à la CAN 1984"

La série d'interviews avec les anciennes gloires de la sélection nationale ivoirienne se poursuit. Après Jean-Michel Guédé Akenon, la semaine dernière, c'est Jean-Désiré Sikely qui se prête au jeu cette fois. L'ex attaquant des Éléphants de l'aventure 84 nous dresse ici un tableau sombre de cette période. Installé depuis de nombreuses années à Marseille en France, Désiré Sikely qui s'est reconverti dans le foot-business, se rappelle aux souvenirs de ses passages à l'Olympique de Marseille, à Montpellier, à Toulon et autres clubs français. Enfin, il fait un clin d'œil à son autre passion : la politique et parle des présidents Laurent Gbagbo, Henri Konan Bédié.

Après une carrière de footballeur professionnel en France, Désiré Sikely s'est reconverti dans le foot-business (crédit photos : Désiré Sikely).

Bonjour Désiré Sikely. Les Ivoiriens vous ont connu pour la première fois à l'occasion de la CAN 1984 qui s'est déroulée en Côte d'Ivoire. Ils découvraient ainsi "les blancs" comme ils appelaient les footballeurs comme vous qui mettiez les pieds pour la première fois en sélection nationale. Que de souvenirs pleins d'anecdotes ! N'est-ce pas ?

Désiré Sikely : Effectivement, c'est en 1984 que les Ivoiriens m'ont découverts. Sauf qu'à cette époque-là, j'étais en fin de carrière. Ça été pour moi une bonne expérience de servir mon pays. Dommage que j'ai été écarté de l'équipe face au Cameroun pour une histoire de fétiche...

Justement, cette histoire de fétiche a fait les choux gras de la presse de l'époque. Certains parlaient de féticheurs, de foulard blanc, etc. Racontez-nous.

Désiré Sikely: Comme je le disais, j'ai été écarté de l'équipe pour le match que nous devions livrer contre le Cameroun (le 2ème, après celui contre le Togo en ouverture de la CAN, ndlr). Sous prétexte que les Camerounais m'ont "attaché". C'était difficile à croire !

Les Éléphants posant pour la photo officielle lors de la CAN 84

Vous n'y croyiez pas ?

Désiré Sikely : Mais pas du tout! Et comme je ne croyais pas à ce que faisaient tous ces feticheurs lors de cette CAN, j'étais mal vu. Face au Cameroun, j'ai pensé que j'allais jouer. C'était mal les connaître. Ils avaient envoyé une cage remplie de colombes où chacun des joueurs devait prendre une colombe, parler et la laisser s'envoler. Arrivé à mon tour, la colombe meurt... (rires).

Ah bon! Et qu'est-ce qui s'est passé ?

Désiré Sikely : C'est à partir de ce moment-là qu'on m'a écarté de l'équipe. Face au Cameroun, on me dit si je joue, je meurt. Me voilà dans les tribunes avec les supporters. Et ce qui est marrant, c'est qu'après la victoire du Cameroun sur le score de 2-0, Roger Milla a dit à la presse que "la seule personne que son équipe craignait, c'était Désiré Sikely. Lorsqu'on a vu qu'il n'était pas sur la feuille de match, on a compris que le match était à notre portée". Vous comprenez!

"On m'a dit : si tu joues le match face au Cameroun, tu meurt"


Aujourd'hui que le temps a fait son effet et que la CAN 84 est loin derrière nous, dites-nous qui sont ceux qui vous ont interdit de jouer ce fameux match contre le Cameroun des Roger Milla, Abega Théophile, Joseph Antoine Bell...?

Désiré Sikely : Oh, ce sont les feticheurs qui ont dit aux dirigeants que je ne devais pas être sur le terrain. Et l'entraîneur David Duque (un brésilien, ndlr) a exécuté. C'est vrai que je ne pouvais pas culpabiliser les responsables qui nous accompagnaient.

