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Grand-Bassam : L’activité économique en berne (reportage)

Les artisans crient famine


Dire que le secteur artisanal en Côte d’Ivoire est souffreteux est un truisme. Tant l’évidence crève les yeux. L’avènement de la pandémie du coronavirus a davantage plombé les activités de ce secteur, déjà en proie à d’énormes difficultés. Le week-end dernier, nous avons fait une incursion dans l’univers des artisans de Grand-Bassam pour nous en rendre compte. Suivez plutôt !

 

Samedi 30 Mai 2021. Il est 10 h30 lorsque nous décidons de faire une escale dans la ville mémoire de Grand Bassam. Patrimoine culturel de l’Unesco. Notre objectif : Toucher du doigt les réelles difficultés que vivent les pensionnaires du village artisanal situé à l’entrée de la ville en passant par l’ancien tronçon, ceux du centre artisanal installés sur le boulevard lagunaire du quartier France et des artisans bronziers installés dans le même quartier. De part et d’autres, le constat est le même. C’est pratiquement le même son de cloche. Les activités ont baissé de façon drastique. Il n’y a plus de touristes, donc pas de clientèle. Pour ne pas dire qu’il n’y a pratiquement plus d’activités. Selon Touré Ibrahim, sculpteur installé au village artisanal, les choses vont de mal en pis depuis quelques années. « On se débrouille pour survivre désormais. Cette histoire de pandémie du Covid-19 nous met vraiment en difficulté. J’exerce ce métier depuis plus de 20 ans aujourd’hui. C’est ma passion et c’est grâce à lui que je m’occupais comme il se devait de ma petite famille. Aujourd’hui, je peine à joindre les deux bouts. C’est pénible ce que je vis et je ne suis pas le seul. Faites le tour de mes collègues artisans, vous vous en rendrez compte. Ici (Ndlr : Bassam) nous tirons le diable par la queue », explique-t-il. Nous décidons donc de sillonner la quasi-totalité des ateliers installés aux abords de la voie. C’est le silence total. Les personnes qui passent par-là ne font que contempler les œuvres exposées avant de poursuivre leur chemin. Pas un seul potentiel acheteur n’est aperçu dans les environs.

 

Un décor à la fois triste et révoltant

Comme le sculpteur cité plus haut, plusieurs artisans qui essaient, tant bien que mal de proposer leurs œuvres artistiques chaque jour à une clientèle devenue de plus en plus rares, disent ne plus savoir à quel saint se vouer depuis l’avènement de cette crise sanitaire lié à la pandémie du coronavirus, doublée du manque criard d’activités touristique dans la cité balnéaire. Ahmadou Mohamed, artisan bijoutier que nous avons également interrogé abonde dans le même sens que son collègue : « Rien ne marche depuis cette crise mondiale. J’avais de nombreux clients dans des pays Européens. Notamment en Belgique ou se trouve le plus grand contingent. Nous nous appelions souvent, mais depuis plusieurs mois, c’est le silence total. Ils ne sont plus revenus en Côte d’Ivoire. Vous comprenez que c’est un manque à gagner pour moi. Comment je fais-moi pour combler ce grand vide ? » S’est-il interrogé avec un air désespéré et abattu. Pour sa part, le jeune Alexis Konan Kouassi, artisan bronzier, a mis les pieds dans le plat en essayant de donner une explication qui, somme toute, tient la route. « C’est le touriste qui fait vivre l’artisanat. Et sans touristes, sans voyage, il n’y a pas d’artisanat. On ne peut pas fermer les frontières terrestres, aériennes et vouloir que ce secteur d’activité prospère. C’est impossible. Donc je suis convaincu que tant que cette histoire perdurera, notre secteur sera en constante difficulté ». Idem pour le centre céramique ou rien ne bouge.

 

Tout est au ralenti

 

Les artisans que nous avons trouvés sur place disent ne plus parvenir à écouler leur création eu égard à la baisse du tourisme local, de la rareté du tourisme Sud-sud et à l’absence de touristes occidentaux. Bien évidemment, cela a pour conséquence de réduire considérablement leur chiffre d’affaire déjà quasi inexistant. « Nous sommes condamnés à vivre de notre art en dépit des difficultés, dans l’espoir d’un lendemain meilleur. Sinon à la réalité, rien ne vaL’Etat a le devoir de trouver une solution idoine pour pallier cette situation et sauver cet important secteur d’activité qui se meurt », confiera Ali Cissé, artisan dans ladite ville et commissaire général de la semaine internationale de l’artisanat. Un ingénieux événement qu’il dit initier dans les mois à venir pour attirer l’attention des autorités compétentes sur la nécessité de jeter un regard particulier sur le monde artisanal de Côte d’Ivoire. Il ajoutera par la suite : « Vous faites bien de venir sur le terrain pour constater de visu le calvaire des artisans de Bassam. Nous sommes livrés à nous même. C’est d’ailleurs au vu de tout cela que nous nous sommes engagés à organiser du 05 au 15 Août 2021, la semaine internationale de l’artisanat. Nous espérons que l’événement apportera un peu d’oxygène à ce secteur d’activité, car c’est plus de 300 artisans qui viendront exposer leurs œuvres. Au demeurant, je voudrais passer par votre journal pour lancer un appel aux autorités Ivoiriennes. Qu’ils nous viennent en aide. Les artisans de Bassam et par ricochet ceux du pays tout entier souffrent. Un geste fort de leur part ferait un bien fou à ce secteur ». Comme on peut le constater, l’arène de l’artisanat en Côte d’Ivoire de façon générale et celui de la ville de Bassam en particulier, au vu du constat que nous avons sur place, a urgemment besoin d’un nouveau souffle pour retrouver son lustre d’antan.

 

Patrick Méka

Content created and supplied by: PatrickMéka (via Opera News )

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