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Reportage : la population de Jacqueville est impuissante face à un phénomène qui menace

Dans son champ de gombo, Abou arrache les mauvaises herbes autour des jeunes plants. Il s'arrête un moment, scrute l'horizon en balayant du regard son champ, le cœur meurtri. Dans quelques semaines, il devra quitter cette parcellle. Elle s'étend sur un quart d'hectare environ, entre Jacqueville et le village SICOR. «Les gens de la mairie ont posé des bornes jusqu'ici. Bientôt, c'est toute cette partie qui sera vendue à des gens qui veulent acheter des terrains pour construire ici», dit-il, en montrant les confins de la brousse.

Pourtant, c'est une zone inondable. Un grand marais se trouve là-bas, au milieu des broussailles. Lorsqu'il pleut, les eaux débordent et s'étendent jusqu'à la parcelle d'Abou. «Je suis ici ça fait plusieurs années. Je suis confronté à ce problème d'inondation. Donc je cultive pendant les saisons où il pleut moins. Mais il arrive que les pluies nous surprennent. Des fois, ça détruit toutes les plantes et il faut recommencer. Mais quelqu'un va acheter ce terrain en saison sèche, sans savoir le problème qui l'attend», déclare-t-il.

En marge de la question de la viabilité des terrains qui relève d'un autre sujet, les agriculteurs de Jacqueville font face à une urbanisation qui empiète sur leurs activités.

(Le président Ouattara à l'inauguration du pont Philippe Yacé, le 21 mars 2015, dans le village de N'djem)

Depuis la construction du pont reliant la péninsule au reste du continent, en mars 2015, la route est régulièrement sillonnée par les visiteurs ou les usagers. Les activités connaissent un regain dans cette ville côtière, à une quarantaine de kilomètres au sud-ouest d'Abidjan, dans la région des Grands Ponts.

(Le pont Yacé enjambe la lagune Ébrié et facilite désormais les déplacements)

À l'époque, il fallait rallier la ville par un bac (bateau large et à fond plat servant au transbordement de véhicules ou de personnes entre deux rives) au niveau de N'djem, première localité après Songon. Les activités tournaient principalement autour des travaux champêtres. Notamment le secteur halieutiques à travers la pêche et la culture de rente telle que le coco ou les plantations de manioc, puisque la ville produit de l'attiéké, comme Dabou situé à quelques kilomètres (le chef-lieu de région des Grands Ponts). 

Depuis, des personnes ont fait le choix d'habiter à Jacqueville et de travailler à Dabou ou à Abidjan. Il faut seulement être un lève-tôt, pour ne pas être en retard ou bien disposer d'un véhicule. L'une des conséquences de la demande au niveau du logement est la flambée du prix du loyer, ainsi que le prix des produits locaux sur le marché (poissons, crabes, crevettes, attiéké, escargots, manioc, sans compter les condiments). Si le problème semble d'ordre général (cherté de la vie), il n'en demeure pas moins que l'expansion de la ville a un impact sur certains produits. Puisque les maraîchers tendent à disparaître.

(Le soudeur "Messi", près de l'usine SICOR, emploie des jeunes apprentis)

Exceptés quelques potagers qui subsistent encore près de la ville, les agriculteurs sont obligés pour la plupart d'abandonner le travail de la terre ou de trouver des terrains vierges à plusieurs kilomètres. Le lotissement ainsi que l'urbanisation y sont pour beaucoup. 

Plusieurs personnes se tournent vers Jacqueville, pour l'achat de terrains. Aujourd'hui, les nouvelles constructions poussent de terre comme des champignons, jusqu'à l'intérieur des terres qui étaient jusque-là exploitées par les paysans. Les nouveaux quartiers naissent, tels que Le Millionnaire, Recasement, Côcô, etc.

Certains jeunes qui vivaient des travaux de la terre ou de l'élevage se reconvertissent en apprenant des métiers. C'est le cas d'Olivier et ses amis. Il est devenu maçon. Comme lui, la plupart ont choisi des métiers dans le secteur du logement : peintres en bâtiment, plombiers, électriciens en bâtiment, menuisers sur les chantiers...

(Vue aérienne de Jacqueville, avec la voie principale qui traverse la ville de bout en bout)

En somme, la culture extensive qui nécessite des portions de terre cultivables plus ou moins importantes est en train de disparaître au profit d'autres types d'activités, en l'occurrence les petits métiers ou le commerce. Des magasins de quincaillerie se sont multipliés ces cinq dernières années, tout comme les restaurants ou les maquis. C'est là que les ouvriers se restaurent. Aussi, des entreprises comme le français Freidlander mènent des activités dans la localité. 

Les constructions ou les chantiers donnent progressivement un autre visage à Jacqueville, cet ancien port de pêche anglais, avant sa récupération par les Français à l'époque coloniale. Des canons ou des vieilles habitations ayant appartenues à des Européens et d'autres vestiges sont encore visibles en certains endroits, notamment dans la cour du chef du village, non loin de la plage. Témoins silencieux du passé, ces sites ont besoin d'être restaurés, car ils pourraient instruire les nouvelles générations.

(La gare routière en plein centre-ville sera relocalisée à l'entrée de la ville, pour désengorger le marché et éviter les accidents)

Cette ville est à majorité peuplée d'autochtones Alladjan, Ahizi et Avikam (d'où l'appellation les "3 A"). Elle accueille également plusieurs étrangers dont les Burkinabè, Béninois, Togolais, Ghanéens qui sont pour la plupart agriculteurs ou pêcheurs. 

Aussi, le secteur de l'hôtellerie est en plein boom, avec des complexes qui affichent complet chaque fin de semaine. D'ailleurs, c'est vers Jacqueville que se tournent désormais les professionnels pour l'organisation de séminaires ou les plagistes, lors des sorties endiablées ou des weekends arrosés. Une ville trop longtemps enclavée qui s'ouvre désormais, peu à peu, sur l'extérieur.

Content created and supplied by: Fatogoma (via Opera News )

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