Désiré Sikely, à droite sur la photo, arborant le maillot national en compagnie de Kuyo Téa Narcisse.

Quels types de rapports aviez-vous avec les dirigeants de l'époque du football ivoirien comme le ministre Laurent Dona-Fologo, Jean Brizoua Bi, le président de la FIF, Simplice Zinsou, Me Mondon Julien...?

Désiré Sikely : Durant la CAN, je me souviens que le Président de la République (Félix Houphouët-Boigny, ndlr) est venu nous voir à notre hôtel. Le président Simplice Zinsou (de l'Africa Sport, ndlr) m'a dit comme ça: "je vais chercher le Président". Je lui ai dit, "tu plaisantes ou quoi !" À ma grande surprise, il est venu avec lui dans sa voiture. Nous étions cinq personnes en plus du Président FHB. Ça été un grand jour pour moi!

Parlant des dirigeants, M. Laurent, (ministre de l'information, de la Culture, de la Jeunesse et des Sports à l'époque, ndlr), était pour moi un frère. Il m'a beaucoup aidé. C'est grâce à lui que j'ai rejoint l'encadrement de l'équipe nationale en tant qu'entraineur adjoint plus tard. Que son âme repose en paix !

Et depuis, beaucoup d'eau a coulé sous le pont. Vous n'êtes pas très connu dans le milieu footballistique ivoirien, si on peut le dire ainsi. 

Désiré Sikely : C'est vrai, je ne suis pas connu des Ivoiriens. Je suis parti très tôt en France, bien avant 1970; et à cette époque on n'appelait pas ceux qui jouaient en France en sélection. Je n'était pas venu en France pour jouer au foot. C'est par un heureux hasard que je me suis retrouvé footballeur. Parce que je ne pensais pas qu'on pouvait en faire son métier.

L'équipe de Montpellier avec, accroupi au centre, l'attaquant ivoirien.

Ah oui !

Désiré Sikely : Tout à fait ! Je suis donc arrivé à l'Olympique de Marseille par l'intermédiaire d'une personne qui me voyait jouer dans une équipe de quartier. C'est comme ça que j'ai été faire un essai. J'ai été retenu pour jouer avec l'équipe réserve en 1972-1973 jusqu'au jour où l'un des meilleurs buteurs de l'équipe, Josip Skoblar a été suspendu. On m'appelle pour le remplacer face au club de Sedan. Durant le match, je marque deux buts. À cette époque, il y avait un certain Marius Tresor (légende du football français), Magnuson, etc...

Après avoir fait plus de deux ans en tant que stagiaire professionnel à Marseille j'ai pas pu signer mon contrat pro vu qu'il n'était autorisé que deux joueurs étrangers sous contrat. Moi, j'étais la troisième personne. J'ai signé mon premier contrat professionnel de 4 ans au FC Toulon où j'ai passé 3 ans (1975-1978). Je suis revenu à Marseille pour un an puis de 1979 à 1985, j'ai joué à Martigue, Montpellier et Sète où j'ai eu de bons souvenirs. J'ai d'ailleurs sorti en 2013 un livre dont le titre est "La chance au bout du pied" (Saint Denis, Édilivre), C'est mon autobiographie. Vous pouvez y retrouver tout.

Après ce riche parcours en Europe, on est tenté de vous demander ce que vous devenez. Nous avons appris que vous dirigez une importante société de sécurité à Marseille.

Désiré Sikely : Sans vous mentir, je suis à la retraite. J'ai arrêté avec la société de gardiennage que je dirigeais. Je viens de créer avec l'un de mes enfants, Yann, qui a un Master en Droit sportif, une société de Marketing et de Management de suivi de carrière de jeunes talents de foot en partenariat avec des centres de formation et des agents sportifs. J'ai l'intention de me rendre à Abidjan bientôt pour une détection. Je profiterai pour jeter un coup d'œil sur le football féminin en Côte d'Ivoire. 

Et pourquoi le football féminin ?

