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Jamila Ben Baba : "Le développement du Mali et du continent se joue aussi dans notre assiette"

Mme Jamila Ben Baba PDG de Laham Industrie du Mali à cœur ouvert avec Opera News.


Pour s'arroger une place de choix dans le monde des affaires, Jamila Ben Baba, PDG originaire des contreforts septentrionaux du Mali, s’est inspirée du savoir ancestral et de l’une des richesses de son pays, le bétail. Sa structure, Laham industrie, spécialisée dans le domaine de la boucherie et de la charcuterie a pris une dimension sous-régionale et bientôt continentale. C’est donc à juste titre, que l’on a décerné à cette « serial entrepreneure » le prix d’entrepreneure XXX à l’occasion de la 11è édition des Bâtisseurs de l’économie africaine, ce jeudi 17 juin 2021, à Abidjan. Dans cette interview, elle revient sur son parcours, partage avec nous sa vision de l’entreprenariat et exhorte la jeunesse à devenir maitresse de son destin. 


Mme Ben Baba, vous avez été choisie parmi de nombreux entrepreneurs africains pour recevoir cette prestigieuse distinction, quels sont vos sentiments ?

Je ressens une grande fierté d’avoir reçu cette distinction parmi des cheffes et chefs d’entreprises aussi prestigieux. De surcroit, être ici en Côte d’Ivoire, poumon économique d’Afrique de l’Ouest pour représenter avec une de mes compatriotes [ndlr : Sirandou Diawara, architecte malienne également primée] les entrepreneurs du Mali, un pays qui traverse actuellement une phase difficile. »

 Que pouvez-vous nous dire sur les moments forts de cette cérémonie de récompense ?

Je me suis rendu compte que nous étions deux maliens, à être primées. Non seulement deux Maliens, mais en plus deux femmes ! C’est un symbole très fort de voir deux femmes d’un même pays être primées à ce niveau. Le Mali, en dépit des difficultés que le pays traverse, offre de nombreuses opportunités économiques.

 

Pouvez-vous nous dévoiler quelques moments forts de votre parcours qui, selon vous, ont joué en votre faveur de ce choix ?

Je dirais que le lancement d’un abattoir moderne halal certifie HACCP et ISO 22000 est ce qui a peut-être milité en ma faveur. Faire la transformation de la viande du Mali est un projet innovant, un projet qu’il est plus facile d’imaginer se réaliser en Europe qu’en Afrique. D’ailleurs, cet abattoir est le premier du genre en Afrique. Je pense que c’est ce projet qui a plu et qui a éveillé l’intérêt du comité organisateur mais, je pense qu’il faudrait leur demander directement (rires).

 

Pourriez-vous nous parler de votre société Laham Industrie dont vous êtes la PDG ?

Je suis Arabe et j’ai voulu rendre hommage à cette origine, a cette identité. Laham signifie « viande » en arabe. Laham c’est un abattoir moderne, halal, qui fait de la transformation de viande, mais aussi qui exporte de la viande sur l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Laham vise à s’étendre vers les pays du monde comme les Emirats et pourquoi pas un jour vers l’Europe. Nous sommes à peu près une centaine de personnes.

Pouvez-vous donner un peu plus d'informations sur l'abattoir. Votre management pourrait être utile.

La vétérinaire est une femme, et moi à la tête ainsi que la responsable qualité qui est également une femme. Le reste, ce sont des hommes. Cela s’explique par le fait que dans ce domaine, les bouchers sont des hommes. Mais de plus en plus on essaie de former certaines femmes.

Sont-ce vos origines sahéliennes qui vous ont guidés à la mise sur pied d’une telle entreprise ?