Désiré Sikely : Tout simplement parce qu'au cas ou tu ne le saurais pas, j'ai été le président de la Commission du football féminin à la Fédération Ivoirienne de Football (FIF) sous la présidence de Brizoua Bi (1985-1988, ndlr). Il manque à notre équipe féminine les infrastructures pour mieux bosser afin de se hisser au niveau du Nigéria, du Cameroun et autres.

Quel est l'état de vos rapports avec vos anciens coéquipiers des Éléphants 84 ? Nous vous savons déjà très proche de Jean-Michel Guédé Akenon.

Désiré Sikely : Concernant mes rapports avec mes anciens coéquipiers Éléphants, disons que je ne vois pas grand monde à part Jean-Michel (Guédé Akenon, ndlr) avec qui je suis souvent en contact.

Qu'est-ce qu'il en est de votre intention de briguer la présidence de la FIF ? Pourquoi avoir abandonné le projet ?

Désiré Sikely : Oui, j'avais l'intention de me présenter à cette élection de la FIF mais j'ai préféré me rallier à Sory Diabaté au vu de son programme. Les trois candidats déclarés Sory Diabaté, Idriss Diallo et Didier Drogba ont tous de bons programmes. Mais celui de Sory Diabaté a un plus. J'ai fait un choix qui n'engage que moi. Merci.

Que pensez-vous de la mise en place par la FIFA du Comité de Normalisation (CN-FIF) dirigé par Mme Dao Gabala?

Désiré Sikely : Je ne veux pas me prononcer sur ce sujet.

Justement, quelle est votre appréciation du football Ivoirien et de sa gouvernance actuelle ?

Désiré Sikely : Oh, pas grande chose à dire. Nous les accompagnons dans leurs tâches. J'apprécie énormément le championnat. Nous avons de très bons joueurs.

Et la génération actuelle des Éléphants avec les Éric Bailly, Nicolas Pépé, Max-Alain Gradel, Wilfried Zaha, Hamel Diallo, Serge Aurier ...?

Désiré Sikely : Je suis heureux et fier de les voir jouer, ces Éléphants. Nous avons de grands joueurs. Ce sont tous des professionnels aguerris. Rien à dire.

Quittons le sport parce que les Ivoiriens ne le savent peut-être pas mais vous êtes aussi le président du Mouvement Écologique Ivoirien. Un parti politique créé en 2012. Que devient votre parti?

Désiré Sikely : Ah la politique! toi qui me tient. Je suis rentré en politique à cause du président Laurent Gbagbo. Et j'ai décidé de créer mon parti car je suis un Écologiste convaincu. 

L'ex international a sorti en 2013 en France un livre autobiographique.

Mais vous êtes aux abonnés absents du paysage politique ivoirien. Aucune participation aux différents scrutins électoraux : présidentielle, législatives et locales. Qu'est-ce qui se passe ?

Désiré Sikely : Un jour viendra où nous aurons des candidats aux différentes élections. Dis aux Ivoiriens que j'arrive. Je vais réorganiser tout ça avec une bonne équipe. Je t'enverrai mon programme au moment venu.

"Je suis rentré en politique à cause de Laurent Gbagbo"


Dites-nous comment et pourquoi le Président Laurent Gbagbo vous a poussé à entrer en politique ? 

Désiré Sikely : (rires) Oui j'ai été un militant du FPI au sein de la section de Marseille avant que Laurent Gbagbo ne soit président de la République. Je parle des années 90. À Marseille, c'est moi qui distribuait le journal "Le Nouvel Horizon" qui est devenu par la suite "La Voie". J'étais l'un des responsables de la section de Marseille avec d'autres camarades que j'aimerais pas citer.

Alors, dites-nous comment vous l'avez connu ?

Désiré Sikely : En fait, je ne l'ai jamais rencontré. C'est Kuyo Téa Narcisse (ex-défenseur central de l'Africa Sport d'Abidjan, passé professionnel en France plus tard, ndlr) avec qui je partageais la chambre en sélection qui m'a parlé de lui. Un jour, alors que nous étions à une réception au Palais présidentiel au Plateau, j'ai vu des collaborateurs du président Houphouët-Boigny se rapprocher de lui et lui parler à l'écart. Et quand j'ai voulu savoir ce qu'on lui voulait, Kuyo Téa m'a dit qu'il m'expliquerait.

Plus tard, Kuyo Téa Narcisse m'a dit que Laurent Gbagbo et lui étaient des amis; ce qui justifiait l'intérêt des services de renseignements Ivoiriens sur sa personne. Je précise que le Président Laurent Gbagbo était à ce moment-là un farouche Opposant au Président Félix Houphouët-Boigny.

Et quels sont actuellement vos rapports avec lui, son parti le FPI et ses proches ?

Désiré Sikely : Vous savez, je n'ai pas eu de rapports avec lui personnellement, mais je voyais en lui un grand homme. C'est grâce à lui que nous avons pu instaurer le multipartisme en Côte d'Ivoire. Par contre, j'avais de très bonnes relations avec ses proches. Jai toujours été proche de Gbagbo en quelque sorte. Lui, c'est un homme simple qui échangeait des mots avec tout le monde. Je trouvais qu'il ressemble au simple citoyen ivoirien. Je ne l'ai jamais vu ni salué pourtant, par la faute de certains de ses proches.

Et donc, j'ai milité au FPI pendant un bon moment avant de revenir au PDCI-RDA bien avant que le Président Laurent Gbagbo n'accède au Pouvoir en 2000. J'étais déjà retourné au PDCI-RDA.

Expliquez-nous ...

Désiré Sikely : Je suis revenu au PDCI-RDA sous le président Henri Konan Bédié, J'ai dirigé la section de Marseille du Cercle National Bédié (CNB). Chaque fois que le Président effectuait une visite en France, il nous rencontrait. Ça duré quelques temps puis j'ai décidé de créer mon propre parti qui est le Mouvement Écologique Ivoirien.

Président d'un parti politique d'obédience écologique, Désiré Sikely a plus d'une corde à son arc.

Pour revenir au président Laurent Gbagbo, comment avez-vous accueilli son acquittement à la CPI ?

Désiré Sikely : Holà la! (Rires) Ma femme et moi étions très heureux ici lorsque nous l'avons appris. On s'est fortement congratulés. C'était une vraie libération pour nous. Rendons grâce à Dieu ! Nous attendons maintenant le retour au pays du président Laurent Gbagbo et voir ce qu'il compte faire pour l'avenir de la nation. Je suis, cependant, peiné de la situation de son parti. Le FPI est un grand parti en Côte d'Ivoire et c'est désolant de voir l'état dans lequel il est actuellement. Comment le FPI peut-il avoir seulement 2 députés après les élections législatives passées ?

Quel est votre regard sur l'actualité politique nationale ?

Désiré Sikely : Bien que je sois à plus de 6000 km de mon pays, je scrute tous les faits et gestes de ceux qui nous ont gouverné et qui nous gouvernent. C'est le rôle d'un responsable politique. Et à partir de là, je peux m'exprimer, écrire et proposer mon programme de gouvernement au peuple ivoirien si mon parti, le Mouvement Écologique Ivoirien envisage se porter candidat aux futures élections présidentielles, législatives, sénatoriales, régionales et municipales.

Je suis un écologistes convaincu et mon souhait est de rencontrer les quelques partis Verts afin de nous rassembler et créer une fédération pour aller ensemble aux différentes élections. Je suis pour la paix. Ce que le Père de la Nation ivoirienne Félix Houphouët-Boigny nous a toujours appris.

Entretien réalisé par

Patrick Russel

Content created and supplied by: Patrick_Russel (via Opera News )

cameroun can 1984 henri konan bédié.. laurent gbagbo marseille

COMMENTAIRES

Chargez pour lire plus de commentaires