Tout à fait. Je suis du Mali plus précisément du Nord. Mon pays étant un grand producteur de bétail, c’est la raison pour laquelle j’ai voulu promouvoir la viande du Mali. Nous avons une longue tradition et un savoir ancestral d’exportateur de bétail. Mon projet, est d’inverser la tendance, apporter de la valeur ajoutée a des matières premières et d’exporter de la viande transformée plutôt que du bétail. Et enfin, faire découvrir et promouvoir la viande « Made in Mali » comme un produit haut de gamme et accessible que ce soit en Afrique de l’Ouest et sur l’ensemble du continent.

 

Pour être à la tête d’une aussi grande société, vous avez certainement connu des déboires, des difficultés et des échecs. Pouvez-vous en partager quelques-uns avec nos lectrices ?

C’est un projet innovant et comme tout projet innovant, il faut passer par beaucoup de phases, autant positives que négatives. Il faut faire connaitre son projet et convaincre les partenaires financiers par exemple. A ce niveau, nous avons rencontré beaucoup de problèmes. Ajoutez à ça qu’il n’est pas familier de voir une femme diriger une entreprise dans un domaine d’activités majoritairement masculin.

 

Pensez-vous que les entrepreneurs africains bénéficient suffisamment de mesures d’accompagnement de leurs gouvernants ?

Je dirai que compare aux autres pays du monde, on n’en bénéficie pas assez, mais cela nous pousse à être sans cesse créatif. Je cite en exemple le Maroc qui subventionne les projets tels que les nôtres. Aujourd’hui au Maroc, un abattoir perçoit une subvention pour que la population puisse bénéficier d’une viande propre, de qualité. Cette incitation à une politique de sécurité alimentaire instille un cercle vertueux bénéficiant autant a la population marocaine qu’aux opérateurs économiques.

Quels conseils pourriez-vous donner à ceux qui voudront suivre vos traces ?

Si vous croyez à votre projet et que vous êtes déterminés, il faut persévérer. Aucun projet n’est facile à réaliser. Il faut apprendre à contourner les problèmes, affronter les difficultés et vaincre les obstacles. Il y aussi, qu’il ne faut jamais se contenter de ce que l’on a accompli. Pour moi, je n’ai pas encore réussi et c’est ce qui m’anime chaque jour, qui me conduit à me battre âprement et à dépasser tous les obstacles qui se placent sur ma route.

Quels sont les défis qu’il faut relever aujourd’hui en Afrique pour booster les initiatives régionales ?

Il faut plus d’accompagnements de nos gouvernements pour pouvoir affronter la concurrence mondiale. A cet effet, nous avons besoin de solutions, d’accès à des financements adaptés. Le défi c’est de faire connaître, de prouver que nous sommes à même de fournir les mêmes qualités de produits que vous retrouvez sur le marché mondial.

Avez-vous d’autres projets pour l’Afrique et pour de jeunes africains qui constituent de plus en plus un vivier dans le domaine de l’emploi ?

 Comme je l’ai dit plus haut, ce domaine d’activité a besoin d’employés et employées qualifiés, ayant suivi des formations rigoureuses et sérieuses. Avec les équipes de la Banque mondiale et la SFI nous avons pour projet de sensibiliser et de former des jeunes pour développer et renforcer leurs compétences et leurs offrir des perspectives professionnelles et personnelles intéressante autant dans la boucherie que dans la charcuterie, c’est-à-dire la transformation. On essaie aussi de faire connaître notre réseau de distribution dans la sous-région qui s’appelle « Carré fermier ». Nouer des partenariats fait également partie de notre stratégie.

Je voudrais profiter de cette interview, pour insister sur l’importance de la sécurité alimentaire et montrer combien il est également vital pour les opérateurs économiques du secteur de la transformation d’obtenir des certifications. En ce sens, grâce a l’accompagnement et au travail effectue avec les équipes de la SFI du Groupe de la Banque mondiale au Mali nous avons obtenu la certification ISO 22000. Nous sommes la seule entreprise à avoir la certification ISO 22000, preuve de la qualité et de la traçabilité de nos produits. Je tiens à les remercier.

Interview réalisée par Elisabeth Goli

Content created and supplied by: ElisabethG (via Opera News )

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